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Nukutipipi atoll des Tuamotu massacre comme Tetiaroa

Nukutipipi atoll des Tuamotu massacre comme Tetiaroa

En Polynésie française, les atolls privés n’ont pas de chance. Comme Tetiaroa, Nukutipipi est tout bonnement massacré par ses propriétaires successifs.

Confetti de corail perdu à 750 km de Tahiti, l’atoll privé de Nukutipipi (ou Nukutepipi) se situe à 400 km de l’atoll de Hao, auquel il est administrativement rattaché, dans le sud-ouest de l’archipel des Tuamotu.

Nukutipipi, un paradis privé pour milliardaire

Cette perle polynésienne s’étend sur une superficie de 150 ha seulement de terres émergées, couvertes d’une magnifique cocoteraie d’environ 7 000 arbres. Un paradis de 2,7 km sur 1,2 km posé au milieu de Pacifique Sud.

Le lagon de Nukutipipi, de seulement 2,5 km de diamètre, est d’une exceptionnelle beauté. D’après les rares témoins qui ont eu la privilège de le voir, il ressemblerait à une émeraude sertie par une magnifique barrière de corail en pleine santé.

En outre, l’atoll est doté d’une plage de sable blanc d’environ 800 m de long et d’un banc de sable d’environ 2 km de long sur 300 m de large. L’ensemble enserre un lagon d’une profondeur moyenne de 2 à 3 m.

En plus de ce magnifique lagon particulièrement poissonneux, Nukutipipi bénéficie d’une immense qualité, particulièrement rare aux Tuamotu : il n’y a aucun moustique sur l’atoll !

Histoire d’un atoll perdu

Les quatre atolls Hereheretue, Anuanuraro, Anuanurunga et Nukutipipi composent ce que les cartes marines appellent les îles du Duc de Gloucester.

L’ensemble a été découvert par le navigateur portugais Pedro Fernández de Quiros, en 1606, qui leur donne le surnom évocateur de “Quatro coronados”…

Le Français Carteret voit et positionne l’atoll sur une carte en 1767, le vaisseau anglais Margaret fait de même en 1803 et, enfin, le capitaine Frederick William Beechey y pose le pied en 1826.

C’est l’expédition Wilkes, en janvier 1841, qui reporte la première le nom originel de Nukutipipi.

Administrativement, les quatre îles forment la commune de Hereheretue, commune associée à celle de Hao.

Aujourd’hui, de ces quatre atolls, seul Hereheretue est officiellement habité (58 habitants en 2007).

Nukutipipi, les années Jean Madec

En 1980, l’ostréiculteur breton Jean Madec achète, avec l’accord du gouvernement polynésien de l’époque, l’atoll inhabité de Nukutipipi.

Contre vents et marées, en trois brèves années, il transforme totalement Nukutipipi pour en faire l’île de ses rêves. Fare, bâtiments divers destinés à l’exploitation ostréicole, route en soupe de corail et… une piste d’aviation !

Hélas, le 26 février 1983, à 6h15 heure locale, le cyclone Orama s’abat sur l’atoll. Jean Madec et ses deux employés, Angèle Sank et Claude Peyssières, sont secourus le jour même par le remorqueur ravitailleur Tapatai de la Marine nationale.

Qu’à cela ne tienne : Jean Madec ne baisse pas les bras et reconstruit tout en repartant de zéro, allant jusqu’à replanter la cocoteraie et refaire la piste d’atterrissage entièrement détruite.

Dés lors, le têtu Breton coulera des jours heureux sur son île jusqu’en 1991, date à laquelle il le quitte définitivement et le vend. Il a alors 70 ans.

C’est une compagnie japonaise qui s’en était portée acquéreur, dans le but de l’exploiter, ce qui ne sera jamais le cas.

Nukutipipi, le lagon assassiné

Le 13 janvier 2007, le gouvernement de la Polynésie française d’Oscar Temaru vote un budget de 900 millions de F CFP (7,5 millions d’euros) d’investissement dans un projet touristique à Nukutepipi.

Décision inutile puisque l’atoll avait déjà été racheté aux Japonais pour 600 millions de F CFP par une personne privée. En l’occurrence, le fondateur du Cirque du Soleil, la Canadien Guy La Liberté.

Et c’est là que les choses deviennent catastrophiques.

Lors d’un récent séjour sur l’atoll avec une très craintive jeune femme, il aurait ordonné l’élimination totale de tous les requins du lagon afin que la dame puisse se baigner sans crainte.

Il faut en effet savoir que le petit requin pointe noire (puisque c’est de lui qu’il s’agit) est totalement inoffensif pour l’homme d’une part et, d’autre part, qu’il est un régulateur essentiel de la densité des espèces dans les lagons qu’il occupe. D’autre part, ce même requin est, pour les observateurs, un témoin clinique majeur de la bonne santé de ce même lagon.

Un titre de propriété donne-t-il le droit de détruire un écosystème unique et particulièrement fragile ?

D’autant que ce titre de propriété ne porte que sur les parties émergées d’un atoll, le lagon restant indéfectiblement du domaine public.

Décidément, que ce soit à Tetiaroa ou à Nukutepipi, la privatisation des atolls polynésiens n’est pas réjouissante pour l’environnement…

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