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Retraites la loi sur les rails les cheminots en embuscade

Retraites la loi sur les rails les cheminots en embuscade

Mardi et mercredi, c’est le vote solennel de la loi sur la réforme des retraites par le Sénat et l’Assemblée nationale. Mais les syndicats ne cèdent pas.

Nicolas Sarkozy est soulagé. En principe, il n’aura plus à défendre la réforme emblématique de son quinquennat à la télévision. Les conseillers de l’Élysée ont désormais la conviction que le gros de ses ennuis avec les syndicats est derrière lui. En principe, et sauf accident imprévu, le texte qui allonge à 62 ans l’âge légal de départ à la retraite et à 67 ans l’âge de départ sans décote, est sur les rails.

Le conseiller social de l’Elysée retourne dans le privé

Le calendrier est quasiment fixé: lundi 25 octobre, réunion de la Commission paritaire mixte composée des 7 députés et des 7 sénateurs, et rédaction du texte officiel de synthèse. Il n’y a pas eu de difficultés majeures puisque les deux articles 5 et 6, les plus importants (ils concernent les bornes d’âge et, à ce titre, en finissent avec la retraite à 60 ans chère à François Mitterrand et à la gauche), ont été rédigés dans les mêmes termes par les deux chambres. Mardi, vote du texte complet par le Sénat, puis mercredi, adoption par l’Assemblée nationale.

Seul déraillement possible dans la procédure, la décision de l’opposition de saisir le Conseil constitutionnel. «Nous n’avons pas encore pris notre décision», explique la députée socialiste, Marisol Touraine, au quotidien Les Échos qui ajoute : «Le PS n’a pas forcément intérêt à enclencher cette procédure, car le Conseil pourrait annuler «les rares concessions acceptées par le gouvernement», par exemple celle qui concerne les mères de trois enfants nées avant 1956».

Raymond Soubie, le conseiller de l’Élysée chargé des affaires sociales, est convaincu, lui, que la page sur la réforme des retraites est désormais tournée. «La loi doit être promulguée autour du 15 novembre» par le chef de l’Etat et c’en sera fini, selon lui, de la réforme la plus importante du quinquennat du président. La preuve, n’a-t-il pas déclaré dimanche 24 sur Europe 1 qu’il allait «interrompre son CDD à l’Elysée» juste après, afin de reprendre son métier d’entrepreneur, après trois ans et demi de bons et loyaux services passés aux côtés de Nicolas Sarkozy?

Bernard Thibault demande au Président de ne pas promulguer

S’il a reconnu que le gouvernement «ne prenait pas à la légère» les mouvements de contestation, il a considéré que cette grogne était normale « puisqu’on s’attaque à un symbole», la retraite à 60 ans, a-t-il dit, saluant au passage l’attitude des syndicats «globalement très responsable». Il a ajouté qu’il n’y avait «ni vainqueur, ni vaincu», mais que «cette réforme passera, c’est une victoire pour la France et les Français».

En fait, la réforme doit encore franchir quelques obstacles et Raymond Soubie pourrait retarder son départ de quelques semaines si la grogne reste forte dans le pays malgré les vacances de la Toussaint. La journée d’action des étudiants de mardi 26 octobre, puis la mobilisation des salariés par l’intersyndicale jeudi 28, et enfin les manifestations du samedi 6 novembre promettent de nouvelles perturbations.

Bernard Thibault, de son côté, n’entend rien lâcher, comme il l’a confirmé dimanche 24, sur France 5, en exhortant Nicolas Sarkozy à «ne pas promulguer la loi». «Nous sommes contraints d’organiser ces deux nouvelles journées parce que le Parlement ne nous a pas entendus et que le président de la République est susceptible de promulguer cette loi», a déclaré Bernard Thibault», rapporte l’Agence France-Presse. Le leader de la CGT a réaffirmé que l’objectif des syndicats était toujours «l’ouverture de négociations sur l’avenir des retraites» et annoncé que «le mouvement de mobilisation va continuer». Pour lui, tant que le texte n’est pas promulgué, «il est encore temps de peser».

Le 19 octobre dernier, la mobilisation avait atteint un record puisque 3,5 millions de personnes, selon les syndicats, et 1,1 million, selon le ministère de l’Intérieur, avaient défilé dans 266 cortèges répartis dans toute la France. Jeudi 28 octobre, il ne s’agit pas de «battre un nouveau record», à cause des vacances de la Toussaint, mais de maintenir la pression sur le gouvernement «qui n’est pas encore tiré d’affaires», avant la manifestation du 6 novembre.

Trois raffineries de pétrole redémarrent

Au ministre de l’Energie et des Transports, Jean-Louis Borloo qui a appelé sur France 2, au déblocage des 12 raffineries de pétrole, Bernard Thibault a répondu «non», même s’il reconnaît que ces arrêts entraînent une pénurie d’essence pour les Français. Le responsable, répète-t-il, c’est le gouvernement et «la position intransigeante du président de la République».

Mais la fin de la grève a été votée lundi 25, dans deux raffineries Esso, à Fos (Bouches-du- Rhône) et à Gravenchon (Seine-Maritime), et dans une troisième raffinerie, près de Strasbourg.

Lundi 25, un tiers des pompes à essence connaissaient des difficultés d’approvisionnement, notamment dans sept départements (Eure, Calvados, Loire-Atlantique, Indre-et-Loire, Val-de-Marne, Oise, Allier), aggravées par la faible quantité de camions-citernes à avoir circulé sur les routes, dimanche. Mais la situation devait s’améliorer au fil des heures.Tous les dépôts pétroliers étaient rouverts lundi.

Du côté des cheminots, alors que la SNCF annonce un trafic «presque normal» pour ses lignes de TER, Corail et TGV lundi et mardi, les prévisions s’annoncent moins bonnes pour les usagers jeudi 28 octobre avec la journée de mobilisation. Par ailleurs, les grévistes comptent multiplier les actions ponctuelles, notamment les blocages des ronds-points et les ralentissements sur les autoroutes avec les étudiants et les chauffeurs routiers.

Du côté des éboueurs de Marseille, en grève depuis le 11 octobre, FO a appelé lundi à la reprise du travail, «pour des raisons sanitaires».

Encore des chantiers sociaux pour le futur gouvernement

S’agit-il des dernières braises d’un incendie qui va finir par s’éteindre, comme l’espérait le président de la République ? Celui-ci pourra-t-il, au lendemain du 15 novembre, tourner effectivement la page du dossier des retraites et ouvrir les autres chantiers sociaux?

Pour le prochain gouvernement, avec sans doute Jean-Louis Borloo à sa tête (à moins que François Fillon ne soit confirmé dans ses fonctions), le dossier suivant sera la réforme de la fiscalité du patrimoine, programmée pour le printemps 2011. Il s’agit pour Nicolas Sarkozy de se débarrasser du boulet du bouclier fiscal, et en même temps, de l’Impôt sur la fortune, pour ne plus apparaître, avant l’échéance électorale de 2012, comme «le président qui favorise les riches».

«Enfin, résume Le Point, la question du chômage des jeunes (23,3 % pour les 15-24 ans, selon l’Insee au deuxième trimestre) sera un autre des “grands chantiers” du prochain gouvernement.»

Les nombreuses manifestations des lycéens ces dernières semaines, ont montré, en effet, combien les jeunes étaient inquiets, à juste titre, pour leur avenir.

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