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Nicolas Sarkozy et les SDF le pari rate

Nicolas Sarkozy et les SDF le pari rate

Décembre 2006: Nicolas Sarkozy s’engage à ce que plus aucun français ne dorme dehors d’ici à deux ans s’il est élu. Quatre ans plus tard, qu’en est-il?

Lorsque Nicolas Sarkozy était ministre de l’Intérieur, de 2002 à 2007, on chiffrait à 660 (1) le nombre de Français morts dans la rue. S’il n’est pas question d’incriminer l’actuel chef d’État de ces morts, il est cependant légitime de lui demander des comptes sur des discours tels que celui prononcé le 18 décembre 2006 à Charleville-Mézières, lors de la campagne présidentielle de 2007. Et pour cause…

Sarkozy promet que “plus personne ne sera obligé de dormir sur le trottoir”

“Je veux, si je suis élu président de la République, que d’ici à deux ans, plus personne ne soit obligé de dormir sur le trottoir et d’y mourir de froid. Parce que le droit à l’hébergement, je vais vous le dire, c’est une obligation humaine. Mes chers amis, comprenez-le bien : si on n’est plus choqué quand quelqu’un n’a plus de toit lorsqu’il fait froid et qu’il est obligé de dormir dehors, c’est tout l’équilibre de la société où vous voulez que vos enfants vivent en paix qui s’en trouvera remise en cause.”

Des mots forts et criants de discernement qui n’ont pas manqué de toucher les Français. Mais quatre ans plus tard, à l’approche d’un énième hiver, qu’en est-il vraiment de cette promesse?

Environ 1200 sans-abri (ou SDF) ont trouvé la mort depuis 2007

Si la dernière étude fiable permet de chiffrer à 86 500 le nombre de SDF en France, en 2001 (étude réalisée par l’INSEE), les associations affirment que la situation a bien empiré depuis. Ainsi, la Fondation Abbé Pierre, le Conseil d’État et la plupart des spécialistes estiment à 100 000 (soit 16% de plus) le nombre de SDF en France, au cours de l’année 2008. (2)

Le nombre de décès, quant à lui, est loin – très loin – du zéro symbolique souhaité par Nicolas Sarkozy. A contrario, il est en hausse puisque ce ne sont pas moins de 1200 personnes sans domicile fixe (SDF), dans les rues de France, qui ont trouvé la mort depuis 2007, nous révèlent les chiffres du collectif Les morts de la rue (1) :

  • 2007: de 270 à 280 décès
  • 2008: 399 décès
  • 2009: 405 décès
  • 2010: 195 décès sont recensés en date du 23 septembre 2010

“Des chiffres qui ne sont malheureusement pas exhaustifs”, précise le collectif.

Un déficit de 900 000 logements, selon la Fondation Abbé Pierre

La France manque cruellement de logements: 900 000 environ toutes catégories confondues, déclare la Fondation Abbé Pierre dans son 15e rapport, publié en février 2010. À cela, l’augmentation considérable des prix des logements, la difficulté d’accès à la propriété pour les ménages à revenus moyens, l’augmentation des charges, et notamment le chauffage, sont autant de facteurs qui mènent bon nombre de Français à une solution radicale: la rue. Toujours selon le rapport publié par la Fondation Abbé Pierre, ils sont 3,5 millions de mal-logés, dont 600 000 enfants, à travers le pays.

Les mesures en faveur des mal-logés et des SDF

Il faut cependant reconnaître que si Nicolas Sarkozy n’a pas atteint son objectif, des moyens ont toutefois été mis en oeuvre par le gouvernement pour l’hébergement et la lutte contre l’exclusion. Seulement, et tout le monde s’accorde à le dire: il en faut plus, beaucoup plus!

  • Le Droit au logement opposable (DALO), en vigueur depuis le 1er décembre 2008, permet aux sans-abris ou mal-logés de déposer un recours en justice contre l’État pour bénéficier d’un logement. Seul bémol – et pas des moindres: le traitement est très long. Selon le rapport 2009 de la Fondation Abbé Pierre, environ 100 000 dossiers de DALO ont été déposés en France alors qu’elle estime à six fois plus le nombre de personnes pouvant invoquer ce droit. Plus de 60 000 dossiers ont été déposés en Ile-de-France, et seulement 17 000 de ces dossiers ont été déclarés prioritaires. Seuls 3052 relogements ont été effectués, soit moins d’un dossier prioritaire sur cinq.
  • Si l’augmentation (3) du nombre d’hébergements d’urgence est à priori une bonne chose, elle freine cependant l’augmentation d’hébergements durables, que les associations veulent plus nombreux, comme le souligne Graziella Robert, responsable de la mission SDF de Médecins du Monde, au journal Le Monde en date du 27 décembre 2006: “Les structures actuelles d’hébergement d’urgence ne sont pas adaptées pour répondre de manière durable au problème des personnes qui sont dans la rue […] Répondre à l’urgence par des solutions d’urgence, cela signifie maintenir les personnes qui sont dans cette situation dans le même système.”

Bien sûr, Charles Pasqua nous aura prévenus: “Les promesses n’engagent que ceux qui les croient.”

Sources

(1) Chiffres selon le collectif Les morts de la rue

(2) Site officiel de la Fondation Abbé Pierre

(3) En 2009, 1,1 milliard d’euros a été consacré à l’hébergement d’urgence et à l’aide alimentaire ; 4,7 milliards d’euros supplémentaires pour cette année 2010 (sources: Portail du Gouvernement)

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