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Medias et violences en France reflets du modele americain

Medias et violences en France reflets du modele americain

Les medias participent à une banalisation de la violence en France. Cette nouvelle culture, prendrait ses sources dans le modèle américain.

18 000 meurtres, viols ou agressions par an. C’est en moyenne ce que voyait un adolescent, il y a plus de 15 ans, selon le pédopsychiatre Patrice Huerre. Aujourd’hui, avec la vitesse de propagation des images sur internet, la violence prend une ampleur planétaire et se banalise. En France, les études sociologiques de Hugues Lagrange et de Laurent Mucchielli montrent que ce phénomène concerne surtout la délinquance juvénile, les violences urbaines et domestiques, et les agressions sexuelles. Le débat s’ouvre sur l’insécurité. Quel est le rôle des médias, celui des politiques, mais aussi celui des parents et d’une culture naissante, qui nous viendrait d’ailleurs ?

Banalisation de la violence : les medias incriminés

Selon Denis Duclos, sociologue et directeur de recherches au CNRS, l’habitude du spectacle à la fois banalisé et dramatisé de la violence, aurait anesthésié les sens critique et civique des plus jeunes. Cette diffusion massive de la violence conduirait l’adolescent, émotionnellement vulnérable, à légitimer de nouveaux modèles susceptibles de flatter ses penchants narcissiques et d’encourager ses pulsions sexuelles ou agressives.

Quand le criminel se fait héros

Le cinéma, les jeux et productions virtuelles brouillent la perception de l’image et du réel. Cette confusion réactive «le mythe du passage entre la sauvagerie et la civilité», explique Denis Duclos, dans Le complexe du loup garou. «Le meurtrier extraordinaire renvoie l’image d’une société extraordinaire» qui n’inspire plus de répulsion aux spectateurs. Nietzche disait d’ailleurs : «Quiconque combat les monstres doit s’assurer qu’il ne devient pas un monstre lui-même. Car lorsque tu regardes au fond de l’abysse, l’abysse aussi regarde au fond de toi».

Une culture de la violence : la mode américaine du serial-killer

En 1939, Norbert Elias stipulait dans La civilisation des mœurs que la décharge des pulsions par le spectacle était une caractéristique des peuples civilisés. Ce principe contribuerait à une probable évolution du livre et du théâtre, et déterminerait le rôle du cinéma dans notre monde : la popularité du célèbre le Silence des agneaux de Jonathan Demme était encore loin. Une nouvelle star est née : le serial-killer (Patrice Huerre, Ni anges, ni démons, 2002).

Les séries américaines normalisent la violence

Depuis les années 1990, les séries policières ont tendu un lien intime entre la culture américaine et le spectacle du crime. En exploitant l’image du criminel hors-norme, le cinéma et la télévision américains contribuent à masquer les violences de masses, tout en normalisant les violences extrêmes (Denis Duclos, précédemment cité).

Le débat français sur la sécurité mélange fantasme et sécurité, et Laurent Mucchielli soulève justement la question de l’emprise de la télévision spectacle, mais aussi celle de la culture, ou de l’absence de culture de la jeunesse. Cette dernière se formate au gré des images de violence que diffusent la presse et la fiction. Les medias ne présentent plus des faits, mais véhiculent des interprétations subjectives tout en banalisant la violence.

La violence : une responsabilité collective

Les medias sont pointés du doigt comme étant les principaux responsables de la contagion de la violence : ils ont le pouvoir de renverser significativement les opinions notamment en stigmatisant une population jeune souvent issue de l’immigration. Cependant, chacun a une part de responsabilité pour limiter la violence dont l’augmentation est perçue exagérément à cause du sentiment de peur qu’elle suscite (Laurent Mucchielli, Violences et insécurités).

En 1964, le sociologue américain, David Riesman, montre que la jeunesse, grande consommatrice d’information, s’auto-évalue de plus en plus en fonction du regard de ses pairs et non plus de ses pères. L’estime de soi est associée aux modes, publicité et regard d’autrui et ne dépend plus de l’assimilation des normes familiales traditionnelles. Aujourd’hui, la surveillance parentale et scolaire sont mises en difficulté par les frustrations et colères engendrées par ce qui peut être perçu comme des « destins de classe », à savoir une fatalité d’échec social déterminé d’avance par le milieu d’origine. La riposte adolescente passe par de nouvelles valeurs où force, domination et violence sont prépondérantes (Laurent Mucchielli, cité ci-dessus).

Violence des jeunes, réponse des adultes

Sans minimiser l’induction médiatique dans l’apprentissage émotionnel, particulièrement dans les foyers où la télévision est reine, Patrice Huerre préconise que les adultes pourraient “former les enfants au spectacle de la violence». Il s’agirait d’un décryptage des informations visuelles qui permettrait aux jeunes de faire la part des choses entre les faits et le montré. En effet, selon les études de Hugues Lagrange, sociologue, “la probabilité qu’un crime soit relaté est proportionnelle à sa rareté et non à sa fréquence” (La civilité à l’épreuve, 1995).

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