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Scolarisation de lenfant handicape les difficultes du projet

Scolarisation de lenfant handicape les difficultes du projet

Chaque élève handicapé a droit à un projet personnalisé de scolarisation qui fait état de ses besoins et des moyens pour y répondre. Obstacles possibles.

L’élaboration et le suivi du projet personnalisé de scolarisation, ou PPS, pour chaque enfant handicapé scolarisé, apporte un cadre théorique respectueux de ses besoins. Mais son orientation et sa mise en œuvre se heurtent parfois à des obstacles multiples qu’il convient de connaître pour mieux les franchir.

Des points de vue subjectifs ou partisans

Les souhaits de la famille doivent être pris en compte. L’équipe de suivi de scolarisation doit s’assurer, autant que possible, de son acceptation du projet. Mais deux dérives sont parfois difficiles à gérer.

Les parents peuvent préconiser des mesures peu conformes à l’intérêt de l’enfant ou refuser ce qui pourrait lui être profitable. Ils ne sont pas toujours en mesure d’apprécier objectivement la situation de leur enfant.

Les professionnels peuvent aussi porter des jugements erronés que, parfois, la famille accepte par excès de confiance dans les « experts ».

Certes, l’expérience et la formation des spécialistes garantissent un certain nombre de savoirs et savoir-faire. Mais l’habituation au handicap induit aussi des points de vue réducteurs et fatalistes, peu axés sur l’espérance ou une possible ambition. Ils auront tendance alors à minimiser les compétences et potentiels de l’enfant. Ils auront tendance à justifier leur position par le fait que les parents « n’ont pas encore accepté le handicap ».

Parfois se produit l’effet inverse : la somme de travail supplémentaire exigée du jeune est conçue comme « le prix à payer » pour une réussite scolaire.

Pour un handicap donné, les professionnels peuvent avoir en outre des a priori sur ce qu’il convient de faire. Ils peuvent alors tenir des propos frôlant la manipulation pour imposer leur idée. Pour exemple : un service d’accompagnement pour élèves sourds participe au soutien scolaire d’un élève une heure par semaine et le reçoit deux heures pour des séances d’orthophonie. Malgré les observations très positives faites par l’enseignante de la classe et l’accompagnante (codeuse LPC – langue française parlée complétée), l’éducatrice du service affirme que cette « intégration » se passe mal et qu’il faut donc en urgence penser à une scolarisation en établissement adapté.

Limites des savoirs et compétences

Évaluer les besoins d’un élève handicapé n’est pas toujours aisé. Les outils disponibles sont limités ou inexistants en certains domaines. On procède donc souvent par essais et erreurs, en émettant l’hypothèse que telle ou telle mesure aidera au mieux l’enfant. L’évaluation quantitative est particulièrement complexe : faut-il prévoir une heure, deux heures, trois heures pour telle ou telle rééducation ?

Au sein de l’équipe de suivi de scolarisation, les connaissances sont inégalement partagées.

Si l’enseignant référent, par exemple, est spécialisé dans un type de handicap, il n’est pas supposé connaître en détail les problématiques de tous les handicaps existants. Un assistant social ou un médecin n’ont aucune expérience éducative dans le champ du handicap.

Des propos basés sur des idées reçues peuvent être tenus. Citons le cas de cet enseignant qui, après recherche sur Internet au sujet de la surdité, a essayé de convaincre les parents d’un jeune sourd qu’il convenait de l’orienter vers une classe adaptée et une communication en langue des signes. La famille, selon son droit, avait opté pour une communication en langue française et une scolarisation en classe ordinaire.

Confusions « sémantiques »

On confond parfois besoins et moyens existants. Les mesures proposées sont alors dictées par un point de vue global : l’enfant a tel ou tel trouble, en ce cas on a l’habitude de prévoir telle ou telle réponse ; donc on ne change rien. Il aurait besoin d’un accompagnement scolaire dispensé par une personne hautement qualifiée ; aucun service ne peut assurer la réponse ; on notifie alors « besoin d’accompagnement par un auxiliaire de vie scolaire » (AVS). L’AVS ne dispose pas des compétences attendues mais est disponible sur le marché.

On confond parfois besoins de l’enfant et besoins du corps enseignant. C’est ainsi que la demande d’AVS par les professeurs d’accueil est grandissante et sans rapport toujours clairement établi avec les vrais besoins de l’élève. La présence de l’auxiliaire allège en effet la charge éducative pour l’enseignant ; une attente que l’on peut bien sûr comprendre.

On confond parfois quantité et qualité. C’est ainsi que les parents réclament parfois plus d’heures de soutien, de rééducation ou d’accompagnement scolaire. Ce n’est pourtant pas toujours la bonne réponse. Alourdir l’emploi du temps de l’enfant entraîne une fatigue excessive. Augmenter le temps d’assistance peut freiner son autonomie.

On crée parfois un lien de dépendance entre besoin d’adaptation et difficultés d’apprentissage ou signes extérieurs de handicap. Un enfant handicapé auditif « bon élève » ou s’exprimant oralement avec aisance peut se voir ainsi privé d’une aide à la communication en classe, sans laquelle il ne pourrait pourtant pas poursuivre correctement ses apprentissages.

Limites des moyens utilisables

Reconnaître un besoin peut rester un vœu pieux si aucun moyen ne peut y répondre :

  • soit parce que le financement institutionnel ne le permet pas,
  • soit parce que le moyen lui-même resterait à inventer.

Le plus grave est parfois la nécessité de scolariser l’enfant dans la classe ordinaire de secteur, en reconnaissant que ses besoins seraient à penser plutôt dans un secteur scolaire spécialisé. En l’absence de classe adaptée à la situation, le « droit à la scolarisation » oblige la Commission des droits et de l’autonomie des personnes handicapées à faire ce type de proposition. C’est parfois le cas pour certains enfants autistes, porteurs de handicaps très lourds ou souffrant de troubles du comportement importants. Au final, leurs besoins ne sont pas pris en compte.

Aucun projet personnalisé de scolarisation ne peut donc garantir les réponses appropriées aux besoins d’un enfant handicapé.

À lire aussi : « Scolarisation des enfants handicapés : conseils aux parents »

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