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Roms si tous les Sarkozy du monde avaient les memes droits

Roms si tous les Sarkozy du monde avaient les memes droits

Droit de vivre, droit de circuler, droit de travailler, droit d’apprendre… En chassant les Roms, Sarkozy risque de se tirer une balle dans le pied.

A priori, la France est le pays des droits de l’Homme. La preuve, un Français d’origine étrangère peut y être élu président, sans forcément s’appeler Dupont ou de Gaulle. Depuis l’élection de Nicolas Sarkozy, il peut même porter un nom rom, avoir des parents hongrois et une femme italienne. A priori, la France n’a pas peur d’afficher haut et fort ses racines européennes.

Mais à l’évidence, la réalité est tout autre. Là où l’on serait en droit d’attendre du plus haut représentant de l’Etat un effort de rapprochement entre les peuples et le partage d’une nouvelle identité commune, se dresse un nouveau mur européen, bien plus difficile à abattre celui-là que les frontières nationales. Car il n’est pas fait de briques et de ciment, mais de préjugés aux relents racistes envers les “gens du voyage”.

Sarközi, un nom très répandu chez les Roms

Pourtant, Sarközi est un nom très commun chez les Roms, comme l’a mis en lumière récemment une enquête du journal Le Monde. Ironie du sort, le président de l’association culturelle des Roms autrichiens et président du conseil consultatif de l’ethnie rom s’appelle même Rudolf Sarközi. Comme de nombreux Roms, ses parents ont été déportés par les nazis et il est né en 1944, dans le camp de concentration de Lackenbach.

Rudolf Sarközi est à l’origine de la procédure de reconnaissance des Roms et des Sintis comme groupes ethniques en Autriche. Parmi ses nombreuses actions menées pour faire respecter les droits de sa communauté, il faut citer la “Roma Education Fund”, crée suite à l’attentat d’Oberwart le 2 avril 1995, qui vit l’assassinat de 4 membres de la communauté rom par des activistes d’extrême droite.

De Rudolf à Peter, le tragique destin des Sarközi

Est-ce un hasard ? L’une des victimes de l’attentat d’Oberwart s’appelait aussi Peter Sarközi. Il n’avait pas 27 ans. C’était un homme timide. Après une enfance et une scolarité sans histoire, il avait connu le chômage. Il n’avait pas l’ambition de faire quelque chose de sa vie. Son seul amour était son chien “Murli”, un teckel.

Pour nourrir son compagnon, Peter acceptait de faire de temps en temps des petits boulots au noir dans le bâtiment. Rien de plus. Il n’avait pas de voiture, ni d’objets de valeur. Et il n’avait pas de casier judiciaire.

L’un des Roms qui découvrit les restes des victimes déchiquetées par l’explosion d’une plaque piégée portant l’inscription “Roms, retournez en Inde”, déclara : ” Je suis arrivé sur les lieux de l’attentat avec Murli. Il s’est assis près du cadavre de son maître et c’est la première fois de ma vie que j’ai vu un chien pleurer.”

De Sárközy à Sarkozy, l’art d’échapper au train de l’histoire

Nicolas Sarkozy, lui, est né en France d’un père d’origine hongroise et d’une mère française. L’un de ses ancêtres paternels était paysan et s’illustra au combat contre les Turcs, ce qui lui valut d’être anobli en 1628 par Ferdinand II, roi de Bohême et de Hongrie. Il ne reçut pas un réel titre de noblesse, mais simplement le droit de faire suivre son nom par celui de son village – sarközi signifie “petit lieu marécageux” en magyar – et d’un blason.

Exproprié à l’arrivée de l’Armée Rouge, en 1944, le père de Nicolas dut fuir à travers l’Autriche et l’Allemagne avant de s’engager pour cinq ans dans la Légion étrangère à Baden-Baden. Envoyé faire ses classes en Algérie, il fut ensuite déclaré inapte au départ pour l’Indochine et démobilisé en 1948. Marié à une Française qui donna le jour à Nicolas, en 1955, il fut naturalisé en 1970 et francisa son nom. Nagybócsai Sárközy Pál (en hongrois) devint ainsi Paul Sarkozy de Nagy-Bocsaï, héritant au passage d’une particule.

La suite est une histoire d’intégration superbement réussie. Les deux frères de Nicolas reçurent les prénoms bien français de Guillaume et François, sa demi-sœur et son demi-frère, Caroline et Olivier, et les enfants de Nicolas furent baptisés avec les prénoms chrétiens, Paul et Jean, et royaux, Louis.

Avec des si on mettrait Paris en Bouteille

Si Peter Sarközi n’avait pas trouvé la mort dans l’attentat d’Oberwart, il aurait sans doute continué sa vie sédentaire comme 80% des Roms. Ou poussé par le besoin, peut-être aurait-il choisi la France comme terre d’asile. Et il aurait sans doute fait partie des quotas de Roms à expulser.

Si le père de Nicolas Sarkozy ne s’était pas enfui devant l’Armée Rouge, peut-être aurait-il été déporté en Sibérie. Et la France aurait aujourd’hui un autre président.

Mais au lieu de cela, les chiens de race de Nicolas Sarkozy -Indie, le big chihuahua à poil long et Estrie, le labrador- s’ébattent gaiement dans les jardins de l’Elysée avec Toumy, le petit chihuahua de Carla. Et de nouveaux convois de Tziganes, Manouches, Gitans, Bohémiens, Roms, Sintis… sont reconduits avec leur balluchon et quelques centaines d’euros en poche vers la Roumanie, la Bulgarie ou qui sait, un jour, vers le Luxembourg.

Il reviendront en France, c’est sûr. On ne peut pas se débarrasser si facilement de la misère dans le pays des Droits de l’Homme. Ni en Europe.

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