LA COLONISATION ALLEMANDE AU TOGO:TRACES ET MEMOIRE (1884-1914)
mai 2nd, 2006
Depuis une quinzaine d’années se multiplient les initiatives oeuvrant en faveur de la reconnaissance des exactions commises par les Etats Européens au cours de leur expansion moderne. Esclavage, conquête coloniale, administration coloniale, etc. sont remis à l’ordre du jour de manière à instruire un procès de la colonisation, dans une logique qui appelle une forme de réparation. Parallèlement, on constate une augmentation du nombre des demandes de restitution d’objets saisis au cours de la conquête coloniale. Comment alors poser aujourd’hui le débat de la restitution - et celui de la réparation, au regard du retour dans les feux de l’actualité de l’histoire coloniale?
Paradoxalement, dans certains pays, la mémoire coloniale fait l’objet d’une glorification qu’il importe d’analyser. C’est le cas par exemple de la période allemande au Togo, un des rares pays au monde à fêter la colonisation sous couvert de la célébration des amitiés germano-togolaises. Dans le cas d’espèce du Togo, aucune revendication intempestive, les Allemands défaits sont partis la tête basse, mais leur souvenir reste très vivace et surtout positif. Je lisais la semaine dernière une nouvelle du romancier togolais Sami Tchak, “Le Pont allemand”, paru dans le recueil collectif “Dernières nouvelles du colonialisme” (Ed. Vents d’Ailleurs, 2006); Sami Tchak y raconte l’histoire d’un vieux pont décati, vestige de la colonisation allemande dans la ville de Sokodé, que les habitants du coin n’ont de cesse de comparer au nouveau pont construit par les Français, l’avantage de la comparaison étant bien sûr au tas de rouille symbole de la vigueur et de la solidité allemandes. Dans la même ville de Sokodé, dit-on, au quartier Tchawanda, existe un cimetière allemand, où l’on peut voir, scellées dans le ciment, les chaînes des prisonniers enterrés sur place. J’ai d’ailleurs l’intention de faire un tour dans ce “lieu de mémoire” la semaine prochaine, lors de ma remontée du Togo, du Nord au Sud, à la recherche des traces de la colonisation allemande, un vieux projet qui me tenait à coeur depuis longtemps, et que je vais pouvoir enfin réaliser.
Quand j’entends nos vieillards “regretter” la fin de ces temps de sueur, je me dis que pourtant les Allemands n’ont pas été tendres avec les populations togolaises, qu’elles fussent du Sud ou du Nord. Chez les Konkomba, on se souvient encore qu’ils coupaient les pouces aux jeunes guerriers pour les empêcher de manier leurs arcs aux flèches empoisonnées. Et tant d’autres “chocs” importants, dans les opérations dites de pacification (18 ans, quand même), opérations dont les faits sanglants parsèment tous les livres d’Histoire au Togo. Et que dire de leurs fameux coups de fouet, dont le vingt-cinquième était dédié au Kaiser, rien que ça!
Malgré tout cela, pour le Togolais moyen, le colon allemand demeure une figure hautement sympathique. Il été aura bâtisseur, à la différence des autres, les Anglais et les Français, tenus pour responsables du démantèlement du territoire national, au sortir de la Première Guerre Mondiale, allusion bien sûr au partage du territoire nommé “Togoland”, héritage du tracé de 1885 à Berlin. Je ne sais si en Namibie et au Cameroun, ils ont la même lecture de leur passé allemand! Comprendre et interpréter ce cas singulier de l’appréciation de son dominateur par un peuple dominé, n’est-ce pas aussi approcher de près cette vérité historique : à savoir que le passage du temps apaise certaines rancoeurs et transforme l’image du Maître Défait. Et c’est vrai que si les Allemands n’avaient pas été vaincus, peut-être que…

Mais au fait, ces héritiers de l’explorateur Gustav Nachtigal (photo ci-contre) nous ont-ils pris des choses, des objets culturels de valeur dont nous pourrions réclamer la restitution, urbi et orbi? Quelque fétiche important comme le dieu Gou des Béninois, volé par les militaires français à Abomey et entreposé au Quai Branly? À moins que : tous ensemble, nous ne réclamions à cor et à cri, comme osent le faire parfois nos vieillards nostalgiques, le retour des Allemands et de la colonisation? Cher Monsieur Kofi Annan, please, restituez-nous nos gentils gouverneurs allemands à nous subtilisés par la Société des Nations, ancêtre de l’ONU, schnell, danke schön, prosit, prosit!
Allez, j’arrête de délirer. Je profite de ce billet pour donner rendez-vous à mes ami(e)s de Lomé. En effet, le vendredi 5 Mai 2006, on pourra prolonger la réflexion sur le sujet lors d’une conférence-débat intitulée : Butins de guerre et mémoire coloniale : La question de la restitution des prises de guerre coloniales. Faux débat ou vrai problème? Je serai en compagnie de mon ami Bernard Müller, anthropologue, conseiller scientifique et commissaire d’exposition, et de la journaliste Hortense Atifufu (Radio Nana FM). Une précision : la conférence s’inscrit dans le projet Broken Memory, coordonné par l’association NAWAO (http://www.nawao.org/), et n’aura pas lieu en allemand. Alors, à bientôt?Vendredi 05 mai 2006 à 18.00 HeuresLieu : Goethe-Institut Lomé
Langue: Français
Sur invitation à retirer au Goethe-Institut
Tel. +228 2203070, +228 2210894
info@lome.goethe.org
Entry Filed under: CARNETS DE ROUTE

14 Comments Add your own
1. L'administrateur | mai 2nd, 2006 at 18:08
Un petit effort pour notre ami Gomez, j’espère le texte plus lisible désormais, merci de ta remarque.
2. théo | mai 3rd, 2006 at 16:10
Excellente idée que celle de remonter le Togo, du Sud au Nord, de chercher à voir les traces du passé allemand. C’est l’esprit qui se réveille au Togo et s’observe. Les (très bons) historiens de notre pays ont précédé les écrivains. J’espère qu’il sortira de ton voyage une fiction littéraire qui contribuera à ennoblir ce modeste territoire.
Le Togo est une création des Allemands. Ne nous fâchons pas. C’est un fait accompli. L’Allemagne de Bismarck, c’est notre point de départ en tant que Togolais. Demander des comptes ? Comment le pourrions-nous puisque nous sommes toujours dans le même état qui a suscité l’appétit des autres et permis notre asservissement ?
Regret de la présence coloniale allemande ? J’en doute. Ma mère m’a rapporté les souvenirs douloureux de ses propres parents. Je crois même qu’un historien allemand a parlé de “colonie sous le fouet” à propos du Togo ou d’un autre territoire germanique d’Afrique. La question n’est presque pas de savoir comment nos ancêtres ont été fouettés, mais pourquoi cela a été si facile de les fouetter. (D’ailleurs eux-mêmes nous fournissent tous les documents qui décrivent cela !) Quand quelqu’un vous gifle dans la rue ; il n’y a qu’une seule réaction possible. Et si vous ne pouvez pas répondre de cette unique facon, alors concentrez-vous et recherchez sans cesse le moyen de pouvoir répondre de cette unique facon.
Regret donc de la présence allemande au Togo ? Je ne pense pas. Ou alors, à mon avis, de la rancoeur contre ceux qui ont suivi et qui continuent de peser sur votre destin. (Souvenons-nous de l’année dernière, de l’ “ami personnel” au sujet du défunt, des pressions qui ont fait que ce petit pays a été lâché par tous… )
Dans un Togo prospère, décent, conduit par les plus capables d’entre nous, quel Togolais vraiment va se complaire à regretter des colonisateurs quels qu’ils soient ? Si cette nostalgie existe, il faut la prendre pour ce qu’elle est : de la frustration, de la rancoeur, de l’amertume au sujet du présent. Des brancardiers devenus ministres, des… ; ces gens… Ils ne vont même pas laisser un semblant d’Etat… Ils ont fait fuir presque tous les esprits… Quand ils tombent malades, ils font des milliers de kilomètres pour aller mendier l’intelligence des autres…
3. Livy | mai 3rd, 2006 at 20:54
Dommage que je ne puisse assister à cette conférence. Les débats sur la période de la traite et la colonisation me prennent par les tripes.
Dommage que le Cameroun (les institutions) ne fasse pas cette ébauche de travail de mémoire.
4. atakpa | mai 4th, 2006 at 15:53
bisous
5. Mayombe82 | mai 9th, 2006 at 11:21
Je suis tous les jours effarés de voir les pays Occidentaux, via leurs Etats se battre pour la préservation de leurs patrimoines et faire 1001 atermoiements lorsqu’il est question de restituer ce qui a été volé, pillé ailleurs. Surtout chez les « sauvages » ! A ce jeu, on n’est pas près de voir la mort subite instaurée comme au football lors des prolongations. Bon, vu que nos propres élites dirigeantes s’en préoccupent comme des 1ères grottes féminines qu’ils visitèrent jadis…
Quant aux frères et sœurs qui regrettent leur temps béni de la Colonisation, je suis parfois à court d’arguments face à leur inextinguible soif passéiste et révisionniste ! Je n’ai pas encore lu les Dernières nouvelles du colonialisme mais je salive déjà avec tout ce qu’on m’a raconté à propos. Ce que tu ajoutes sur ce pont est de la même verve ! Quand des vieux regrettent ces époques, sachant tout ce qui s’y est passé, je me dis que nos actuels Princes devraient se poser quelques questions ! J’ai vu quelques minutes d’un reportage sur le Liberia avec Firestone : des nègres de 35 à 50 ans qui imploraient les Blancs de venir régler les gros soucis qu’ils avaient avec leurs propres frères Nègres qui les escroquaient, les volaient…
Bon, je n’étais pas à Lomé mais j’attends avec impatience un petit compte-rendu de cette rencontre. @+, M82
6. bouraima | mai 9th, 2006 at 15:45
Rien que le temp pour recorriger ce-qu’ils êtaient ,je vois cas venir comment un vent très dur ,les corps europens sont très fragile comme du pain dans l’eau,ils restent jaloux d’avoir une pauvrèté plus que l’afrique ,ils ont choisis ,l’arabe et travailler en enssemble mais comme ,nous les enfants de dieux toute puissante nous voix tres loin ,notre patience á redonner l’histoire qui est en jeu,dans ces momment le vent souffle tres dur sur les deux inbèsiles des peaux de schweine,cochon…oú porcs…..a..&..b… les seconds …..contre eux…merci
7. Kangni Alem | mai 13th, 2006 at 17:10
Cher Mayombe, oui ce sera fait, avec plaisir, le compte-rendu de cette conférence houleuse, dans le cadre du carnet de route que j’ai tenu lors de ma remontée du pays natal, à la recherche de la mémoire littéraire et parfois matérielle de la colonisation allemande. Il y a matière à faire un roman, entre la voiture à pousser pour franchir une rivière, l’état des routes du pays, la complexité des konkomba, ethnie célèbre pour avoir été la première à battre les troupes allemandes… écoute, je souffle à peine, car la route fut longue et stressante. Encore un petit tour vers Abomey et deux villes du Togo, et je publierai ce carnet de route de cette aventure qui fut vraiment passionnante et m’a appris à dépasser mes propres limites physiques.
A très bientôt, Kangni Alem
8. Mayombe82 | mai 15th, 2006 at 8:40
Je vois en effet que ton périple t’a épuisé ! Ça se sent à la lecture de ton texte. Je me délecte d’avance des 1001 détails que tu nous livreras comme cette partie de ton recueil de nouvelles : « - Oh, my goodness, avait-il hurlé, what a beautiful ass ! (…) Au bout du petit matin, comme ils allaient se séparer, il lui avait avoué qu’il aurait aimé séquestrer ses belles fesses dans son lit pour le reste de la vie, s’il n’avait été gay. T. avait souri. »
Mon frère, ça c’est de lécriture. @+, M82
9. Abdon | mai 30th, 2006 at 22:32
Hé, man, on attend toujours ton carnet de route. Quoi, tu veux dire que tu n’a rien à nous dire?
10. WYLLIS | novembre 27th, 2006 at 11:39
Bonjour ,
je m’adresse à vous tous lecteur de se site.
je suis actuellement à la recherche de mon arrière grand Père (Allemand)qui à séjourné en Afrique entre 1895-1916 . Il s’appelait VIERZIGMANN et a eu un fils nommé George VIERZIGMANN qui lui est décédé à LOME et enterré dans le cimétière ALLEMAND d’ANECHO.Concernant mon arrière grand-père ; je n’ai aucune trace . J’aimerai retrouvé son lieu de sépulture et si possible le rapatrié en Europe.
Par avance je vous remercie tous de votre aide
Merci
WYLLIS
11. adil | février 23rd, 2007 at 2:10
tu vois mon ami que les allement son meux que les francais j aim bien que ca rest pour les allmend , mais les destant sa rest cache mais je ne sais pourquoi l allmane a perdu la guer mais ca rest pour le destan des allment j aim l allen et je detest la france merci pour ce blog
12. MILEVOR Larissa | mai 30th, 2007 at 9:15
Selon moi je préfert que les allemands gardent le TOGO pour qu’ils aient une colonie en afric au moins mais le destin a changer le record et le TOGO est tombé sur les français et ils ont monté le coup pour assassiner le père de l’indepedance du TOGO mais ca me fait tellement male .j’ai beaucoup de chose à dire mais je préfers rester là car si je me souviens du vieu temps ca me fait mal…
13. mesmin AFANOU | novembre 27th, 2007 at 18:58
je suis un étudiant béninois. je finis mes études en germanistique. j’ai choisi comme thème de mon mémoire: les vestiges coloniaux de l’Allemagne en Afrique: l’exemple du Togo. En parcourant le Net, je suis tombé par enchantement sur votre Blog. Je sais que vous êtes assez avancé sur les traces allemandes au Togo. Je voudrais compter sur votre aide pour m’aider à avoir la documentation nécessaire sur la colonisation allemande au Togo. je sais que les allemands ont voulu en 20 ans faire du Togo une colonie modèle en Afrique. Je ne sais comment vous contactez, mais j’aimerais vous rencontrez et vous interviewez. je suis Mesmin AFANOU et mon e-mail est :bninois@yahoo.fr. merci de me répondre et de me donner des pistes essentielles pour que je puisse réussi mon travail de mémoire. je ne sais pas aussi si vous avez publié vos “carnets de route sur le Togoland. merci d’avance…
14. mesmin AFANOU | décembre 19th, 2007 at 10:21
20938
Quitter le commentaire
HTML autorisé:
<a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>
Subscribe to the comments via RSS Feed