Blog

Petit historique de la surdite Comment les sourds ontils vecu jusquau XXe siecle

Petit historique de la surdite Comment les sourds ontils vecu jusquau XXe siecle

L’histoire des sourds est une représentation de l’histoire des idées, des croyances religieuses et philosophiques et des connaissances médicales et linguistiques.

Les choses changent aujourd’hui au sein de la communauté des sourds. Mais, pour comprendre ces évolutions, il faut aller voir dans le passé.

Au XVIIIe siècle : les sourds peuvent être “éduqués”

Jusqu’au XVIIIe siècle, les personnes sourdes sont isolées même s’il existe quelques exemples remarquables de réussite (Etienne de Fay, Pierre Desloges). Certaines associations d’idées restent encore d’actualité à travers le terme « sourdingue », qui fait le parallèle entre la déficience auditive et la santé mentale, ou encore le terme “sourd-muet”, qui associe les capacités auditives et vocales. Il n’y avait, à cette époque, presque aucune éducation pour les sourds : sans apprentissage de la langue orale, ils étaient considérés, à tord, comme muets.

Il faut attendre l’abbé Charles Michel de l’Epée (1712-1789) pour penser cette éducation. Chef de file de l’enseignement des signes, sans être opposé au langage oral, il préfère la méthode d’apprentissage rapide, quelle que soit l’origine sociale.

À cette époque, son action va également dans le sens d’une éducation religieuse pour sortir les personnes sourdes des hôpitaux psychiatriques et du rejet dont elles sont victimes. La question de l’efficience intellectuelle des sourds ne se pose même pas selon lui. Le fait de regrouper les personnes sourdes dans des écoles a permis l’émergence d’une culture et l’évolution de la communication gestuelle.

Parallèlement, il existe la méthode orale de Jacob Rodrigues Pereire (1715-1780). Les oralistes restaient prédominants, notamment à cause des questionnements fondamentaux du siècle des Lumières sur les conditions humaines : le principe selon lequel le langage nous différencie des animaux depuis Aristote et Descartes. Pereire montre pourtant que les enfants sourds peuvent parler.

Aux USA, une histoire inspirée de la France

Aux États-Unis, Thomas Hopkins Gallaudet est le premier à agir en faveur des personnes sourdes à travers l’oralisme. Il se rend à Paris dans l’école fondée par l’abbé de l’Epée et apprend l’éducation gestuelle. De retour à Paris avec Laurent Clerc, sourd français formé par Sicard, il fonde en 1817 la première école pour sourds aux USA à Hartford.

C’est après l’introduction de la langue des signes française (LSF) aux USA par Gallaudet et Clerc que fut créée la langue des signes américaine (ASL) vers 1830. Des antennes de l’école de Hartford s’implantent sur la Côte Est, Ronald Macdonald fonde la première école pour sourds au Québec tandis qu’Edouard Huet introduit la langue des signes au Brésil et au Mexique. Thomas Braidwood, lui, est à l’origine de nombreuses écoles oralistes dans les îles britanniques. Même après la mort de Gallaudet (et la succession de son fils), la pression oraliste reste forte, notamment à travers Alexander Graham Bell.

Le congrès de Milan et l’ère de l’oralisme

En 1880, c’est le congrès de Milan : une étape décisive dans l’histoire des sourds. Cette assemblée internationale doit évaluer les différentes méthodes d’enseignement. Une résolution est votée pour affirmer la supériorité de la parole sur les signes.

L’usage combiné des gestes et de la parole est alors considéré comme un obstacle à l’oralisation, à la lecture sur les lèvres et à la précision des idées. La communication par gestes est alors interdite et l’enseignement des sourds se fera de plus en plus par des professeurs entendants.

À la fin du XIXe, nous entrons dans une période de transition entre la société féodale et industrielle : il y a une plus grande liberté de penser et d’agir, et, paradoxalement, des normes sociales plus strictes. Ces dernières favorisent notamment l’oralisme. Désormais, c’est le pouvoir de la norme oraliste qui s’applique. Les sourds sont forcés d’agir comme des entendants et leur éducation sera entièrement soumise à l’oralisme pendant cent ans.

Depuis les années 1970, en France, nous observons un retour de l’éducation bilingue français/langue des signes. Grâce à des lois qui favorisent l’intégration, les enfants handicapés sont de plus en plus scolarisés. Encore faut-il tomber d’accord sur le fait que la surdité soit un handicap. De nos jours, la pratique de l’implant cochléaire relance le débat oralisme/gestualisme et les prises de position peuvent se faire plus violentes.

Related Articles

Close