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Matignon pourquoi Francois Fillon a choisi de rester

Matignon pourquoi Francois Fillon a choisi de rester

Poussé par ses proches, agacé par ses adversaires, le Premier ministre lance un message au Président : «Je reste si tu veux !».

Coup de théâtre, mercredi 3 novembre. François Fillon qu’on disait sur le départ, prêt à tourner la page de Matignon, vient de dire clairement à Nicolas Sarkozy qu’il était disposé à se succéder à lui-même comme Premier ministre. Une sacrée tuile pour Jean-Louis Borloo qui n’avait pas besoin de ça pour voir son étoile décliner depuis quelque temps. Sans concurrence depuis qu’il s’était mis en campagne médiatique, il avait devant lui un boulevard qui conduisait tout droit au 57, rue de Varennes. Et voilà que, ces derniers jours, il a commis quelques erreurs, rencontré des obstacles. Peu à peu, la voie royale est devenue plus étroite et risque, avec ce revirement inattendu de François Fillon, de se transformer en impasse.

Il dresse le bilan de sa politique

«Ce devait être une intervention louant l’apport, dans la société française, des ingénieurs et des scientifiques, explique Les Échos. Ce fut en fait un discours de contre-attaque prononcé par un Premier ministre agacé de voir sa succession ouverte avant l’heure.»

«François Fillon a signifié mercredi soir à Nicolas Sarkozy son souhait de rester à Matignon en pilonnant en creux Jean-Louis Borloo, le favori pour lui succéder», note de son côté Le Parisien.

«J’assume notre bilan avec fierté», a lancé d’entrée de jeu le Premier ministre avec un enthousiaste inhabituel. Il a ensuite vanté sa «méthode» pour réformer la France, qui consiste à «rompre avec les petits compromis ou les reculades du passé».

L’Agence France-Presse rassemble ses propos qui définissent sa vision de l’action politique : «Je crois à la continuité de notre politique réformiste parce que l’on ne gagne rien à changer de cap au milieu de l’action et parce que le redressement de la France réclame de la durée (…) Cette politique est équilibrée, et ce n’est pas en la faisant basculer à gauche ou à droite que l’on obtiendra des résultats. Cela n’est pas non plus en reniant ce que l’on a fait ou en nous excusant d’avoir réformé que nous convaincrons nos concitoyens. Les Français nous jugeront sur notre cohérence, notre droiture et notre franchise».

Il présente son programme

La réforme des retraites «sera bientôt derrière nous, mais elle n’est qu’un pas supplémentaire dans la nécessaire rénovation de notre modèle économique et social», a poursuivi François Fillon qui a dessiné son programme pour un gouvernement Fillon 2. «Il a énuméré une série de «défis» qu’il espère relever si le président de la République le reconduit dans sa fonction, note le Journal du Dimanche: le défi de l’endettement, le défi de la compétitivité, le défi de l’emploi, le défi de la fiscalité et enfin celui de la sécurité sociale. «Le président de la République a commencé à moderniser la France. Cette politique doit être poursuivie. Je ne laisserai pas notre pays repartir en arrière» a-t-il poursuivi, ce qui fait dire au JDD: «Voilà qui ressemble à un programme… »

Son adversaire lui donne envie de rester

Jean-Louis Borloo n’a pas le monopole du dialogue social. Admirateur du général de Gaulle, le Premier ministre croit lui aussi avoir «la fibre sociale» évoquée par Claude Guéant à propos du ministre de l’Écologie. «François Fillon, qui fut ministre du Travail sous Jacques Chirac (2002-2004) et revendique la paternité de la précédente réforme des retraites (2003), a voulu démontrer mercredi qu’il n’avait de leçons à recevoir de personne sur ce terrain-là», écrit Le Figaro. Il a ainsi martelé que rien n’était «plus injuste» que de «dire que les liens avec les partenaires sociaux ont été négligés» depuis 2007. «La loi sur la modernisation du marché du travail de juin 2008, la loi sur la démocratie sociale d’août 2008, la loi sur la formation professionnelle de novembre 2009 sont toutes issues d’accords entre partenaires sociaux.»

Le ministre de l’Écologie n’a pas la stature, affirment, par ailleurs, les amis de François Fillon. Le député de Paris, Claude Goasguen, par exemple, estime qu’il construit des «grosses machines» comme le Grenelle de l’Environnement , mais qu’elles accouchent de «toutes petites choses». Il trouverait «incongru un Grenelle de la fiscalité» tel que l’a évoqué Jean-Louis Borloo qui a récemment vanté sa méthode du Grenelle (négociation à cinq entre État, associations, collectivités, syndicats et entreprises) pour mener à bien les chantiers de la fiscalité ainsi que celui du chômage des jeunes et des seniors.

François Fillon estime quant à lui que son concurrent n’a pas assez de poigne: «La fermeté politique sans dialogue social, c’est une faute, mais le dialogue social sans fermeté politique, c’est une grave erreur.»

Le bourgeois de province et le «bobo» parisien

Tout sépare ces deux hommes qui ne s’apprécient pas. Fillon a la sobriété élégante d’un «bourgeois de province», selon l’expression de Fadela Amara, la secrétaire d’État à la Ville, mais aussi la coupe de cheveux et celle du costume impeccables du fils de notaire de la Sarthe. Borloo, quant à lui, a un look de «bobo» parisien, la coiffure indisciplinée malgré les efforts, l’allure dégingandée, mais aussi la flamboyance, l’opportunisme de l’avocat d’affaires. L’un se tait et agit; l’autre parle beaucoup, au risque de commettre des maladresses.

Quand Borloo se tait, c’est qu’il a une raison impérieuse. Par exemple, se faire oublier pendant la pénurie d’essence. François Fillon ne lui a pas pardonné de l’avoir «fait passer pour un con» en le laissant monter au front pour dire que les stations-service étaient approvisionnées, alors qu’un tiers d’entre elles étaient en panne sèche. Le ministre de l’Écologie a eu beau apparaître ensuite quotidiennement à la télévision pour tenir les Français informés de l’évolution de la pénurie, c’était trop tard. Le Premier ministre lui en veut encore. Il clame désormais partout, dit-on, que «Borloo est un zozo». Ce à quoi l’entourage du ministre répond que Matignon n’arrête pas de «lui envoyer des boules puantes».

Ses proches le poussent à «rempiler»

Contre vents et marées, et malgré la réforme des retraites qu’il a défendue, l’opinion publique continue d’aimer François Fillon. Plus d’un Français sur deux (51%) est favorable à son maintien au poste de Premier ministre lors du prochain remaniement, selon un sondage BVA réalisé pour Canal Plus, les 26 et 27 octobre auprès d’un échantillon de 1086 personnes (méthode des quotas). Jean-Louis Borloo est en pôle position pour le remplacer si nécessaire.

Les députés UMP ne cachent pas leur préférence pour l’actuel Premier ministre. Dans son journal du remaniement, 20minutes.fr note: «On veut que François Fillon reste à Matignon», lancent Marc Laffineur, Georges Monthron et Jacques Remiller, trois députés UMP. «Dans le groupe, tout le monde est attaché à l’actuel Premier ministre» insistent-ils. «C’est que Jean-Louis Borloo n’appartient pas vraiment à la grande famille de l’UMP, poursuit 20minutes.fr. Même s’il en est vice-président, il n’a jamais mis les pieds à une des réunions du parti. Il reste attaché aux valeurs centristes, tout président du Parti radical valoisien qu’il est. D’ailleurs, remarque Jean-Marc Ayrault, président du groupe PS à l’Assemblée, «quand Borloo parle dans l’hémicycle, il est ostensiblement peu applaudi par les députés UMP».

Ses collègues ministres poussent aussi François Fillon à être candidat à Matignon. Alain Juppé l’a dit à Nicolas Sarkozy lors du récent voyage de ce dernier à Bordeaux : il ne rentrera au gouvernement que pour un poste de ministre d’État, et à la condition expresse que Borloo ne soit pas Premier ministre, car Juppé aussi pense que le ministre de l’Écologie n’a pas la carrure. Il rejoint en cela les analyses d’Édouard Balladur, et surtout de François Bayrou qui a estimé : « La fonction de Premier ministre exige une solidité, une stabilité qui sont les deux éléments principaux de ce que doit être l’homme ou la femme qui exerce cette fonction». Une manière de dessiner en creux le portrait d’un Borloo «peu solide et instable».

Dans le gouvernement, Roselyne Bachelot pousse à la reconduction du Premier ministre à son poste. D’abord par amitié et fidélité pour François Fillon, qui est son mentor. Ensuite par intérêt personnel : elle est menacée de perdre son portefeuille de la Santé après quelques grosses erreurs dans la gestion de ses dossiers.

Dans la Sarthe, les amis de l’élu local n’ont pas manqué de le presser de «repartir», lors des obsèques, mercredi 3 novembre, de Michel d’Aillières, décédé à l’âge de 86 ans. François Fillon lui avait succédé en 1992 à la tête du Conseil général et nul doute qu’en prononçant son éloge funèbre, il s’est souvenu des conseils de son grand ancien de Sablé-sur-Sarthe, Joel Le Theule, l’homme qui l’a fait entrer en politique, ministre sous Pompidou et sous Giscard d’Estaing. «Discrétion, entêtement, habileté politique.» De quoi puiser l’énergie nécessaire à une nouvelle aventure.

N’oublions pas non plus, dans l’entourage du Premier ministre, les encouragements d’un personnage aussi discret qu’influent: la Galloise Pénélope Kathryn Clarke, son épouse et la mère de sa fille et de ses quatre garçons. Sans son accord, jamais la photo du couple n’aurait fait la Une de Paris-Match, le 14 octobre dernier. Une mise en scène «people» inhabituelle chez les Fillon.

Certes, la photo sur laquelle Pénélope pose avec François et Paddy, leur Setter irlandais, date de 2007, mais l’hebdomadaire a bien réalisé l’interview du couple très récemment, pour le numéro du d’octobre. Un dossier de 8 pages, pas moins, qui montre, avec le recul, que Mme Fillon était évidemment d’accord pour que son mari «rempile» à Matignon.

Enfin, Nicolas Sarkozy lui-même a poussé François à «parler». Le Président aime qu’on exprime ses désirs avec enthousiasme autour de lui. Histoire d’y voir plus clair et d’élargir son choix pour Matignon au-delà de Jean-Louis Borloo, si nécessaire. Selon Le Parisien, il a choisi de répondre, à son heure «au chef de l’État qui, par deux fois, les deux dernières semaines au cours d’entretiens avant ou après le Conseil des ministres, lui a demandé de dire, selon plusieurs sources gouvernementales, ce qu’il désirait. Mais rien n’était venu et François Fillon était resté muet sur ses intentions.»

Cette fois, le chef de l’État sait à quoi s’en tenir.

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