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Manic 5 colossal temoin du genie quebecois en hydroelectricite

Manic 5 colossal temoin du genie quebecois en hydroelectricite

Construit dans les années 60 sur la rivière Manicouagan, ce barrage hydroélectrique à voûtes multiples et contreforts est le plus gros de son type au monde.

C’est à l’automne 1959 que les travaux débutent à Manic 5, à l’aube de la seconde nationalisation de l’électricité par Hydro-Québec. Outre les installations hydroélectriques en tant que telles (barrage, centrale, etc), les travailleurs doivent aussi voir à la construction d’une route, d’une piste d’atterrissage, des lignes de transport et de communications, etc. Un vrai petit village s’y établi, puisque les 13 000 ouvriers travaillant sur le chantier viennent souvent y vivre avec leurs familles. Ainsi, des aménagements sont prévus, comme par exemple, un aréna, un cinéma, une salle de quilles, une banque, une épicerie, etc. En 1963, la population est d’environ 2700 personnes.

L’aménagement hydroélectrique de Manic 5 est tout de même situé à 214 km du nord de la ville de Baie-Comeau sur la Côte-Nord au Québec, ce qui est particulièrement isolé. Même encore aujourd’hui, les 80 personnes qui y travaillent à temps plein résident sur place pendant leur semaine de travail. Une route, maintenant pavée (#389), mène aux installations de la rivière Manicouagan, dont Manic 1, 2 et 3 également. Notez qu’il n’existe pas de centrale Manic 4 puisqu’on a décidé, suite à certains calculs, de n’en ériger qu’une seule à un endroit différent sur la rivière.

Quelques spécifications techniques

Manic 5 est un barrage de type à voûtes multiples et contreforts d’une hauteur de 214 m et d’une largeur de 1 314 m. Deux centrales y sont aménagées, soit Manic-5 et Manic-5-PA. La première peut procurer aujourd’hui une puissance de 1 528 mégawatts alors que la seconde est utilisée en cas de demande supplémentaire d’électricité. Malgré tout, cette centrale additionnelle peut fournir 1 064 mégawatts de puissance. Ses quatre turbines ont été mises en service en 1990 alors que les huit d’origine sont en fonction depuis 1970.

Le barrage comprend 13 voûtes et 14 contreforts en béton. On dit qu’il y a assez de béton pour construire un trottoir du pôle Nord jusqu’au pôle Sud! En réalité, ce sont 3 millions de mètres cubes qui ont été nécessaires pour l’ériger. Au sommet, le barrage a une épaisseur d’un peu plus de 5 m et une route à deux voies y passe. Les visiteurs ont même la possibilité de s’y rendre pour admirer les deux côtés du barrage, soit le réservoir derrière, et les installations, devant. À la base de la voûte centrale, le barrage fait plus de 60 m d’épaisseur!

Le réservoir et le cratère

Ce réservoir a pris environ une douzaine d’années à se remplir et contient maintenant 135 000 millions de mètres cubes d’eau et s’étend sur près de 200 000 hectares (ou 2 000 km carrés). La source de la rivière Manicouagan est en fait un cratère météoritique, un des plus grands du monde par ailleurs. Depuis la construction du barrage de Manic 5 et le remplissage de la vallée en amont, les contours du cratère et de son île centrale, l’Ile René-Levasseur, sont très visibles du ciel.

Comment y est produite l’électricité?

Derrière le barrage, l’eau s’engouffre dans deux galeries d’amenée qui sont reliées aux conduites forcées qui ont 5 m de diamètre. Les conduites de la centrale Manic-5-PA font quant à elle 6 m. L’eau fait une brutale chute de 150 m et fait fonctionner les 8 groupes de turbines-alternateurs de type Francis. La puissance de l’eau réussit à faire tourner un rotor mobile de 320 tonnes composé d’électro-aimants positifs et négatifs en alternance au centre d’un stator immobile de cuivre. Cette rencontre produit un courant alternatif, soit l’électricité!

Avant d’être acheminée dans nos maisons, l’électricité passe par différents niveaux de tensions. À la centrale même, la tension est de près de 14 000 volts. Après son passage dans un transformateur élévateur, la tension passe à 315 000 vols pour un voyage d’une distance moyenne jusqu’au poste Micoua. À cet endroit, la tension est de nouveau élevée pour un long voyage. Le fait d’augmenter ainsi la tension à 735 000 volts est une innovation québécoise dans le domaine du transport de l’électricité.

Pourquoi Manic 5 porte-t-il le nom de barrage Daniel-Johnson?

Le 26 septembre 1968, le barrage de Manic 5 doit être inauguré. Plusieurs dignitaires sont présents dès la veille, dont Jean Lesage, ancien premier ministre du Québec, Daniel Johnson, le premier ministre de l’époque, ainsi que René Lévesque, futur dirigeant de la province et ministre des Ressources naturelles du moment. Malheureusement, dans la nuit précédant l’inauguration, M. Johnson décède subitement d’un arrêt cardiaque dans sa résidence de Manic 5. L’événement prévu est donc annulé et sera reporté à la même date l’année suivante. On nomme donc le barrage en son honneur.

Visiter Manic 5 ?

Depuis que René Lévesque s’est vu refuser l’accès aux installations de Manic 5, celui-ci a promis de faire en sorte que tous les Québécois puissent accéder à ce joyau. Ainsi, en été, tous peuvent visiter les installations lors d’une des quatre visites guidées quotidiennes offertes gratuitement. La tournée dure environ deux heures et débute par une présentation technique sur la façon dont on produit l’électricité. Les gens sont ensuite amenés dans deux des 13 voûtes du barrage, au sommet de celui-ci et dans la centrale.

Il s’agit d’une introduction passionnante et très impressionnante au cœur de l’immensité que représente Manic 5. Au premier coup d’œil, ce barrage colossal étonne et rend curieux. Imaginer toute la puissance de l’eau, comprendre comment le tout fonctionne et faire un retour dans le passé pour s’imprégner du travail accompli par des milliers d’hommes, constituent l’essentiel de l’expérience d’une visite à Manic 5.

Sources : Visite personnelle des lieux (juillet 2010), Wikipedia (Centrale Manic 5, Nationalisation de l’électricité au Québec), Archives Radio-Canada.

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