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Presence polonaise au defile du 9 mai 2010 a Moscou

Presence polonaise au defile du 9 mai 2010 a Moscou

Depuis la catastrophe de l’avion présidentiel polonais le 10 avril 2010 en Russie, cette dernière multiplie les gestes de réconciliation envers la Pologne.

Pour la première fois depuis 1945, les représentants de l’armée polonaise ont été invités à participer au défilé du 9 mai à Moscou. Il faut savoir que la célébration 9 mai, jour anniversaire de la victoire des alliés sur l’Allemagne nazie, est la plus importante fête officielle en Russie. Les Polonais – voisins et alliés de la Russie pendant la guerre – n’y avaient jamais participé.

Nouvelle page dans les relations polono-russes.

Depuis la catastrophe qui a coûté la vie au couple présidentiel polonais, et à 94 autres personnes, le 10 avril 2010 à Smolensk, la Russie multiplie les gestes symboliques envers la Pologne.

Mise à part la collaboration exemplaire des enquêteurs russes et polonais et les soins prodigués aux familles des victimes, il y a eu d’abord l’invitation du président polonais par intérim aux célébrations du 9 mai à Moscou, suivi de la remise de 65 dossiers concernant le massacre de Katyn en 1940, mais aussi, par égard aux participants polonais, la suppression des portraits de Staline lors du défilé – Staline représentant aux yeux des Polonais l’oppression russe dont l’un des symboles terribles fut le massacre des prisonniers de guerre polonais sur son ordre.

Ainsi, en 2010, des représentants de la marine, de l’armée de terre et de l’armée de l’air polonaise défilent aux côtés des soldats russes sur la Place Rouge.

Pour sa part, la Pologne a déclaré allumer des bougies sur les tombes des soldats de l’Armée Rouge sur son territoire – rappelons que l’Armée Rouge envahit la Pologne 17 jours après l’Allemagne puis, après le ralliement de la Russie aux côtés des Alliés, participa à la libération du pays). Durant la période communiste en Pologne, les célébrations à la mémoire des soldats russes furent une pénible obligation, aujourd’hui on veut qu’elles redeviennent un geste de bonne volonté.

La capitulation de l’Allemagne nazie

Pourquoi la Russie célèbre-t-elle la victoire sur les nazis le 9 mai, alors que le reste du monde célèbre la fin de la guerre un jour avant? Tout simplement parce qu’au moment de la signature de la capitulation allemande à Berlin, tard dans la soirée du 8 mai, il était déjà minuit passé à Moscou (0h43 très exactement). Par conséquent, tout l’ancien bloc communiste en Europe devait célébrer cet anniversaire le 9 mai.

Pourquoi cette heure tardive pour la signature? Eh bien le retard est lié en partie au fait qu’au dernier moment, la France, en la personne du général de Lattre de Tassigny, a été ajoutée comme signataire au côté des vainqueurs, avec l’URSS, la Grande-Bretagne et les Etats-Unis; et son drapeau accroché avec ceux des autres vainqueurs. Ainsi, par la suite, la France devint la quatrième puissance à obtenir sa zone d’occupation. Les disputes protocolaires de dernière minute ont valu au général de Lattre de Tassigny une remarque aigrie, d’abord du représentant britannique (“Et pourquoi pas le drapeau chinois?”) et ensuite le ricanement du feld-marechal Keitel, signataire de l’acte de capitulation au nom de l’Allemagne nazie (“La France? Il ne manquait plus que ca!”) .

Quant aux Polonais, pourtant activement présents sur tous les fronts de la Seconde Guerre mondiale et ceci du premier jour – rappelons que la guerre a commencé lorsque l’Allemagne a attaqué la Pologne, le matin du 1er septembre 1939 sans déclaration de guerre – jusqu’au dernier, ils n’ont pas été comptés au nombre des vainqueurs et ont payé par la suite le prix cher aux accords de Yalta en passant, pour 60 ans, sous le joug soviétique.

Participation polonaise aux combats de la Seconde Guerre mondiale

On estime la participation des Polonais dans les combats de la Seconde Guerre mondiale, du début à la fin, à près de 2 millions de personnes (armées régulières, maqui, armée de conspiration). A la fin de la guerre, on comptait 600 mille soldats polonais (infanterie, artillerie, aviation, marine) sur les fronts européens, ce qui en faisait la quatrième armée dans le camp des Alliés. Après la campagne et la défaite de 1939, lorsque les Polonais ont succombé devant la double attaque allemande et soviétique, ils ont participé au front de l’est – l’armée polonaise, organisée par Staline, est la plus nombreuse à se battre aux côtés de l’Armée Rouge à l’est –, et sur le front de l’ouest – sous le commandement du général Sikorski, Premier Ministre du gouvernement en exil jusqu’à sa mort dans l’accident de Gibraltar –, ils prirent part à la campagne de France, la bataille de l’Atlantique. Les pilotes polonais ont également joué un rôle remarquable dans la bataille d’Angleterre avec la RAF.

Il faut aussi mentionner la formidable Armée de l’Intérieur – constituée de volontaires qui ont échappé à l’emprisonnement après la défaite de 1939 et qui dépendait du commandement en exil. Selon le portail Les Polonais sur les champs: “L’objectif essentiel de l’Armée de l’Intérieur consistait à préparer et mener à bien un soulèvement général au moment de l’arrivée du front ou en cas d’effondrement des forces armées allemandes. Ainsi les structures appropriées étaient-elles mises en place: état-major, commandements des différentes armes et des services, commandements territoriaux (districts et départements à l’échelon inférieur), on amoncelait le matériel, formait les soldats et les officiers, réunissait les informations sur l’ennemi.”

Il ne faut pas oublier non plus les services de renseignements polonais qui ont fourni des informations d’ordre fondamental aux armées alliées tout au long du conflit.

Il est donc facile de comprendre la frustration et le goût très amer de la victoire alliée de 1945 à l’issue de laquelle, les Polonais, malgré l’effort fourni et le fait d’avoir perdu près de 20% de leur population, n’ont pas été invités aux célébrations et au défilé des vainqueurs à Londres en 1946, mais ont également perdu leur indépendance pour les 60 ans à venir (décisions de la conférence de Yalta).

Ceci permet de mieux apercevoir la valeur symbolique de l’invitation du président par interim polonais, Bronislaw Komorowski, par le président Medvedev, comme pour marquer un véritable tournant dans les relations entre les deux pays.

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