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Regis Debray de la revolution a lacademie portrait de A a Z

Regis Debray de la revolution a lacademie portrait de A a Z

L’écrivain Régis Debray, compagnon de route de Che Guevara, entre à l’Académie Goncourt. Portrait d’un intellectuel à travers son abécédaire.

  • A comme «Académie Goncourt».

L’Académie Goncourt a annoncé mardi 11 janvier avoir élu l’écrivain Régis Debray, 70 ans, «au couvert de Michel Tournier qui avait, en juin 2010, demandé à être admis à l’honorariat», rapporte le quotidien Le Monde. «Cette élection s’est déroulée lors de la réunion de rentrée de l’Académie Goncourt, qui décerne notamment chaque automne le prestigieux prix Goncourt, décerné à Michel Houellebecq en 2010». L’écrivain a donc désormais sa place au restaurant parisien «Chez Drouant», à côté des neuf autres jurés parmi lesquels Bernard Pivot, Tahar Ben Jelloun, Edmonde Charles-Roux et Jorge Semprun.

  • B comme Bolivie, Cuba et Chili.

A 21 ans, le jeune militant communiste part à Cuba faire la révolution et participer aux Brigades d’alphabétisation de Fidel Castro. Il rentre en France mais repart en 1965 bardé de diplômes (voir la lettre V) en Amérique latine. Il rencontre le leader argentin Che Guevara qui l’entraîne en Bolivie avec son Armée de libération nationale, composée de jeunes internationalistes. Il écrit alors Révolution dans la Révolution (1). Arrêté en 1967 et torturé en Bolivie, il purge quatre ans de prison tandis que le Che est exécuté. A sa libération, il rencontre Salvador Allende et Pablo Neruda, et écrit un autre livre, Entretiens avec Allende sur la situation au Chili (2). Il regagne la France en 1973.

  • C comme «Communiste».

En 1965, avant de repartir en Bolivie, il milite au sein de l’Union des étudiants communistes, en même temps que des personnalités aussi célèbres que Bernard Kouchner, Roland Castro, le futur grand architecte-urbaniste, ou Roland Leroy, journaliste et longtemps directeur du journal L’Humanité. Tandis qu’en France, se prépare mai 68, Régis Debray fait la révolution en Bolivie où il met en pratique la théorie du Foco de Che Guevara, qui consiste à vouloir allumer le plus grand nombre possible de foyers révolutionnaires en Amérique latine pour «lutter contre l’impérialisme américain».

  • E comme «Éloge des frontières».

«Une idée bête enchante l’Occident: l’humanité, qui va mal, ira mieux sans frontières». Ainsi commence le petit livre de Régis Debray, Éloge des frontières(3), qui rassemble des conférences prononcées en mars 2010, à la Maison franco-japonaise de Tokyo. «Aujourd’hui, où il est de bon ton de glorifier la transgression des frontières, le dépassement des limites, l’ouverture à la mondialisation, la «déterritorialisation»… Régis Debray nous invite à retracer des frontières, écrit Marianne2.fr. La thèse est simple : plutôt que de dépasser les frontières, à la fois matérielles et mentales, tentons de les penser, car à défaut de tracer des frontières, ce sont des murs qui sont érigés».

  • F comme «Prix Fémina».

Si Régis Debray est avant tout connu comme essayiste, il a toutefois obtenu le prix Femina en 1977 pour son roman La neige brûle (4). Le narrateur, qui est témoin des événements sud-américains, évoque de manière romancée les problèmes politiques qui ont suivi les révolutions dans cette partie du monde.

  • G comme «Front de Gauche».

En 2002, Régis Debray soutient le souverainiste de gauche Jean-Pierre Chevènement. Puis il se range derrière le Nouveau parti anticapitaliste d’Olivier Besancenot dès sa création, avant de s’engager, aux élections européennes de 2009, aux côtés du Front de gauche (PC, Parti de gauche), hostile à l’Europe libérale et à la ratification du Traité de Lisbonne.

  • H comme «Hôtel de la Marine».

L’Hôtel de la Marine doit être «bradé, le 17 janvier 2011 à un groupe financier international Alexandre Allard pour, derrière la façade inchangée, en faire un Barnum commercial assorti de suites de luxe», écrit Régis Debray dans un appel collectif publié dans Le Monde daté de mardi 11 janvier sous le titre «Sauvons l’Hôtel de la Marine». Parmi les signataires de la pétition, on trouve, outre l’écrivain, Pierre Nora, Jacques Le Goff et Jean-Noël Jeanneney, Alain Decaux, Mona Ozouf et Michel Winock, précise le quotidien Libération.

  • K comme Serge Klarsfeld et Klaus Barbie.

Chargé de mission dès 1981 pour les relations internationales auprès du président François Mitterrand, il se rapproche de Serge et Beate Klarsfeld et les aide à organiser l’enlèvement du responsable nazi Klaus Barbie, devenu tortionnaire en Bolivie, afin d’obtenir son jugement en France. Barbie est expulsé vers notre pays en février 1983 pour avoir obtenu la nationalité bolivienne sous un faux nom. Sa défense est assurée par l’avocat Jacques Vergès dans un procès qui débute en 1987. Klaus Barbie est jugé et condamné à la prison à perpétuité pour crimes contre l’humanité.

  • M comme «Médiologie».

En 1991, Régis Debray analyse l’impact des médias sur la société française. Il étudie notamment le sacré à travers les technologies de transmission de l’information, une science nouvelle qu’il nomme par un néologisme, la «médiologie». Il fonde Les Cahiers de médiologie en 1996, et en 2005, il crée la revue Médium, Transmettre pour innover.

  • P comme «Philosophe».

En 1998, il est directeur de programme au Collège international de philosophie. Il est président du Conseil scientifique de l’École nationale supérieure des sciences de l’information et des bibliothèques (ENSSIB). En 2002, il fonde l’Institut européen en sciences des religions à Paris.

  • R comme «Religieux»

Régis Debray étudie le religieux, la croyance dans nos sociétés modernes, en partant du postulat qu’il n’y a pas de société sans une transcendance, qu’elle soit religieuse ou laïque. Et d’expliquer que l’URSS a eu Lénine, les États-Unis ont eu George Washington, et la France, Danton ou Leclerc. Il aborde sa «médialogie» (voir la lettre M) par trois exemples de transmetteurs de religion: la Bible, puis l’invention de l’imprimerie et la diffusion des livres, et enfin, la révolution de l’Internet.

  • T comme Michel Tournier.

A 80 ans, Michel Tournier ne veut plus siéger à la table du Goncourt. A propos de l’auteur de Vendredi ou les limbes du Pacifique (5), on peut lire sur Le Savoyard, blog de La Tribune de Genève : «Tournier écrit en beau style, et crée un univers foncièrement poétique, quoique dénué de dimension religieuse. C’est l’atmosphère des limbes, d’une nature physique soulevée vers le pur, vers la lumière, la vie végétale, la chaleur, la mer bleue, le sable doré. De ce point de vue, on ne peut pas nier que cela soit efficace; il peint avec force l’endroit où on a envie de partir pour se délasser de sa vie pesante d’homme occidental.»

  • V comme «Vie privée»

«Petit chanteur à la Croix de bois, écrit Marie-Dominique Lelièvre dans Libération, il baise la main du Saint-Père à Rome. Une extase. «Pie XII. L’image du saint», dit-il, cheveu sur la langue. A 17 ans, sortant de Janson-de-Sailly, il repère la DS 19 de Charles de Gaulle, avenue Henri-Martin, se prive d’une nuit de sommeil. A 25 ans, enfin, il approche le chef, Fidel Castro. Puis Guevara, Mitterrand. D’une désillusion l’autre, et jamais découragé».

Fils de Georges Debray, un grand avocat parisien et d’une mère ancienne résistante, il réussit le concours d’entrée à l’École normale supérieure comme major puis passe l’agrégation de philosophie. Mais toujours, écrit la journaliste, fasciné par les gens qui gouvernenent le monde, «il regarde en haut de l’affiche».

  • Z comme Éric Zemmour.

Régis Debray n’est pas toujours où on l’attend. Son nom figure sur la liste des personnalités qui soutiennent Éric Zemmour, le polémiste qui passe en correctionnelle du 11 au 13 janvier 2011, accusé de racisme et de discrimination par des organisations anti-racistes.Technikart évoque d’ailleurs la relation d’amitié qui lie les deux hommes en citant le chroniqueur: «Mon grand ami Régis Debray me disait récemment que ma place à la télé était celle d’un incroyant au XVIIe siècle.»

(1) Révolution dans la Révolution, de Régis Debray, édition Maspéro, 1967.

(2) Entretiens avec Allende sur la situation au Chili, de Régis Debray, édition Maspéro, 1971.

(3) Éloge des frontières, de Régis Debray, édition Gallimard, 2010.

(4) La neige brûle, de Régis Debray, édition Grasset, 1975.

(5) Vendredi ou les limbes du Pacifique, de Michel Tournier, édition Gallimard,1972.

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