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Secret defonse la BD atomisee puis ressuscitee de Ptit Louis

Secret defonse la BD atomisee puis ressuscitee de Ptit Louis

Une bande dessinée antinucléaire polynésienne censurée à sa sortie en 1983 rencontre un grand succès en Polynésie depuis sa réédition en 2009 chez Haere Po.

Les deux dessinateurs de presse les plus connus de Polynésie française s’appellent Gotz et P’tit Louis. C’est ce dernier, dessinateur vedette du quotidien « La dépêche de Tahiti », qui est l’auteur de cet album de bande dessinée hors du commun édité par les éditions Haere Po : « Secret défonse ».

P’tit Louis, le marin aux crayons

Originaire du sud-ouest de la France, P’tit Louis arrive à Tahiti à la voile en 1972, à bord du Pen Duick III d’Eric Tabarly, dont il est l’un des équipiers.

Il tombe amoureux de la Polynésie et de ses vahine… et le Pen Duick repart sans lui.

Depuis, il est devenu un personnage incontournable de la presse polynésienne. Il est vrai que depuis de nombreuses années, il signe les dessins d’humour dans le plus important des deux quotidiens polynésiens : « La dépêche de Tahiti ».

C’est pas dangereux

Héritier des valeurs et des idées du mouvement de 1968, il ne lui faut pas longtemps pour entrer en guerre contre le CEP (Centre d’essais du Pacifique), la machine à tester les bombes nucléaires si chères au général de Gaulle.

Mais, à l’époque, le clientélisme forcené mis en place pour faire taire les consciences polynésiennes fait des merveilles et il ne fait pas bon critiquer le nucléaire français à Tahiti et dans ses îles, tant l’argent coule à flot.

C’est dans cette ambiance qu’au début des années 1980, P’tit Louis réalise une bande dessinée (en noir et blanc) intitulée : « C’est pas dangereux ». Il se trouve même un éditeur courageux (ou inconscient ?), les éditions Haere Po, pour publier l’album et le mettre sur le marché en 1982.

Il s’agit d’une attaque en règle contre la présence nucléaire française en Polynésie, doublée d’un regard pour le moins caustique sur certains champignons consommés dans les îles pour des raisons autres que gustatives…

L’album provoque un tollé général, tant chez les autorités françaises civiles et militaires que chez les Polynésiens, commerçants et employés du CEP. Il est purement et simplement boycotté par tous les commerçants de Papeete, comme de toute l’île de Tahiti.

Il faut dire qu’à une époque où le champagne coule à flot chez tous les nantis de Polynésie, « se moquer de la manne sonnante et trébuchante qui tombe du champignon nucléaire » relève de l’inconscience, voire du suicide…

Il est amusant de noter qu’ils sont nombreux ceux qui, à l’époque, faisaient partie de la cabale et tentent, aujourd’hui, de « faire passer leur cirrhose ou autres ulcères à l’estomac pour des maladies post-nucléaires ».

Les années noires de P’tit Louis

Face à la violence des réactions des employés du nucléaire, furieux que l’on puisse publiquement critiquer l’existence même du nucléaire et de la « pompe à fric » qui va avec, P’tit Louis est obligé d’aller se mettre à l’abri sur une île moins remontée contre lui.

Il faut dire que même les Renseignements Généraux l’ont, lui et ses amis, dans le collimateur !

Donc, après avoir soigneusement enveloppé dans du plastique et enterré dans le jardin d’un ami le seul exemplaire de « C’est pas dangereux » qui ait été sauvé du pilon, P’tit Louis embarque sur son petit voilier et va se réfugier sur une île au climat moins délétère…

De « C’est pas dangereux » à « Secret défonse »

Vingt sept ans plus tard, le climat en Polynésie a bien changé. Les antinucléaires, à travers des associations de vétérans comme « Moruroa e Tatou », font entendre leurs voix de plus en plus fort et le gouvernement français à de plus en plus de mal à justifier la destruction de l’atoll de Moruroa. La bombe atomique n’est plus à la mode.

La maison Haere Po est toujours dirigée par les mêmes personnes, et P’tit Louis est devenu un dessinateur de presse à succès… L’envie de ressusciter l’album maudit se fait jour.

On exhume donc le seul exemplaire qui ait échappé à la destruction et P’tit Louis se remet au travail. En effet, les techniques d’éditions ont beaucoup évolué et il est décidé de rééditer l’ouvrage en couleurs.

C’est chose faite en septembre 2009, mais sous le titre « Secret défonse ».

Immédiatement, l’album remporte un énorme succès en Polynésie française. Ce qui tend à démontrer que si l’éditeur Haere Po et P’tit Louis sont toujours les mêmes hommes courageux et ancrés dans leurs convictions, les mentalités du public, elles, sont plus versatiles.

En l’occurrence, on ne peut que se féliciter de voir enfin reconnue la valeur de cet album hilarant au destin compliqué.

« Secret défonse » est disponible sur Internet aux éditions Haere Po

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