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Radio Caroline fit campagne contre Harold Wilson La radio pirate anglaise renverse le premierministre britannique

Radio Caroline fit campagne contre Harold Wilson La radio pirate anglaise renverse le premierministre britannique

Il y a un peu plus de 40 ans (juin 1970) , les Anglais qui, pour la première fois, avaient le droit de vote à 18 ans, firent chuter le gouvernement britannique

Au printemps 1964, un bateau surmonté d’un gigantesque mât-antenne déclencha une véritable révolution culturelle : pour la première fois en Grande-Bretagne, une radio émettait de la pop music 24 heures sur 24. En un week-end, la station pirate collectait des millions d’auditeurs fidèles. Inutile de préciser qu’un tel succès allait faire des émules : dans les mois qui suivirent, une dizaine de bateaux radio encerclaient la Vieille Albion. Si elle était restée seule, Caroline n’aurait peut-être jamais été inquiétée. Mais là, il s’agissait d’une véritable armada. Et, en bons flibustiers qui se respectent, les pirates des ondes n’eurent cesse de défrayer la chronique… jusqu’à ce jour de juin 1966 : pour une sordide histoire d’émetteur non payé, le directeur de Radio City était abattu par le co-fondateur de Radio Atlanta. Un meurtre ! Dès lors, le gouvernement, qui avait fermé les yeux trop longtemps, devait légiférer.

“Les radios pirates devront être réduites au silence au plus tard le 14 août 1967”

Pour “faire passer la pilule” auprès des jeunes Anglais privés de leurs robinets à musique, les Travaillistes envisagèrent d’inaugurer le 1er septembre une chaîne d’Etat spécialement consacrée à la pop music, Radio One.

Alors que ses concurrentes fermaient les unes après les autres, Radio Caroline entra dans l’Histoire en défiant Harold Wilson. Mais elle résista moins d’un an : la loi prévoyant que quiconque touchant de près ou de loin aux radios pirates serait inquiété, les recettes publicitaires s’évaporèrent. Criblée de dette, Caroline disparut le 2 mars 1968 sans un mot d’adieu : ses deux bateaux avaient été pris d’assaut, de nuit, par un commando diligenté par des créanciers.

Le retour des pirates…

R.N.I. (Radio North Sea International), lancée en janvier 1970, s’ancra à quelques kilomètres des côtes anglaises. En juin de la même année, elle s’engagea dans la campagne électorale, en étroite collaboration avec la F.R.A., Free Radio Association. En anglais, “free” sous-entend, à la fois, la notion de “radio libre”, dans le sens de liberté d’expression, et celle de “radio gratuite”, contrairement aux radios d’Etat pour lesquelles l’auditeur paye une redevance.

Le poids d’un média d’opposition dans la balance du scrutin

Le 13 juin 1970, les fans de R.N.I. eurent un coup au cœur : en se portant à l’écoute de leur station pirate, ils constatèrent qu’elle s’appelait désormais Radio Caroline International. Ils constatèrent également que la station faisait l’objet d’un brouillage intense. Tellement intense que sur plusieurs kilomètres autour du site émetteur, les riverains avaient grand peine à capter les émissions régulières de télévision et de radio de la BBC !

Une campagne électorale rocambolesque

A partir du 13 juin, RNI-Caroline diffuse en permanence les noms des candidats locaux du parti conservateur pour lesquels les auditeurs sont appelés à voter dans chaque circonscription. Les Tories menés par Edward Heath se sont engagés à “libérer les ondes” s’ils accèdent au pouvoir. Tout le monde croit qu’il s’agit, ni plus, ni moins, d’autoriser les radios pirates. Cela serait trop simple ! Les jeunes Anglais, néanmoins, avaient changé le cours de l’Histoire. Le 19 juin, les conservateurs gagnaient les élections. Les animateurs de Radio Caroline (qui redeviendra Radio North Sea dans la nuit) exultaient, leur radio avait rempli sa mission. Radio Caroline était parvenue à renverser le gouvernement en place.

Les instituts de sondage ne l’avaient pas prévu !

Harold Wilson n’avait pas soupçonné le poids, dans la balance des scrutins, des voix des jeunes Anglais qui se rendirent aux urnes en masse. Au moins cette fois, ils avaient eu le sentiment de voter utile. La presse conclut benoîtement à ce qu’elle appela “un brutal mouvement d’opinion de dernière heure” pour minimiser l’impact de la campagne menée par la jeune station radiophonique. Une campagne électorale mouvementée qui conduisit Radio North Sea à être soupçonnée d’espionnage et même à avoir pris part à un vaste complot ourdi par les pays de l’Est pour déstabiliser la Grande-Bretagne… voire toute l’Europe, car on apprendra plus tard qu’une dizaine de bateaux radio du même type étaient en construction à Gdansk. Rien de neuf : le scénario d’une radio pirate utilisée à des fins d’espionnage international avait servi de trame à Not So Jolly Roger, 45ème épisode de la série télévisée britannique Destination danger / Danger Man, diffusé en France sous le titre Les Pirates, et dont le copyright avait été déposé dès 1964, c’est-à-dire l’année même de la naissance de Radio Caroline.

Un engagement qui porta ses fruits

R.N.I., hélas, n’y gagna rien : toujours brouillée malgré le changement de gouvernement, elle dut quitter la côte anglaise pour s’ancrer au large de la Hollande et y subira l’année suivante une attaque à la bombe. Et, pied de nez à l’Histoire, Harold Wilson fut réélu en février 1974. Les jeunes Anglais, cependant, constatèrent que les Tories, durant leur exercice du pouvoir, avaient tenu leur promesse en rendant effective la libération des ondes : au cours des mois et des années qui suivirent, des centaines d’autorisations d’émettre furent accordées, aussi bien à des petites stations locales qu’à de puissantes radios commerciales. Pour en savoir plus, cliquer ici.

Mais, ironie du sort, avec l’internet, les grandes radios pirates des années 60 et 70 réapparurent quarante ans plus tard ! (à suivre).

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