Lire est un plaisir 9:Werewere Liking, Noma Award 2005!

juillet 10th, 2006

were_1.jpgNoma Panel_4.jpgDécidément, le Noma Award aime les romancières africaines. Après Mariama Ba, dont le classique Une si longue lettre avait obtenu le prix en 1980, les jurés de ce prix nomalogo_0.jpgdoté par une fondation japonaise viennent de l’accorder pour 2005, après le vide de 2004 (prix non décerné) à la romancière et dramaturge ivoiro-camerounaise W. Liking, dont la réputation d’icône et de créatrice brillante n’est plus à démontrer.

Le roman de Werewere Liking emprunte sa forme à un genre que l’auteure a inventé elle-même : le chant roman. Il y a dans ce mélange de récits et de chants poétiques, l’influence manifeste du théâtre auquel Liking a consacré sa vie et sa carrière. La forme surprend, elle est même parfois agréable pour faire des pauses dans une lecture longue, souvent déroutante. La thématique du roman par contre est très classique : l’auteur évoque dans cette cinquième prose poétique des valeurs essentielles : le culte des ancêtres, la femme comme mémoire du pays et surtout le silence imposé au sujet des héros révolutionnaires des indépendances africaines.

Ce roman-fleuve aux allures autobiographiques s’ouvre sur une référence aux femmes-symboles. La petite héroïne, Fitina Halla Njockè, assimilée métaphoriquement à sa grand-mère, la Grande Halla ou Grand Madja, qui sera son initiatrice et sa source d’inspiration, dévoile son appartenance et son attachement au clan ainsi qu’à la noblesse de sa lignée.

Elle rappelle en outre la primauté de l’éducation parmi les valeurs fondamentales : le respect des tabous, la quête de la dignité de l’homme, valeurs inculquées par trois femmes du même clan : tante Roz, sa mère Naja et Grand Madja, ces femmes talentueuses dont on masque le savoir-faire dans les choses de l’amour comme dans celles de la guerre. De par son père, l’héroïne a hérité un certain sens du beau, de l’esthétique. Quant à son sens de l’éthique, elle le doit aux ancêtres, en l’occurrence grand Pa Helly qui « lui offrit son premier cahier et un crayon gras ». Ainsi, dans le deuxième chant, célèbre-t-elle le grand patriarche : « La beauté de ton corps et celle de l’esprit qui l’habitait et qui se manifestait à travers tout ce que tu disais ou tu faisais. Pour moi, c’est ce qui fondait le respect de tous pour toi. » (p. 27). Ce respect des « Mbobock », les ancêtres, qui influence son style, conduit l’auteur à un savant mélange des genres qui accompagne ses propres références socioculturelles : emploi de néologismes, références généalogiques et toponymiques, recours à la prosopopée et pratique de l’onomastique. Par le biais de cette écriture novatrice, à travers un découpage en chants et temps, l’écrivaine nous invite à une plongée dans l’univers bassa (Cameroun) ont elle s’efforce de faire ressurgir la mémoire, car selon elle, de cette « unicité globale » que constitue le passé de l’Afrique, naîtra le monde futur.

La spiritualité, ce besoin de transcendance, est sauvegardée par la figure de la femme, gardienne des traditions. Ce qui vient expliquer le respect pour ces femmes patriotes qui maîtrisent le temps et l’histoire de l’Afrique, « femmes si différentes mais si semblables » (p. 88). Aussi ont-elles combattu aux côtés des hommes lors des combats révolutionnaires, et ce malgré leur discrimination face à l’instruction. « C’est vrai, nous n’étions pas parmi les premières femmes de l’époque, n’ayant pas eu la chance d’aller à l’école, mais nous voulions être au moins parmi les premières résistances à mener le Combat Politique. » (p. 403).

Ce roman révèle en effet un certain militantisme féministe et est marqué par l’influence de l’idéologie rubeniste (Ruben, militant indépendantiste camerounais assassiné dans les maquis du Cameroun). Ici, l’entrée des femmes en politique est lue comme un apport indéniable pour le développement du continent noir : « Le patriotisme féminin comme socle de la nouvelle nation prônée par le Mpôdôl nous avait séduit plus que l’amour des femmes et le désir de fonder des foyers. » (p. 403). Dans cette quête de l’autodétermination de l’Afrique, la libération passe manifestement par la reconnaissance de la sagesse féminine : «Grâce aux amazones des temps modernes, ces femmes qui ne sont pas sous le joug masculin, ce continent retrouve le chemin de la Rédemption et le salut. » (p. 403).

Dans cet ouvrage d’une densité sociologique et anthropologique remarquable, l’héroïne Halla Njockè révèle, sous la plume de Liking, la générosité féminine et le matriarcat originel. Elle apprend au lecteur que certaines danses et parties de pêche réservées jadis aux femmes sont aujourd’hui exercées par les hommes : « Les hommes apprennent d’abord les choses des femmes avant de devenir hommes. » (p. 37). Ce féminisme subtil, mais d’une portée symbolique majeure, s’inscrit dans la philosophie de l’auteur, à savoir l’utopie et les grandes aspirations à une société androgyne.

weremémo_0.jpgRiche en références historiques, La Mémoire amputée est un véritable travail de mémoire qui rend hommage à une Afrique jadis bafouée et souillée, une Afrique qui, aujourd’hui, se cherche dans une certaine forme de syncrétisme religieux et culturel.

Werewere LIKING : La Mémoire amputée, Abidjan, NEI, 2004, 415 pages.

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25 Comments Add your own

  • 1. K.A.  |  juillet 10th, 2006 at 11:38

    Une récente interview de Werewere Liking sur le site de RFO:
    http://www.rfo.fr/article201.html

  • 2. Abdon  |  juillet 10th, 2006 at 12:35

    Quoi? 10 mille dollars US (environ 5.400.000Fcfa) ? C’est quoi ce prix, oh là il faut que j mette à écrire. Souvenir de Werewere Liking, en pleine discussion avec toi à Cotonou en 1991, une grande dame, je ne l’ai jamais lu, mais franchement si on lui donne tant de sous pour un prix, c’est qu’elle doit le mériter. 5 briques, quand même, t’as pas son adresse?

  • 3. sandrine  |  juillet 10th, 2006 at 12:48

    Le dialogue et le rêve continuent , Alem
    Le panier n’est pas trop plein …

  • 4. sandrine  |  juillet 10th, 2006 at 13:02

    Lu l’interview
    Quelle lumière et quelle puissance !

  • 5. Mayombe82  |  juillet 10th, 2006 at 14:47

    Merci Kangni! rien que le fait de lire qu’il hy a du rubenisme là-dedans, ça donne envie de l’acheter puis de le lire (car certains achètent mais ne lisent pas). Elle a l’air bien cette dame… Je te soupçonne d’être toujours bien entouré toi: quand tu vas faire ton jogging à Paris, les amies du colonel Narcisse, et maintenant Werewere Liking… Quelle santé de fer! La Faure_ce est en toi! @+, M82

  • 6. K.A.  |  juillet 10th, 2006 at 16:27

    Aha, aha, aha, cher Mayombe, bien entouré moi? Par le Kalahari, oui, de temps à autre par la Mer (mère) Morte. Une faute avouée n’est pas toujours pardonnée, suis-mon regard. En tout cas, cela faisait longtemps que je ne t’avais plus lu.

  • 7. Segun  |  juillet 10th, 2006 at 17:56

    Pas facile, en effet, de publier en Afrique. Intéressant d’ailleurs l’aventure de Femi Osofisan, un des membres du jury du Noma. Longtemps, lui-même a publié ses livres au Nigeria, courageusement, malgré la piraterie, et l’absence de droits d’auteur. Mais la célébrité conquise, Osofisan n’a plus supporté ces « sacrifices » et s’est retourné vers l’édition européenne. Alem, n’est ce pas aussi un peu votre itinéraire, en quelque sorte? Toi, Sami, Théo, et tous les autres? Ce n’est pas une critique, mais un constat réaliste.

  • 8. K.A.  |  juillet 10th, 2006 at 23:28

    Salut Segun, dis donc quelles comparaison. La démarche volontariste de Femi, pour ceux qui l’ignorent, relevait aussi de sa vision marxiste du monde. L’homme a évolué, c’est bien. Mais non, personnllement, je n’ai pas eu cette démarche. J’ai publié, dès le départ, comme Sami, au Togo, deux pièces de théâtre en réalité au Nouvelles Editions Africaines du Togo, puis quand je suis parti, naturellement j’ai publié là où je me trouvais. Il n’y avait pas de calcul dans ma démarche, même si les calculs sont venus par la suite, ce qui est plus que normal. je me souviens même que lorsque j’avais travaillé aux Editions Haho du Togo, l’idée ne m’était jamais venu de publier mes propres textes, ce qu’ont fait tous ceux qui sont passés là avant moi, Victor Aladji, Ewomsan, je ne le leur reproche pas, je constate, pour reprendre ton expression. Alors…

  • 9. K.A.  |  juillet 11th, 2006 at 0:23

    Abdon,
    sacré Abdon, tu veux l’adresse de Were? Tu l’auras, quand tu auras fini de lire tous les ouvrages primés depuis la création du Noma Award:
    2005 : La mémoire amputée (Werewere-Liking)
    2004: Prix non décerné.
    2003: Walter and Albertina Sisulu. In Our Lifetime (Elinor Sisulu)
    2002: The Arabic Novel: Bibliography and Critical Introduction, 1865-1995 (6 vols.) par Hamdi Sakkut.
    2001: Odun Ifa/Ifa Festival (Abosede Emanuel)
    2000: Ufundishaji wa Fasihi: Nadharia na Mbinu (Kimani Njogu & Rocha M. Chimerah)
    1999 : L’interprétation des rêves dans la région Sénégambienne. Suivi de la clef des songes de la Sénégambie, de l’Égypte pharaonique et de la tradition islamique (Djibril Samb)
    1998: The Politics of Liberation in South Sudan: An Insider’s View (Peter Adwok Nyaba) 1997: Mfantsipim and the Making of Ghana: A Centenary History, 1876-1976 (Adu Boahen)
    1996: Destins paralleles (Kiria Toure)
    1995: Triomf (Marlene van Niekerk)
    1994: A Modern Economic History of Africa. Volume1: The Nineteenth Century (Dakar: CODESRIA)
    1993: Third World Express (Mongane Wally Serote)
    1992: A comme Algériennes (Souad Khodja) etOne Day, Long Ago. More Stories from a Shona Childhood (Charles Mungoshi)
    1991: Waiting Laughters [poésie] (Niyi Osundare)
    1990: Uprooting Poverty: The South African Challenge (Francis Wilson & Mamphela Ramphele)
    1989: Bones (Chenjerai Hove)
    1988: Working Life. Factoris, Townships, and Popular Culture on the Rand, 1886-1940 (Luli Callinicos)
    1987 : Villes de Côte d’Ivoire, 1893-1940 (Pierre Kipré)
    1986: Sobreviver em Tarrafal de Santiago [poésie] (António Jacinto)
    1985 : La Trahison de Marianne (Bernard Nanga)
    1984: Mesandiki wa Mau Mau Ithaamirio-in [mémoires de prison en Gikuyu] (Gakaara wa Wanjau) et Fools and other stories (Njabulo Simakahle Ndebele)
    1983: Criminal Procedure in Ghana (Austin N.E. Amissah)
    1982: The Brassman’s Secret (Meshack Asare)
    1981: Health Education for the Community (Felix C. Adi)
    1980 : Une Si Longue Lettre (Mariama Bâ)

  • 10. sandrine  |  juillet 11th, 2006 at 6:17

    Alem, si tu permets, je reviens vers toi sur un point.

    Au sujet des thérapies, tu as écrit :
    « de nos jours, tout chrétien sensé, en Europe comme en Afrique, proche un tant soit peu du charismatisme, sait que les maux du corps sont aussi ceux de l’esprit »
    Pour avoir pratiqué les arts martiaux internes (de santé), je crois qu’on pourrait aussi bien inverser la proposition.
    J’aime l’approche du chamane sibérien et de son copain le tambour, j’y vois des liens avec les thérapies traditionnelles africaines (pour le peu dont j’ai entendu parler). Paraît-il que certain psychiatre africain intègre d’ores et déjà cette dimension en hôpital français, mais ma question n’est pas là.

    Je n’avais JAMAIS fait le rapprochement entre thérapie et chrétien. A vrai dire, je ne vois pas trop le rapport. Peux-tu expliciter un tout petit peu ou me donner une piste…

    (Petit aparté impertinent auquel je ne résiste pas : sais-tu comment un de mes frères appelle les charismatiques ? Il les appelle les « caresse ma cuisse » Ouaff, ouaff, ouaff ! )

  • 11. Mayombe82  |  juillet 11th, 2006 at 10:37

    A propos des « auto-publications ». Même si je regarde souvent le monde de l’édition en France avec de mauvais yeux, je respecte et apprécie beaucoup les éditeurs qui ont la décence de ne pas se faire publier dans leurs propres maisons. Mais bon, cela n’empêche personne de chez La Gazelle d’appeler son collègue de chez L’Antilope pour que son manuscrit grille toutes les étapes traditionnelles et se retrouve en tête de gondole en 2 temps 3 mouvements. Serge Dassault, l’homme d’affaires français, ne s’est pas embarrassé de genre de scrupules en se faisant « auto-édité ». Sacré Kangin, ta droiture te perdra. @+, M82

  • 12. Mayombe82  |  juillet 11th, 2006 at 10:57

    J’ai lu avec attention l’interview de Werewere Liking. Pas mal, je dirais même remarquable. Mais il faut partager les points. Le moins : « A mon sens, il n’y a rien de mal qui arrive à l’être humain. Tout ce qui nous arrive est bon. » Le plus : « Ce que les autres sont venus nous faire subir, c’est de leur propre responsabilité. La colonisation nous l’avons maintenant entre nos mains certes, mais qu’en faisons-nous ? Voulons-nous que cela continue ? Si on prend notre responsabilité et qu’on dit que cela doit s’arrêter ; c’est cela qui se passera. Je pense que le pouvoir est entre nos mains, si on assure nos propres responsabilités. » @+, M82

  • 13. K.A.  |  juillet 11th, 2006 at 13:36

    T’inquiète, Mayombe, à propos de ma droiture, ma femme pense qu’elle m’a déjà perdu, mais qui sait je peux encore redevenir « gauche », GRRRRRR!!!!!!!

  • 14. K.A.  |  juillet 12th, 2006 at 1:02

    Sandrine, je te passe l’impertinence, mais je crois que tu devrais élargir tes lectures à la théologie de l’inculturation pour comprendre davantage comment le chrétien charismatique en est venu à accepter les origines multiples des maladies de l’esprit et du corps.
    Il n’y a plus de rites ni d’aspects des rites de guérison traditionnelle qui échappent aux prêtres du Renouveau Charismatique. Ainsi le Père Camerounais Meinrad Hebga, dans son essai « La Rationalité d’un discours africain sur les phénomènes paranormaux », publié chez L’Harmattan en 1998, explique-t-il la structure au minimum triadique dans la pensée bassa du Cameroun, ce qu’on retrouve un peu partout en Afrique: le corps ‑ qui est l’épiphanie de la personne ‑, le souffle ‑ qui la fait vivante‑, l’ombre ‑ qui en traduit l’agilité, la mobilité. Tous trois, en intériorité réciproque, forment ensemble un champ d’énergies complexes et font de l’homme un être « structurellement énergétique et relationnel « . Tu vois donc que le chrétien charismatique africain ne peut plus se satisfaire de la pensée occidentale qui, depuis les Grecs, se réfère volontiers à un schéma dualiste de la structure de la personne.
    la théologie de l’inculturation, même si elle est combattue par certains prêtres intégristes à Rome, aura permis de rassurer le chrétien d’Afrique, en ce sens qu’elle lui a ouvert la voie d’une appréhension sereine de ses doutes face à l’ambiguïté de sa conversion ou de sa foi. Je te recommande la lecture d’un petit livre intitulé « Rites traditionnels d’Afrique. Approche pour une théologie liturgique inculturée » de Jacques Hubert, L’Harmattan/Ndzé, 2002. Et bien sûr celui du jésuite camerounais M. Hebga cité plus haut, issu de sa thèse de 3ème Cycle intitulée : « Le Concept de métamorphose d’hommes en animaux chez les Basaa, Duala, Ewondo, Bantu du Sud‑Cameroun ». Je m’excuse de te fatiguer avec ma théologie de cuisine!

  • 15. Timba Bema  |  juillet 12th, 2006 at 10:12

    K.A; cette « théologie de l’inculturation », du point de vue de la guérison, se situe sur le même plan que la pratique de l’exorcisme acceptée par le vatican. Et il me semble que jean paul II a donné sa légitimité à ce courant dans l’exhortation apostolique ecclesia in africa

  • 16. K.A.  |  juillet 12th, 2006 at 12:24

    Tu rigoles ou quoi? Demande à n’importe quel prêtre en Afrique le sort réel qui fut réservé à l’encyclique de Jean-Paul II. Comme disent les pères de l’Eglise, « il n’y a d’innovation que dans le respect de la tradition ». mais quelle tradition? C’est avec beaucoup d’astuce que certaines personnalités fortes de l’Eglise africaine ont tenté de mettre en application la simple « exhortation » à l’inculturation, contre leurs fidèles même parfois. Mais bon, j’arrête, j’ai l’impression de parler à mon frangin, Vice-recteur dans un Sanctuaire Marial quelque part du côté de TiBrava!

  • 17. sandrine  |  juillet 12th, 2006 at 16:37

    Arrête de t’excuser Alem, qui a dit « pas de censure sur ce blog » ?
    Bon je sais je fais souvent la même chose
    Faudrait s’excuser d’être vivant et de s’intéresser à l’essence des choses
    Tu peux être sur que je vais regarder du côté des bouquins cités et je t’en remercie chaleureusement !
    et même si j’ai du mal à les lire , ce qui serait possible, Werewere a bien rappelé « quand l’élève est prêt, le maître apparaît »

  • 18. Vigilant  |  juillet 12th, 2006 at 16:45

    “Le Concept de métamorphose d’hommes en animaux chez les Basaa, Duala, Ewondo, Bantu du Sud‑Cameroun”? Oh!!!!!
    Je connais un homme qui s’est métamorphosé en animal sur un terrain de foot, pendant le Mondial. Et j’aime beaucoup le style vestimentaire de la dame Liking, classe et fantaisie. Bon, j’avais envie de déconner, et je suis venu ici, c’est fait, je me casse!

  • 19. sandrine  |  juillet 12th, 2006 at 16:48

    Petite précision : le frère qui se moque des charismatiques, à mon humble avis, il ne doit pas connaître bcp d’Africains, mais c’est peut être un préjugé de ma part … Quand je lui ai parlé de certains bienfaits des arts martiaux, il m’a rigolé au nez …

    un être “structurellement énergétique et relationnel “, ça me parle à fond la caisse …

  • 20. sandrine  |  juillet 13th, 2006 at 7:55

    L’homme à la fois animal et créateur …
    Métamorphose, animal, animus, anima, souffle, mobilité, ombre et lumière toutes deux indispensables à la vie
    « Ne coupe pas l’arbre qui te donne de l’ombre » …

    Je me sens reliée à tout dans l’univers : minéral, végétal, animal, j’aime la grande sagesse de « l’Indien  » qui demande pardon à l’animal avant de le manger, ça me rappelle la tendresse pas trop dévoilée (ça ne se fait pas !) du Peul mauritanien pour ses vaches …

    En pratiquant les arts martiaux je me suis rendue à l’évidence que les démons sont intérieurs. Le voir, le reconnaître et ne plus en avoir peur, dépasser la peur, DEPASSER LA PEUR, la vivre, la reconnaître, la traverser, ne pas lui donner trop d’importance (si possible, plus facile à dire qu’à faire !) , c’est me semble-t-il l’enseignement commun de bcp de traditions…
    C’est ce que j’ai bcp aimé dans le film de Yan Kounen Blueberry, une métaphore en forme de western sur les chamanes amerindiens.

  • 21. BLUEBERRY  |  juillet 13th, 2006 at 8:05

    Mike Blueberry est marshall d’une petite ville tranquille à la frontière des terres indiennes. Tout bascule le jour où un mystérieux tueur, Wally Blount, transforme la bourgade en brasier. Il est à la recherche d’un trésor indien situé dans les montagnes sacrées. Blueberry part à sa poursuite, aidé par Runi, un chamane indien avec qui il a grandi. Les deux hommes doivent empêcher le tueur de pénétrer dans le sanctuaire. Mais là-bas, au coeur des montagnes sacrées, c’est aussi ses démons intérieurs que Blueberry devra combattre

  • 22. BLUEBERRY  |  juillet 13th, 2006 at 8:42

    Alem, je suis en train de visionner sur TV Polonia un reportage intitulé « un cardinal dans la savane »
    Les religieuses chantent et dansent
    En rodhésie au Zimbabwe
    Quelles magnifiques chutes d’eau…
    Les enfants atteints du sida …
    Le cardinal est polonais, il parle de son parcours de vie, ce qui l’a amené là …
    Il a vécu le pire pendant la guerre, Auschwitz
    Après la guerre en 46, il ne voulait pas rentrer en Pologne, on l’envoie en Rodhésie…
    Que j’aime la grâce de ces soeurs ….

  • 23. sandrine  |  juillet 13th, 2006 at 8:55

    Adam Kozlowiecki est un cardinal polonais, archevêque de Lusaka (Zambie), né le 1er avril 1911 en Pologne.

    Ordonné jésuite le 24 juin 1937, Adam Kozlowiecki et vingt-quatre de ses confrères furent arrétés par la Gestapo à Cracovie en 1939. D’abord envoyé à Auschwitz, il fut transféré à Dachau six mois plus tard, où il restera jusqu’à la fin de la guerre.

    Il fut nommé cardinal par Jean Paul II en 1998.

    Récupérée de « http://fr.wikipedia.org/wiki/Adam_Kozlowiecki »

    Bon je vais aller regarder mon atlas
    Un peu paumée dans la géographie
    Je n’ai pas résisté à la tentation de partager cela en direct …

  • 24. Rachel  |  août 3rd, 2006 at 15:51

    Bingo,c’est vraiment génial comme travail.J’ai particulièrement trouvé intéressant le travail fourni sur la géante Werewere Liking.Ouaou ça stimule à la culture « LITTERAIRE ».J’ai un envi fou de lire et de relire.

  • 25. monofila  |  août 6th, 2006 at 0:10

    La sécurité internationale à l’aube du XXI ème siècle
    Entre sécurité de l’ Etat* et sécurité humaine : quoi choisir ?
    Cas du conflit Israëlo-Libanais

    Par M. Dimina-Monofila
    Master en Risques et Responsabilités
    Faculté de Droit Alexis de Tocqueville
    Université d’Artois

    La sécurité est l’un des grands problèmes politiques contemporains auquel chaque Etat se trouve confronté. Si les méthodes de résolution des problèmes de sécurité diffèrent d’un Etat à l’autre, on semble s’accorder sur le fait que leurs causes restent identiques à l’intérieur des Etats. L’actualité internationale fourmille d’exemples qui illustrent bien la tendance actuelle au surarmement face à la menace que ferait peser sur le territoire national un Etat frontalier ou une faction armée. Selon le constat du professeur Richard Falk, la tendance semble à la généralisation de la « légitime défense préventive ». Après l’invasion des Etats-Unis sur l’Iraq, suspecté constitué une menace nucléaire à la sécurité internationale, vous voici celle d’Israël sur le Liban, suspecté abrité un bastion du terrorisme- Le Hezbollah-. Et qui sait peut-être demain celle des troupes onusiennes sur l’Iran : reproché d’avoir entamé d’activités d’enrichissement de l’uranium. Et si tous ces conflits n’avaient pour motifs que des raisons de leadership économique : le contrôle du marché pétrolier des Proche et Moyen-Orient, le fait d’évoquer des motifs de sécurité désormais classés sous l’appellation de « simples prétextes » par l’opinion internationale, ne va-t-il pas à vider ce concept, pourtant riche d’enseignements historiques, de toute sa raison d’être au point de le rendre plus tard simplement inopérant ? Cependant on peut toujours se demander si le meilleur moyen de lutte contre ce que l’on nomme par « insécurité », demeure l’affrontement armé ou la « guerre préventive » qui, plutôt que de limiter le danger d’exposition aux risques que l’on suppose éradiquer, pourrit souvent la situation et fait peser de réelles menaces sur l’Etat, tandis que celui-ci avait bien au départ le choix d’un règlement amiable à cette place; et, si par là même, l’acteur de cette même « sécurité » n’en devenait pas sa propre victime.

    Lorsque la sécurité des individus passe par la sécurité de l’ Etat
    Il est incontestable que la sécurité des individus passe par celle de l’Etat, censé garantir le bien-être social et surtout maintenir le calme et la tranquillité indispensables à l’essor des activités économiques. On ne saurait donc pas aucun instant imaginer une sécurité des citoyens sans sécurité de l’Etat. Pour ce faire, l’Etat durcit ses positions et s’arme contre ce qu’il croit être la menace imminente. C’est le schéma classique de protection du territoire national face aux menaces extérieures. Il nécessite quand besoin se fait l’usage de la force. Cependant si le recours à la force est régi sur le plan international par La Charte des Nations Unies comme l’ultime et dernière voie de recours**, l’usage qui en est fait à présent laisse plutôt à réfléchir.

    Toutefois le discours sur la sécurité de l’Etat semble se reposer sur des principes qui ne semblent pas avoir évolué depuis bien des siècles. Au nombre de ceux qui continuent à gagner du terrain, il y a par exemple celui de la nature conflictuelle des rapports entre sociétés et acteurs des relations internationales, inhérente semble-t-il à la nature humaine, une idéologie professée par Thucydide, Machiavel , Hobbes et plus près de nous Barry Posen et Stephan Van Evera. Ce courant dénommé réalisme offensif considère la guerre comme une impasse incontournable à la sécurité des Etats. Face donc à l’anarchie des Etats, il a été pourtant mis en oeuvre des règles de conduite internationales en la matière. Mais l’expérience atteste que leur application ne semble pas faire l’unanimité de l’ensemble de la communauté internationale aujourd’hui partagée entre les partisans de la guerre préventive – Les USA et l’Etat d’Israël- et ceux du respect du droit international*** liant les Etats quant à leurs engagements sur le plan international. On peut toujours se demander comment se traduit aujourd’hui la sécurité de l’Etat sur les plans interne et externe.

    La sécurité au sein des Etats se traduit par le renforcement des capacités d’intervention militaire, la lutte contre l’incivisme et l’antipatriotisme, le désarment des rébellions, la restauration de l’autorité de l’Etat sur tout le territoire, la lutte contre les replis communautaires et les escalades des conflits, la surveillance des frontières et le renforcement des rapports de coopération régionaux en matière de répression des crimes de terrorisme. Si jadis la sécurité de l Etat présentait un aspect « curatif », elle s’oriente de plus en plus aujourd’hui vers une conception « préventive ». A tel point qu’elle semble ne plus contraster avec l’abus, de par l’usage qu’en font surtout les grandes puissances économiques et militaires.

    Par ailleurs sera d’une toute nature la question de savoir quel discours faut-il tenir sur cette sécurité de l’Etat. Au travers de cette interrogation se pose la question du rôle et de la place des médias dans l’interprétation des faits censés mettre en cause la sécurité au sein des Etats. Les médias jouent pourtant un rôle d’information et de conscientisation des masses. Mais ils peuvent aussi être corrompus ; gagnés à une idéologie ils se transforment en organes de propagande. Mus par le chauvinisme, ils deviennent de véritables armes de dissuasion de l’adversaire. Cependant les discours même les plus scientifiquement élaborés ne s’affranchissent jamais de la partialité, ni d’ailleurs des courants qui les ont vu naître et se développer, pas plus de l’emprise du patriotisme et du contexte historique de leur élaboration. A ce sujet le conflit israëlo-palestinien est un exemple frappant de la guerre entre médias teintés du fanatisme politique et/ou religieux, à peine voilé: d’un côté les partisans du fondamentalisme islamique et de l’autre les fanatiques du christianisme politique, au rang desquels se retrouvent sans le savoir des athées gagnés à la morale chrétienne, la seule s’étant révélée « juste » à leurs yeux, et de croyants-païens, incrédules et sceptiques sur l’avènement d’un monde meilleur à partager avec d’autres croyants. C’est l’époque des confréries mais aussi celui des fanatismes et de la foi aveugle, animée par des dieux à visages humains. Nous sommes donc aux confins de l’égarement des esprits mais aussi à la « fin de l’histoire » et des utopies, annoncée naguère par des philosophes comme François Fukuyama et aujourd’hui par des sociologues et juristes comme Noam Chomsky et Richard Falk!****

    Dans le conflit israëlo-libanais, qui depuis plus deux semaines fait de nombreuses victimes innocentes, le concept sécurité de l’Etat a plus d’une fois été évoqué. Les médias semblent unanimes à déclarer que la violation de la souveraineté territoriale du Liban se justifierait par le fait que ce dernier abriterait un groupe armé commettant des exactions dans le pays voisin : Israël : le très protégé des USA. C’est à se demander si la conduite des dirigeants politiques des deux parties Raficariri assassiné, et Ariel Sharon, hospitalisé à Tel Avive, avant leur départ ne consistait pas à raviver les tentions entre ces deux peuples au bénéfice des puissances protectrices que sont la France pour le Liban et les USA pour l’Israël ? Après avoir perdu l’Iraq entre les mains des USA, faute d’avoir participé à ce qu’on appellerait un « crime d’Etat », la France accepterait-elle de perdre le Liban dont les gisements de pétroles sont convoités par les USA ? On ne saurait répondre à cette question sans pour autant préjuger des causes exogènes de l’hégémonie américaine sur les relations internationales.

    Les Etats-Unis d’Amérique : une puissance à la recherche du leadership économique

    A l’origine de chacune de ses actions sur le plan international, les USA ont toujours évoqué des raisons de menace imminente à la sécurité internationale. C’est sans doute cette raison qui explique le comportement hégémonique des USA plus d’une fois condamné par la France et avec elle l’ensemble des pays avec lesquels ils partagent plusieurs intérêts. La sécurité internationale semble donc être une préoccupation personnelle des USA, plus qu’aucun autre Etat. Pourtant, à l’évidence on peut toujours douter du sérieux d’une telle affirmation, au regard des choix d’intervention souvent effectués par celui-ci. On va par exemple constater qu’en Afrique, ses interventions deviennent de plus en plus rares et mitigées depuis la disparition du charismatique et célébrissime homme de main, Mobutu Sese Seko, roi du Zaïre- aujourd’hui devenu République Démocratique du Congo- Et même ses actions en Serra Léone et en Angola, n’étaient jamais désintéressées. Sans aucun doute, puisque la rébellion tenue par l’infatigable Jonas Savimba, aujourd’hui neutralisée par les forces loyalistes que contrôle le Général Dos Santos, recevait des financements du gouvernement américain en échange de diamants et de promesses d’exploitation des puits de pétrole on shore. Souvenons-nous également des énormes charters remplis d’or, de diamants et de minerais envoyés aux USA par Mobutu, en remerciement à Jimmy Carter pour son soutien au gouvernement congolais dans sa lutte contre la sécession du Katanga, la région diamantifère du Bas-kongo. On aura donc compris que sous prétexte du maintien de la paix, les USA se déplacent en quête de précieux trésors, si ce n’est en échange de promesses d’accords mettant en jeu de grands intérêts. Mais ceci n’est pas propre aux USA et il paraît que cela soit devenu une coutume des Etats contre laquelle sans succès, luttent les organisations internationales à but humanitaire comme le CICR et le HCR. L’intervention d’une puissance étrangère au maintien de la sécurité dans un autre Etat, aurait de ce fait perdu tout caractère d’une mission simplement humanitaire pour devenir une stratégie de conquête de promesses d’accord futur sur l’exploitation d’une branche d’activités, si ce n’est l’exercice d’un droit de monopole dans l’exploitation des gisements de minerais. Du coup le statut du diplomate d’Etat se révélerait désormais différent de celui de diplomate d’Organisations- lire sur cette question Alain Plantey : Traité de la fonction publique internationale- intergouvernementales : le premier oeuvrant à défendre les intérêts de l’Etat à mots couverts où qu’il se trouve, car ayant la charge d’en assurer la représentation, c’est-à-dire le prolongement, et le second restant soumis aux missions de l’Organisation qui n’a de compétences que dérivées c’est-à-dire souscrites dans l’acte constitutif et limitées par la souveraineté des Etats qui conservent la qualité de destinataires principaux, sujets originaires de la règle de droit international. De là s’expliquent les dérives de certains Etats qui, sous prétexte d’apporter leur secours, dessinent en secret une géostratégie économique de l’après-guerre face à toute puissance cherchant à leur disputer le monopole de la gestion des ressources. Une stratégie non ignorée des intellectuels des PEV et PPTE, et pratiquée par la plupart des membres du G8 dont la divergence de points de vue traduite par le souci du leadership, est à l’origine de ce qu’on appelle par le « nouvel équilibre de la terreur ». Certains penseurs, qui tirent l’essentiel de leur doctrine du constructivisme d’Alexander Wendt et de Jean Piaget*****voient en la misère des Nations du sud l’œuvre d’un « projet macabre » ; ils vont jusqu’ à affirmer que certaines de ces puissances à l’instar des USA seraient ainsi instigatrices des tensions qui secouent le monde et des crises qu’on retrouve partout, parce qu’elles en tirent profit.

    Quoiqu’il en soit, le concept de sécurité de l’Etat, à l’échelle internationale semble avoir été vidé de toute sa substance. A l’heure actuelle, l’affaiblissement et l’ineffectivité de l’application de la règle de droit international dans le maintien de la paix parassent expliquer le retour à l’anarchie des Etats. Un retour à l’homogénéisation des acteurs des relations internationales qui contraste avec la présence des organisations intergouvernementales comme l’ONU, née des cendres de la SDN s’étant révélée à l’époque incapable d’empêcher l’avènement de la deuxième Guerre mondiale. Un retour à l’anarchie des Etats et à la loi du plus fort qui explique sans doute pourquoi la tendance semble à la conquête moderne ou la préservation des monopoles par l’usage de la force, voire par le biais du « tout pour le tout », à savoir le jeu de la versatilité diplomatique et du possible soutien au « terrorisme d’Etat », les campagnes d’intoxication, les accords « souterrains » et même l’évocation de la lettre des normes des conventions internationales en méconnaissance de leur esprit. On peut toujours se demander si la France demeure absente de ce jeu.

    Pourquoi un soutien de la France au Liban ?

    La France reste le premier Etat au monde connu comme celui qui revendique le plus le respect des règles posées par les conventions internationales dans la résolution des conflits armées, position allant à l’encontre du discours tenu par Monsieur Gorge Bush, Président américain mais suivie par les instances onusiennes. Plus encore qu’hier, la France affirme dans le conflit Israëlo-libanais la prééminence du règlement pacifique des différends sur tout usage de la force. Comme dans le conflit qui a opposé l’Iraq aux USA, elle évoque le respect d’un principe du droit international pour limiter les pertes humaines et de matériels aujourd’hui évalué à plus d’un millier d’innocents et près de 4 milliards d’Euros. Et monsieur Philippe Douste-Blazy, ministre des Affaires étrangères français, de sermonner les coupables: « Si la France avait été écoutée, on aurait évité au peuple libanais un tel massacre. » D’où l’idée que seul un cessez-le-feu immédiat, une cassation des hostilités paraît urgente à maintenir un minimum de sécurité dans la région. Le premier ministre israëlien Ehoud Olmer, de son côté pense le contraire. Soutenu par le gouvernement américain dont le Secrétariat commence à changer d’avis, l’Etat israëlien argue qu’aucune sécurité de ses citoyens n’est possible si tant que le territoire libanais servira de rempart au Hezbollah, le groupe terroriste tirant des roquettes et maintenant des missiles sur l’Etat d’Israël. Repousser ce groupe jusqu’à sa dernière tranchée et détruire toute trace du Hezbollah semblent être les missions que ce sont investis les gouvernements américain et israëlien, restés solidaires de la stratégie répressive et dissuasive. En quoi on peut se demander qui des deux puissances les USA ou la France semble se préoccuper le plus du devenir du peuple libanais.

    L’amour de la France pour le Liban ne date pas d’aujourd’hui. Rafik Hariri mort, le gouvernement en place avait déjà choisi la France comme l’un des partenaires majeurs du pays. Cela n’a été que, sous une forme ou une autre, la continuation de la politique suivie par celui qu’on a souvent appelé « l’élu », lequel élu fut aidé par la France dans la reconstruction du pays. Et aujourd’hui, elle pèse de tout son poids pour qu’un cessez-le-feu immédiat soit observé par l’Etat d’Israël pour faciliter le passage des convois humanitaires et la sortie des populations croulant sous les canons. Au fondement de ses arguments, l’Etat français évoque la responsabilité des Etats et de l’ONU à la protection des droits de l’homme et l’usage de la force qu’à titre exceptionnel. Son impuissance semble se traduire par le constat fait de l’ineffectivité de l’application des règles choisies par tous, qui est aussi celle de la sanction internationale des Etats qui violent de manière délibérée ces mêmes normes : d’où le regret manifesté par la doctrine internationaliste sur le déclin annoncé du droit international qui cède du terrain à l’unilatéralisme des Etats.

    Quoique la position française soit louable sur la question, elle ne reste pas moins une simple stratégie diplomatique. Et comme telle elle vise avant tout les intérêts de la France où qu’elle se trouve. Mais une autre question à se poser est celle de savoir si la sécurité des Etats ne passerait pas par celle des citoyens, et si en l’espèce le conflit qui oppose Israël au Liban, n’aurait pas pour origine profonde les besoins exprimés par les deux Communautés.

    De la sécurité pour quoi à la sécurité pour qui

    Nous avons été amenés à faire le constat selon lequel la sécurité des Etats par l’armement et la guerre est source d’unilatéralisme et du dilemme d’insécurité ; elle participe pour une bonne part à l’escalade des conflits et installe la peur et la méfiance. Inquiets d’assister leurs voisins s’armer et se préparer contre d’éventuels conflits frontaliers, les Etats ont désormais tous pris l’habitude de s’armer à leur tour, animés par cette peur que fait peser sur eux le voisinage. Il suffit dès lors d’une étincelle, pour qu’un conflit né entre deux Etats se généralise et traverse la région.

    Le dilemme d’insécurité installe la peur à un tel degré que le recours à la guerre préventive semble devenir la règle du jeu. On sait d’ailleurs qu’il serait à l’origine d’une généralisation des conflits et d’un plus grand nombre de victimes innocentes. Dans un tel contexte, la sécurité des Etats menacerait celle des citoyens. Or on peut toujours se demander pourquoi les Etats se protègent-ils, si ce n’est pour ne pas exposer leurs citoyens aux menaces mais aussi pour leur garantir le bien-être nécessaire. « Le sujet de la sécurité (serait-il alors devenu) le sujet de l’insécurité ? », en ce que les Etats en tant qu’acteurs de la sécurité des citoyens dont il sont censés garantir le calme et la tranquillité viendraient hélas à les exposer au danger d’insécurité ouverte par une course à l’armement nucléaire. Autrement dit le destinataire de la sécurité ne serait-il donc que sa propre victime ?

    « Notre mode de pensée, déjà affirmait le Rapport mondial sur le développement humain-1994******, doit connaître une nouvelle évolution : passer de la sécurité nucléaire à la sécurité humaine », car la sécurité des Etats tient à son cœur celle des citoyens qui n’est en rien « une question d’armement mais de vie humaine et de dignité ». Nous serions ainsi passés d’une sécurité pour quoi, dont on sait les conséquences sur les citoyens, à une sécurité pour qui. A l’origine d’un tel voeu, il a été évoqué à raison le fait que la multiplicité des conflits dans le monde était due aux besoins des citoyens, les excursions armées n’étant que des conséquences évidences du sort subi par les communautés. Condamnées à subir les décisions des Etats, les communautés revendiquent de plus en plus leur place dans le processus décisionnel, mais surtout un équitable partage des richesses nationales. De ce point de vue les incursions armées ne sont que l’expression manifeste d’un malaise identitaire, la conséquence évidente d’un oubli des communautés nationales par les Etats. Ce qui semble expliquer en partie l’existence des régimes dictatoriaux dans le tiers-monde – autorités des Etats renforcées et devenues absolutismes- et où le fossé entre riches et pauvre est des plus inquiétants. Il en est ainsi également de la multiplicité d’attentats dans le monde qui viennent sans doute à la rescousse des revendications communautaires. Mais est-ce toujours vrai que les menaces que connaît la communauté internationale, peuvent tous s’analyser par des réactions au manque d’intérêt porté sur les besoins exprimés par les Communautés ?

    Il nous semble juste en effet de penser que la misère des communautés dites du tiers-monde arrange les puissances économiques. Avec un fardeau aussi important sur le dos- la dette intérieure et extérieure-, les Etats dits du tiers-monde, consacrent le plus d’efforts et de temps à chercher à remplir leurs engagements internationaux de paiement de la dette qu’à relever le niveau de vie des citoyens. Sachant bien que celle-ci ne sera jamais parvenue à terme avant l’échéance de leur mandat, les gouvernants du tiers-monde sont amenés à profiter le plus possible de leur gestion, laissant l’ensemble de la population dans le dénouement et la détresse. C’est cela qui explique sans aucun doute le pourquoi des monarchies aux Proche et Moyen-Orient, mais surtout en Afrique où les détournements des mécanismes démocratiques se font à ciel ouvert au service de la dictature des pouvoirs en place. Se maintenir au pouvoir par tous moyens, semble devenir la règle du jeu, cela même contre des aspirations de la grande majorité des citoyens. Les gouvernants vivent alors dans l’opulence totale au détriment des peuples et dans l’insouciance de leurs besoins élémentaires. Les programmes d’ajustement structurels du FMI ne viennent qu’augmenter les charges des Etats et empirer la situation de ceux qui ont déjà la corde au cou. Et d’autre part la gabegie financière des monarques modernes dont on hérite les gènes ne laisse pas augurer un avenir radieux de l’économie des Etats. Se disant alors pessimistes sur un possible changement de la situation perdue d’avance, les candidats à la magistrature suprême rêvent d’une conquête du pouvoir à des fins de jouissance personnelle ou ethnique. Ce triomphe des égoïsmes politiques entraîne la frustration des Communautés et paraît ainsi à ce jour, traduire l’instabilité politique qui s’ensuit le plus souvent par la multiplication des tensions et conflits armés.

    Derrière ce rideau de l’infamie, se retrouvent évidemment oubliés les besoins des populations qui n’ont d’autres moyens pour se faire entendre que l’usage de la force. -Ce qui se passe en Afrique ne semble pas être propre à ces communautés- Et presque partout à travers le monde les besoins et revendications des communautés passent d’être ignorés et « enterrés » sous les décisions des Etats : le pouvoir central. Sans toute fois soutenir quelques factions armées, au cœur des revendications communautaires, nous avions été amenés à recenser les besoins des populations, la reconnaissance des identités et l’égalité de traitement entre citoyens d’un même Etat. Au moment où l’idée d’un nouvel ordre politique international fait du chemin, les sentiments communautaires n’ont jamais autant gagné les esprits : après le nationalisme Corse et le Mouvement indépendantiste basque en Espagne, nous voici à présent les incursions d’Al-Quaïda et du Hezbollah en Iraq et au Liban, où Schites et Sunnites s’empoignent, arabes et juifs se promettent des coups … et derrière lesquels américains et français jouent à cache-cache. C’est le règne du chaos !

    Si « le concept de sécurité fait depuis trop longtemps l’objet d’une interprétation restrictive, la cantonnant à la sécurité du territoire face aux agressions extérieures, à la protection d’intérêts nationaux face à l’étranger, ou à la menace d’un holocauste nucléaire », sous sa première acception, il semble aujourd’hui qu’il paraît davantage désigné « la protection contre la maladie, la faim, le chômage, la criminalité, les conflagrations sociales, la répression politique et les catastrophes naturelles » La plupart des conflits qui surviennent à l’intérieur des Etats ont plus ou moins pour cause directe l’une de ces raisons. L’actuelle précarité dans laquelle se trouve le peuple libanais plaiderait en faveur d’un cessez-le-feu immédiat afin de permettre aux missions humanitaires onusiennes et étatiques de venir au secours des besoins des populations.

    Par ailleurs la sécurité humaine comprend plusieurs composantes ignorées des Etat comme la sécurité économique- qui suppose la garantie d’un revenu minimum-, la sécurité alimentaire-le droit qu’a toute personne de disposer à tout moment d’une alimentation de base-, la sécurité sanitaire-le droit qu’à toute personne de bénéficier de soins et traitements à la charge de l’Etat quand elle se trouve en situation précaire-, la sécurité de l’environnement- pour la préservation des échos systèmes et des chance de survie des générations futures-, la sécurité personnelle- contre toutes formes de violences : physiques ou morales-, la sécurité de la communauté –pour la préservation des identités communautaires, indispensable à la tranquillité des Etats- et la sécurité politique qui elle englobe toutes les autres et garantit aux citoyens le respect de leurs droits fondamentaux. Approfondissant sa réflexion sur les courants de pensées qui ont examiné la question de la sécurité internationale, le Professeur Fidèle Ebonza de l’Université Marien Ngouabi, se réclame favorable aux idées soutenues par les écoles critiques de la sécurité d’Etat auxquelles il apporte une réflexion critique : « Les écoles critiques de sécurité (entendent définir) la sécurité humaine comme étant le secours aux humains en situation de vulnérabilité face au système d’exclusion, injuste et inopérant. Dans cette vision, nous pensons à cet effet que l’Etat-nation est dépassé et constitue une entrave à l’émancipation des humains. Les consciences individuelles doivent changer ; les structures guerrières être abandonnées et les apprentissages de la paix (y) doivent être développés. Le discours doit également s’adapter (au changement des besoins des populations) : de la sécurité pour quoi, on doit aller vers une sécurité pour qui. Autrement dit c’est l’individu en premier qui doit être l’objet de la sécurité. La sécurité individuelle, (personnelle, humaine), doit primer sur la sécurité (d’Etat ). » -Critique approfondie de l’ouvrage de Krause et Williams, Gurical security studies concepts and cases, Minneapolis, Minneapolis university Press, 1997, p. 78- par Monsieur Fidèle Ebonza, Grands problèmes politiques contemporains, Deuxième partie, Conférences, année académique 2004, maîtrise Droit public, Université Marien Ngouabi (Doc. Confid.)

    En tout état de cause, il semble urgent pour la communauté internationale de se prononcer sur la question, en ne perdant pas de vue que l’Etat libanais est de tous celui dont la survie des populations se trouve menacée, le territoire violé et la souveraineté atteinte. Ainsi donc, l’unilatéralisme sur le plan international serait-il alors devenu la mesure du jeu diplomatique désormais gouverné par la stratégie militaire ? Les théories de Clausewitz *******trouveraient-elles encore du soutien et de l’estime, à l’heure où tous semblent s’accorder sur un usage exceptionnel de la force comme fondement du nouvel ordre politique international ? Sommes-nous toujours si convaincus d’avoir opéré un grand tournant contre le règne de l’absolutisme à l’échelle internationale?
    M. Dimina-Monofila

    * Afin d’éviter toute confusion, le concept sécurité de l’Etat nous a été préféré à ceux de sécurité d’Etat et sécurité étatique. Pour la précision sémantique, la sécurité de l’Etat désigne ici la protection de l’Etat en tant que Nation tandis que la sécurité d’Etat la protection de l’Etat en tant qu’entité politique souveraine, paraît mieux s’appliquer dans le cadre d’études portant sur la défense territoriale ; quant à la sécurité étatique, elle concerne de notre avis plusieurs domaines de l’Etat à la fois, sans jamais opérer une précision quelconque. Cf raison d’Etat, affaire d’Etat ; perte ou réussite étatique ; succès de l’Etat : réussite de la Nation …
    **L’art. 33 de la Charte des Nations Unies dispose : « Les parties à tout différend dont la prolongation est susceptible de menacer le maintien de la paix et de la sécurité internationales doivent en rechercher la solution, avant tout, par voie de négociation, d’enquête, de médiation, de conciliation, d’arbitrage, de règlement judiciaire, de recours aux organismes ou accords régionaux, ou par d’autres moyens pacifiques de leur choix. »

    ***Régi par le principe du consensualisme, « les règles liant les Etats procèdent de la volonté de ceux-ci. » Volonté manifestée par la ratification et l’adoption des conventions mais aussi la promesse de respecter « les usages acceptés par tous », qu’il s’agisse de la coutume internationale ou des normes de jus cogens. Cf Affaire du Lotus : CPIJ, 7 septembre 1927.

    **** Professeur de Droit international à l’université de Princeton, R. Falk explique en quoi le courant internationaliste semble avoir été gagné par le pessimisme et le devenir du droit international menacé par le retour à l’unilatéralisme des Etats.

    *****Se réclamant du constructivisme dialectique, J.Piaget, penseur et philosophe français du XX ème siècle, est à l’origine du réveil du constructivisme qui permet le lien de l’affiliation épistémologique avec le constructivisme de Broumer. Tous se reconnaissent à travers cette assertion de Gaston Bachelard : « La méditation de l’objet par le sujet prend toujours la forme d’un projet », c’est dire que l’objet scientifique est toujours construit et non donné.

    ******Le Rapport mondial sur le développement humain, Paris, Ed Economica, 1994 ; P.23-Source : PNUD.
    ******* Claudewitz, général d’armée allemand, concepteur de la théorie de la manœuvre stratégique consistant « à la destruction des principales armées ennemies sur le champ de bataille » par la frappe du « système nerveux » adverse et la destruction « des points d’alimentation civiles »La révision de cette théorie a permis la refonte de la doctrine de l’objectif ou du but militaire : « le véritable but n’est (plus) tant de chercher la bataille que de chercher une situation stratégique si avantageuse, que si elle n’amène pas d’elle-même la décision, sa continuation par une bataille produira certainement la même décision » : une défaite déclarée des forces ennemies.
    Observations : à rappeler que cet article n’a pas pour but de livrer une quelconque information journalistique, il est

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