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Suppression des notes avancee sociale ou fausse bonne idee

Suppression des notes avancee sociale ou fausse bonne idee

Le débat sur la suppression des notes à l’école primaire redevient d’actualité. Panorama des arguments des détracteurs et des partisans de la notation.

Après le livre choc de la rentrée «On achève bien nos écoliers» (1), qui fustigeait un système éducatif français qui broie les élèves et produit de l’échec scolaire en masse, un nouveau débat agite le monde de l’éducation : la suppression des notes à l’école primaire.

L’Afev, une association qui lutte contre l’échec scolaire dans les quartiers populaires, a lancé un appel en ce sens, soutenu par 20 personnalités, de Marcel Rufo à Axel Kahn en passant par Michel Rocard. Luc Chatel a depuis décliné la proposition mais la pétition a eu au moins le mérite d’ouvrir le débat.

Que penser des notes ? Evaluation ou sanction ? Panorama des arguments des détracteurs de la notation et de ceux qui la soutiennent.

Les notes, sources de souffrance

D’après une enquête de l’OCDE sur le bonheur à l’école, la France est 22e sur 25. Peur de ne pas bien répondre, angoisse de l’échec, les écoliers français sont loin d’être épanouis. Les notes seraient à l’origine de cette spirale négative d’après les signataires de l’appel de l’Afev et les conséquences de ce système sur les élèves en difficulté seraient désastreuses : “fissuration de l’estime de soi, absence de valorisation de leurs compétences, détérioration des relations familiales et à terme souffrance scolaire”.

Des études en psychologie sociale ont d’ailleurs montré que les élèves intériorisaient l’image que les professeurs avaient d’eux et avaient tendance à se comporter en fonction du regard que l’enseignant portait sur eux. Le pédopsychiatre Marcel Rufo affirme d’ailleurs «Près de la moitié de mes patients souffrent des conséquences des difficultés scolaires. Les notes blessent l’enfant et les parents» .

Les notes ne seraient pas fiables

Autre grief à l’encontre des notes : celles-ci ne seraient pas justes car sujettes à des biais comme l’inconscient du professeur.

Ainsi le mathématicien André Antibi a mis en évidence le théorème de la “constante macabre” : selon lui, pour que des notes soient considérées comme bonnes, il faut qu’il y en ait autant de moyennes et de mauvaises.C’est cette proportion, apparemment incompressible dans le système français d’évaluation des élèves, d’un tiers de mauvaises notes qui constitue la “constante”. Elle est “macabre”, ajoute le chercheur, parce qu’elle casse et désespère chaque année un tiers au moins de l’effectif scolaire puis étudiant”. D’après son enquête, 95% des enseignants reconnaissent l’existence de ce phénomène (2).

Le sociologue Pierre Merle a également mis en évidence les biais inconscients qui peuvent altérer l’objectivité des notes : l’origine sociale, l’âge, le redoublement, le sexe… Ainsi, à niveau identique aux tests de compétence en mathématiques et en français, les enfants de cadres sont mieux notés en classe que les enfants d’ouvriers. Il en est de même des élèves non redoublants par rapport aux redoublants (3). D’autres biais existent également : l’ordre des copies corrigées (la note varie à la fois selon la qualité des copies précédentes mais aussi, mécaniquement, selon qu’elle est corrigée parmi les premières ou les dernières), l’effet Pygmalion (la perception globale que les enseignants ont d’un élève, favorable ou défavorable, joue sur le score de chacune de ses évaluations, quelles que soient les réponses) ou encore l’effet source (les notes sont souvent influencées par les résultats déjà obtenus par l’élève, en particulier la toute première copie de l’année).

Les détracteurs de la notation citent en exemple la Finlande, pays en tête des classements internationaux en matière d’éducation, qui ne note les enfants de façon chiffrée qu’à partir de 11 ans.

Les arguments en faveur du maintien des notes à l’ école primaire

Le premier défenseur du maintien de la notation est Luc Chatel, le ministre de l’Education nationale. “Il ne faut pas voir la note comme l’échec, comme le rejet, comme la sanction. C’est aussi l’évaluation d’un travail, ça peut être pour l’élève un objectif… un projet de progression pour l’élève”, a -t-il déclaré. “La note, elle est utile pour avoir des repères, pour mesurer les résultats des élèves”.

Pour d’autres, on se trompe de coupable “Ce n’est pas en supprimant les notes que l’on va diminuer l’échec scolaire”, s’insurge le président de l’UNI (Union nationale inter-universitaire), Olivier Vial, qui parle de “fantasme”. Pour lui, le “malaise” que connaît l’école actuellement est lié à d’autres facteurs, notamment la violence et le rythme scolaire trop soutenu (4). Dans un entretien au “Journal du dimanche”, il cite l’exemple désastreux d’un collège de Roubaix qui a expérimenté la suppression des notes et qui a fait finalement marche arrière à la demande des élèves. ” Le niveau avait baissé, l’ambiance s’était détériorée et la motivation avait connu une chute vertigineuse”. D’autre part, on constate un très récent retour aux notes, dans les pays qui furent autrefois les plus progressistes comme la Suède qui a ainsi réintroduit les notes dès le CP (5).

Libre à chacun de forger son opinion à la lumière des arguments des deux parties. Il est néanmoins bon pour clarifier le débat de préciser que vouloir l’égalité des chances ne signifie nullement un nivellement par le bas. En effet, l’enquête Pisa (6) a clairement démontré que moins un pays a d’élèves en échec, plus son élite est brillante. En aidant les plus démunis, on aide aussi les meilleurs.

(1) “On achève bien les écoliers”, Peter Gumbel, Grasset 2010

(2) http://ecolesdifferentes.free.fr/constantemacabre.html

(3) http://www.cafepedagogique.net/lemensuel/laclasse/Pages/2007/86_Lesnotessontellesjustes.aspx

(4)http://www.lejdd.fr/Societe/Education/Actualite/Pour-ou-contre-les-notes-a-l-ecole-234634/

(5) http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2010/11/NMons_Notesauprimaire.aspx

(6) PISA est uneenquête menée tous les trois ans auprès de jeunes de 15 ans dans les 30 pays membres de l’OCDE et dans de nombreux pays partenaires

Lire aussi sur le même sujet : “Baisse du niveau scolaire, mythe ou réalité?”

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