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Scolarisation des sourds une conference de nonconsensus

Scolarisation des sourds une conference de nonconsensus

Le 8 décembre, une journée nationale de réflexion sur la scolarisation des jeunes sourds est programmée. Ses modalités d’organisation ne font pas consensus.

Le 8 décembre 2010, une journée nationale de réflexion et de concertation sur la scolarisation des jeunes sourds se déroulera à Paris. Son organisation et son déroulement ne donnent pas entière satisfaction aux usagers concernés.

Un plan “Handicap auditif

Le 11 février 2010, un plan gouvernemental proposait un certain nombre de mesures concernant les personnes sourdes à mettre en application avant 2012. Certaines de ces mesures ont été ou remises en cause (mesure 16 concernant l’expérimentation dans trois académies de l’accompagnement scolaire des jeunes sourds par des codeurs LPC) ou bloquées (mesure 47 concernant la mise en œuvre de centres relais téléphoniques pour les personnes sourdes, actuellement dans l’impasse car sans financement possible).

La mesure 15 proposait l’organisation d’une “conférence de consensus” entre les administrations concernées (ministères chargés de l’Éducation nationale, de l’Agriculture et de la Solidarité, CNSA) et les associations, sur la scolarisation des jeunes sourds.

Une décision antérieure non appliquée

Cette mesure ne faisait que confirmer une déclaration faite au préalable lors de la Conférence nationale du handicap en 2008, notifiée en 2009 dans le rapport du gouvernement sur le handicap à l’Assemblée nationale. L’objectif était en particulier d’étudier les problématiques scolaires en fonction du mode de communication choisi pour l’enfant sourd.

Mais la programmation de cette conférence de consensus, attendue par les associations, n’avait pas été suivie d’effet.

Du consensus à la réflexion

Le Comité interministériel des personnes handicapées (CIPH) a été chargé de l’organisation de cette conférence. Elle n’est plus définie comme “de consensus”, mais comme une simple journée de réflexion et de concertation. Cette modification a été rendue possible par le fait que le plan handicap auditif n’avait mentionné l’idée de consensus qu’entre guillemets.

Il a été estimé que le cadre et le sujet ne permettaient pas d’organiser une conférence de consensus en en respectant la définition.

Ce qu’aurait été une véritable conférence de consensus

Dans le domaine de la psychologie par exemple, la conférence de consensus se base sur une volonté de réflexion collégiale autour d’une problématique précise; elle s’appuie sur la rencontre entre les professionnels de terrain et les enseignants-chercheurs.

Son objectif est la production d’un débat sur un sujet controversé permettant de formuler des recommandations à caractère public.

Les acteurs prévus sont:

  • un comité d’organisation sous la direction d’un président;
  • des représentants de praticiens (associations par exemple);
  • un groupe bibliographique fournissant des données scientifiques;
  • des enseignants-chercheurs;
  • des praticiens.

Le thème du débat est divisé en plusieurs questions. Des groupes sont formés en fonction des compétences respectives, qui se réunissent régulièrement sur une période donnée. Lors d’une réunion plénière, chaque groupe présente sa réponse. L’ensemble des participants est ensuite réuni au cours d’une conférence publique au cours de laquelle chacun peut s’exprimer.

Enfin, un jury multidisciplinaire et multiprofessionnel rédige en huit clos les conclusions de la conférence.

Un tel modèle aurait pu être envisagé et adapté à la problématique des jeunes sourds, sans pour autant prétendre à une ambition scientifique. La mise en place de groupes de travail sur une période donnée aurait pu en particulier autoriser l’expression des associations et la participation d’experts qu’ils auraient pu proposer. Les conclusions auraient pu être formulées en termes de recommandations.

Bien sûr, la difficulté est liée aux parties en présence, qui n’ont ni les mêmes motivations, ni les mêmes pouvoirs de décision, ni les mêmes responsabilités:

  • les représentants des administrations et ministères;
  • les représentants des usagers.

Ce que sera la journée de réflexion dans les faits

Trois collèges y seront représentés:

  • les administrations;
  • les experts (soit des professionnels remarqués et connus pour leurs actions ou leurs écrits sur le sujet, choisis par les administrations);
  • les associations, plus ou moins représentatives des usagers.

Après le témoignage de quatre familles et un exposé théorique sur les aspects historiques de la problématique, quatre tables rondes seront proposées sur les thèmes suivants:

  • les choix familiaux en amont de la scolarisation (modes de communication, par exemple);
  • les acteurs de la scolarisation (les professionnels et les formations reçues);
  • les outils et techniques utilisables;
  • le pilotage des actions.

Dans la salle, 250 invités sont attendus, dont 150 issus du secteur associatif; une place prépondérante dans l’assistance venant contrebalancer leur faible représentation lors des tables rondes, puisqu’ils n’ont pas été sollicités pour proposer eux-mêmes des experts.

Un certain mécontentement

Les associatifs sont perplexes devant ces orientations. Ils n’ont pas été concertés en amont de leur élaboration avant le 10 novembre. Ils n’ont disposé d’aucun temps de latence pour remettre en cause ce qui était déjà fixé.

Ils pensent:

  • que cette journée n’apportera rien de plus à ce qui a déjà été décidé par les administrations dans le domaine de la scolarisation;
  • que le peu de temps dont ils disposeront lors des tables rondes ne leur permettra pas de tenir un discours argumenté et construit, en sachant que les attentes spécifiques des uns et des autres sont différentes selon les choix linguistiques familiaux (bilinguisme, Langue française, Langue française parlée complétée )

Ils ne sont même pas assurés de pouvoir tous s’exprimer, le CIPH devant sélectionner les propositions d’intervention quelques jours avant la conférence.

Un climat non consensuel

La scolarisation des jeunes sourds suppose la prise en compte de plusieurs catégories d’élèves:

  • ceux qui ont choisi la langue des signes française (LSF) comme langue première (avec accès ensuite à la langue française écrite) ;
  • ceux qui ont choisi la langue française seule, parlée et écrite;
  • ceux qui ont choisi la LPC, soit la langue française parlée et écrite complétée par un code visuel;
  • ceux enfin qui souhaiteraient un bilinguisme total (LSF et langue française parlée et écrite).

Satisfaire l’ensemble des attentes et des besoins n’est certes pas simple et suppose la mobilisation de moyens non toujours disponibles. Mais les associations reprochent au ministère de l’Éducation nationale de vouloir apporter des réponses globalisantes là où une étude différenciée serait nécessaire, conformément à la définition du projet personnalisé de scolarisation, tel que notifié dans la loi de 2005. Beaucoup ont déjà interpellé les services responsables au sujet de la dernière circulaire parue sur le sujet en mai 2010.

Les actes de cette journée du 8 décembre devraient donner lieu à un rapport, qui sera utilisé lors de la prochaine Conférence nationale du handicap, prévue en juin 2011. Les usagers attendront-ils cette date en toute sérénité?

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