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Qui etait Jeanne dArc sainte guerriere paysanne usurpatrice

Qui etait Jeanne dArc sainte guerriere paysanne usurpatrice

Jeanne d’Arc, dite la Pucelle est une des trois saintes patronnes de la France.

Jeanne (1412-1431) vit durant la Guerre de Cent Ans (1337/1453). En 1407, le frère du roi, Louis d’Orléans est assassiné. Une guerre civile déchire alors la France, entre les Bourguignons et les Armagnacs. Les deux partis se disputent la régence; le roi de France Charles VI étant devenu fou. En 1415, les Français sont battus par les anglais à la bataille d’Azincourt. En 1419, le dauphin, Charles, et le duc de Bourgogne Jean Sans Peur, doivent se réconcilier à l’entrevue de Montereau. Malheureusement, le duc est assassiné par un homme du dauphin. Le nouveau duc de Bourgogne, Philippe le Bon s’allie alors aux Anglais. En 1420, au traité de Troyes, Charles VI déshérite son fils, au profit du roi d’Angleterre Charles V. La plupart des régions du nord et du sud ouest de la France sont alors contrôlées par les Anglais.Le traité est signé par ce dernier et la reine de France et régente: Isabeau de Bavière. Charles V meurt en 1422, et la France est alors gouvernée par le duc de Bedford, au nom du roi Henri VI, encore mineur. Isabeau de Bavière, de son côté, fait répandre la rumeur que le dauphin de France: Charles, serait un bâtard, le fils de Louis d’Orléans. Par ailleurs, la France connait aussi une époque troublée à cause des bandes de routiers (soldats démobilisés), qui pillent, tuent et violent dans les campagnes. La chrétienté connait un Schisme (1378/1217), deux hommes se disputent le Saint Siège: Urbain VI et Clément VII.

Origines diverses et controversées de Jeanne d’Arc

Elle serait née en 1412 à Domrémy, en Lorraine. Cette région ne fait pas partie de la France, mais se situe dans la «mouvance» du roi de France. C’est une fille d’agriculteurs. De nombreux témoignages affirment sa grande piété, depuis sa plus tendre enfance. Or, selon certaines thèses, Jeanne serait d’ascendance noble, ou même royale. Ce serait la fille de Louis d’Orléans et d’Isabeau de Bavière, et donc la sœur de Charles VII. Elle aurait été confiée à un couple de paysans: les d’Arc. Certains pensent qu‘elle est d’origine noble, car elle sait monter à cheval et manier l’épée. Elle parle aussi un très bon français. Or, Domrémy se situe dans le domaine royal, ce n’est pas étonnant qu’elle y ait appris à parler français. Les voix qu’elle entend seraient en réalité les ordres venant de la cour, pour lui dicter sa mission, visant à sauvegarder le dauphin. De plus, les femmes nobles n’apprennent pas à monter des destriers (comme Jeanne), mais des haquenées (chevaux ou juments de taille moyennes). L’apprentissage du maniement de l’épée est réservée aux hommes. Enfin, sa naissance a priori mystérieuse, rappelle les mythes de la naissance de Zeus, ou d’Œdipe: le fils du roi nait, et est élevé dans le secret, jusqu’à ce qu’il accomplisse sa mission.

Jeanne la guerrière

Jeanne, entendant ses «voix», et toute entière persuadée de sa mission, rencontre le dauphin Charles en 1429. Celui-ci n’est alors que le «roi de Bourges». Le récit racontant sa rencontre avec l’héritier, est hagiographique. Elle reconnait par inspiration «divine», le roi déguisé en courtisan, elle lui donne ensuite la preuve secrète de sa mission. Elle met sans cesse sa virginité en avant, afin de prouver qu’elle est bien envoyée par Dieu. On l’interroge donc, et après des examens, on constate son effective virginité. Jeanne aurait prédit la prise d’Orléans, et le sacre du roi. Des prophétie (racontées après coup?) auraient annoncé sa venue. La plus célèbre est celle de Marie d’Avignon: «ce qu’une princesse dévoyée a détruit (Isabeau de Bavière?), une pauvre et sainte pucelle le refera». Ceci fait référence à Eve la pécheresse et Marie la rédemptrice du monde. Le roi ordonne qu’on lui donne une armure, un cheval et une bannière. Du 7 au 8 mai 1429, elle libère Orléans; puis persuade Charles d’aller se faire sacrer à Reims, la route étant dégagée. C’est chose faite le 17 juillet 1429. Elle veut alors libérer Paris. Après un premier échec, le roi lui interdit de renouveler son action. L’argent et les vivres manquent. Jeanne repart alors seule en campagne. Elle ne combat plus au nom du roi. Jeanne a le mérite d’avoir inversé l’ascendant psychologique, du camp anglais au camp français: elle remonte le moral des armées, de la population, elle légitime le roi. Celui-ci l’anoblit sous le nom de Jeanne, dame du lys; mais ne lui donne pas de terre.

L’arrestation et la mort de Jeanne

Jeanne est arrêtée par les Bourguignons en 1430; ils la vendent aux Anglais pour 10000 livres. Elle est jugée par Pierre Cauchon, évêque de Beauvais, et allié des Anglais. Elle n’est pas soumise à la torture (fait exceptionnel pour l’époque), ce qui renforce la thèse selon laquelle elle serait d’origine noble. Elle est néanmoins accusée d’hérésie (car elle entend des voix, qui sont forcément celles du Diable); or elle est reconnue comme bonne chrétienne. On l’accuse de porter des habits d’homme, d’avoir quitté ses parents sans leur autorisation et surtout de s’en remettre à Dieu exclusivement, et non à l’Eglise. Jeanne signe d’une croix l’abjuration de ses erreurs. Seulement, peu de temps après, elle remet ses habits d’homme (on ne sait comment, alors qu‘elle est emprisonnée), et se rétracte. Elle est alors accusée de relapse, et est brûlée vive à Rouen, le 31 mai 1431. On la considère alors comme une martyre ou même une sainte, surtout dans les campagnes; à tel point, que certains pensent qu‘elle n’est pas morte. Des femmes se font même passée pour elle. Celle qu’on a appelé Jeanne des Armoises, est même acceptée pas les frères de Jeanne: Pierre et Jean. Elle est reçue à Chinon par Charles VII, qui, bien que pas dupe, ne crie pas au scandale: ceci sert sa politique. Cependant, le Parlement et l’Université de Paris interroge la “fausse Jeanne” en 1440, elle avoue alors son imposture.

Réhabilitation, béatification, et canonisation

De 1455 à 1456, le pape Callixte III réhabilite Jeanne d’Arc, à la demande de sa mère, en affirmant que son procès est bourré d’erreurs. En 1909, le pape Pie X la béatifie (reconnait qu’elle a pratiqué les vertus naturelles et chrétiennes de façon exemplaire, et même héroïque). Enfin, en 1920, le pape Benoit XV la reconnait comme sainte. Ce fût difficile, étant donné que Jeanne fût jugée par un tribunal ecclésiastique.

Sa récupération par les siècles postérieurs

L’histoire de Jeanne est rapidement mythifiée. On raconte sa légende dans des récits folkloriques, qui sont mis en scène théâtralement. Durant les guerres de religion, au XVIe siècle, elles sert l’idéologie patriotique des extrémistes catholiques: le duc de Guise et la Ligue. Au XVIIIe siècle, à l’époque où l’on critique la religion de façon ironique, Voltaire, qui moque les miracles, le culte des saints… la remet au goût du jour. Aux XIXe et XXe siècles, elle est le prix d’une lutte incessante entre catholiques et royalistes, et anticléricaux et républicains. Michelet, dans son Histoire de France, au XIXe siècle, la décrit comme une fille du peuple, persécutée par l’Inquisition, et abandonnée par Charles VII. Il en fait ainsi une double martyre du catholicisme, et de la monarchie, ce qui sert la IIIe République (1870-1940). De son côté, l’historiographie royaliste impose l’idée de l’héroïne légitimiste. En effet, son but était de sacrer le dauphin à Reims, de défendre les lois fondamentales du royaume: dont, l’inaliénabilité de la couronne, et le sacre qui légitime le souverain. Ensuite, on glisse vers le nationalisme. Le 24 juin 1920, on vote une loi, afin que l’Etat fête Jeanne d’Arc annuellement: c’est la fête du patriotisme, le deuxième dimanche de mai. Jeanne d’Arc est un mélange de complexité et de paradoxes: elle est une sainte pour les Français, une sorcière pour les Anglais. C’est une fille du peuple, et le chef des armées. Elle est née dans une province non française, et est une figure de l’épopée nationale.

Source:

  • Sous la direction de Bernard Guillaume et Deschodt Jean Pierre; Mythes et polémiques de l’Histoire, le retour de la dispute; Studyrama; 2008.

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