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MAM et Patrick Ollier deux amoureux au gouvernement

MAM et Patrick Ollier deux amoureux au gouvernement

Il a toujours vécu dans l’ombre de sa compagne Michèle Alliot-Marie. Le député-maire de Rueil devient ministre à son tour.

C’est sans doute la seule vraie surprise du gouvernement Fillon III. Un Premier ministre inchangé, un gouvernement de campagne électorale resserré autour des fidèles du président Sarkozy, mais aussi et surtout, la révélation, sous les feux des projecteurs, d’une romance jusque-là plutôt discrète entre deux personnalités politiques. Un peu de glamour par ces temps d’austérité et d’avenir sombre, est toujours bon à prendre.

Michèle Alliot-Marie, 64 ans, qui briguait Matignon et vient d’hériter d’un quatrième ministère régalien (les Affaires étrangères après la Défense -sous Jacques Chirac-, l’Intérieur puis la Justice) voit arriver dans l’équipe gouvernementale … son amoureux, Patrick Ollier, 66 ans, le député-maire de Rueil-Malmaison. Nommé ministre chargé des Relations avec le Parlement auprès du Premier ministre, celui que Le Canard Enchaîné a baptisé avec méchanceté «POM» (pour Patrick Ollier-Marie) retrouve «MAM» au premier Conseil des ministres mercredi 17 novembre, sous le regard amusé du président de la République qui, d’un coup de baguette magique, vient de le projeter en pleine lumière.

«Notre rêve, nous embrasser sur le perron de l’Élysée»

«J’étais ministre et il avait vocation à l’être. Notre rêve, c’était de nous retrouver tous les deux au gouvernement et, là, de nous embrasser sur le perron de l’Élysée devant les photographes, pour mettre tout le monde devant le fait accompli…». MAM qui se confie, d’une voix qu’on imagine basse, cassée par l’émotion d’une telle audace, à la journaliste du magazine Elle, le 26 septembre 2007 ne pensait pas que trois ans plus tard, son rêve se réaliserait.

Mais le monde (politique) a changé, des tabous ont sauté au fil des années, rendant possible l’impensable. Après la révélation de l’existence de Mazarine, la fille cachée de François Mitterrand, après le feuilleton médiatique en deux épisodes de la vie amoureuse de Nicolas Sarkozy (Cécilia, Carla), la voie était libre pour une nouvelle romance, à l’image de celle qu’avait refusée le Président socialiste quand, ayant nommé Ségolène Royal ministre de l’Environnement du gouvernement Bérégovoy, il avait barré la route à François Hollande.

Fondateur de l’UJP, gaulliste et fidèle

Les Français ignorent à peu près tout de Patrick Ollier qui, par amour, a accepté, depuis plus de 20 ans, de rester dans l’ombre de sa compagne. Un mot résume cet homme discret et courtois: il est fidèle. Fidèle d’abord au gaullisme le plus intègre, il a participé, en 1965, alors que la guerre d’Algérie était encore une plaie béante et que montait la contestation qui déboucherait sur mai 68, à la fondation de l’UJP, l’Union des jeunes pour le progrès, qui regroupait les garçons aux cheveux courts et en costume cravate, les jeunes partisans du Général au côté de l’UNR-UDT.

Fidèle ensuite à Jacques Baumel député-maire de Rueil pendant plus de 30 ans et compagnon de la Libération. Patrick Ollier a croisé à la mairie Alain Juppé, jeune sherpa qui, avec d’autres, écrivait régulièrement les discours et les textes des Cahiers de l’Académie diplomatique que présidait le «patron», vice-président de la Commission de la Défense nationale. Mais les dauphins se bousculent autour de Jacques Baumel qui s’en amuse, notamment Thierry Saussez, qui fera carrière dans la communication politique et deviendra conseiller de Nicolas Sarkozy. Après avoir été brièvement adjoint au maire de Rueil, Patrick Ollier décide, en 1988, d’aller tenter sa chance en province, mais se promet de revenir un jour conquérir la ville. Ce qu’il fera après avoir longtemps attendu son heure: il deviendra député en 2002 et maire en 2004.

Jeune divorcé, père de 2 enfants, il part alors fourbir ses propres armes politiques là où s’offrent une municipalité et une circonscription gagnables. Ce seront les Hautes Alpes et la mairie de La Salle-Les-Alpes. Certes, il y a sans doute mieux pour un provincial ambitieux -il est de Périgueux et orphelin de père- qui veut «exister» dans la capitale, et devenir un jour ministre. Pourtant, Patrick Ollier prend un abonnement de train, un pied à terre à Paris et fera l’aller-retour plusieurs fois par semaine des années durant.

Au même moment, Michèle Alliot-Marie passe elle aussi sa vie dans le train entre Paris et le Sud-ouest où elle est conseillère municipale de Ciboure, puis de Biarritz car son père, l’arbitre international de rugby Bernard Marie, y siège comme premier magistrat. Elle choisit Saint-Jean-de-Luz dont elle deviendra maire en 1995. En 1988, MAM, divorcée depuis quatre ans, rencontre Patrick Ollier à la montagne.

«A l’auberge des Deux-Cygnes, à Serre-Chevalier»

La première fois que Patrick Ollier croise Michèle Marie, c’est 20 ans plus tôt, en 1966; ils sont jeunes tous les deux, c’est à une réunion de l’UJP. Mais Michèle, étudiante, le voit à peine, elle est alors amoureuse de son professeur de droit, Michel Alliot, qui est aussi le directeur de cabinet d’Edgar Faure. Elle épousera deux ans plus tard Michel Alliot et développera alors son propre goût pour la politique.

«Elle avait 20 ans lorsqu’il la remarque. Quarante-deux lorsqu’il lui effleure la main, en 1987, à l’auberge des Deux Cygnes de Serre-Chevalier, ville dont il était l’élu», raconte le Télégramme de Brest , dans une série d’articles sur «les couples d’influence». Serre-Chevalier est le nom «touristique» de la station de ski de La Salle-Les-Alpes.

Pendant 12 ans, le couple estime que l’opinion publique n’est pas prête à accepter leur liaison, alors il la cache, «s’embrasse dans les cabines téléphoniques de l’Assemblée nationale». Jusqu’en 1999, quand enfin, Michèle Alliot-Marie et Patrick Ollier décident d’afficher leur histoire d’amour en accordant une interview à Paris-Match. «Depuis, écrit L’Express en 2006, bien qu’il proteste «contre la peopolisation» de la vie politique, il affiche fièrement sa liaison avec l’ancienne patronne du RPR. Une photo du couple, bras dessus, bras dessous, le bronzage parfait, trône sur son bureau de l’hôtel de ville. Dans un coin, derrière un poteau, traîne une vieille affiche électorale de sa dulcinée. Même exposition à l’Assemblée nationale, où le souvenir de «MAM» est ravivé par un cliché».

Battu au Perchoir par Bernard Accoyer

Mais cette romance a un inconvénient majeur: depuis 1993, c’est MAM qui décroche les portefeuilles les plus prestigieux, tandis que son compagnon, lui, doit se contenter d’être député à l’Assemblée nationale. Le 7 mars 2007, une occasion de briller se présente enfin. Alors que Jean-Louis Debré vient de démissionner pour entrer au Conseil constitutionnel, il est élu au perchoir pour trois mois seulement, au titre de la transition. Mais il est battu lors des primaires internes par Bernard Accoyer, désigné pour devenir le président de l’Assemblée nationale.

Patrick Ollier a des raisons d’être amer. Pour gagner, il a les compétences mais aussi le désavantage d’être l’ami de la candidate à la présidentielle de 2007 qui, en échange de son renoncement au profit de Nicolas Sarkozy, vient d’être nommée ministre de l’Intérieur. «La mise en avant de cette relation ne présente pas que des avantages, confirme L’Express. Tant que sa compagne sera ministre, Ollier n’a guère d’espoir de se voir confier un portefeuille. Michèle Alliot-Marie le reconnaît: «J’ai sûrement limité la carrière de mon compagnon.»

Élu «meilleur député 2010» avec 368 interventions

Pas définitivement, comme le prouve aujourd’hui la nomination de «POM» dans le Gouvernement Fillon III. Sans doute pour des raisons qui touchent davantage à ses qualités qu’à la nécessité de faire plaisir à MAM, Patrick Ollier -qui devient ministre chargé des relations avec le Parlement- est en effet l’un des plus fins connaisseurs de l’Assemblée nationale. «Il en arpente les couloirs depuis le début des années 1970, raconte un de ses biographes. D’abord comme conseiller aux affaires parlementaires de plusieurs ministres. Puis comme député. Il connaît sur le bout des doigts le fonctionnement de l’institution et les subtilités du débat parlementaire».

Il est aussi un travailleur acharné, préside la Commission des Échanges et de la Production qu’il rebaptise Commission des «Affaires économiques, de l’Environnement et du Territoire». Questions écrites, amendements sur les auto-entrepreneurs ou les éoliennes, présence assidue aux séances, Patrick Ollier décroche même le titre de «meilleur député 2010» décerné par le site Lesindiscrets.com pour ses 368 interventions dans l’année. Un record.

Ceinture noire de judo, porte-flingue du Président

Malgré cette occupation à plein temps, il trouve le temps de soutenir Nicolas Sarkozy dès qu’il sent ce dernier en difficulté. Bagarreur (il est ceinture noire 2e dan de judo et parachutiste), il n’hésite pas, rapporte Le Post, à jouer les porte-flingue et traiter de «voyou» à son tour Jean-François Kahn quand ce dernier titre à la Une de Marianne «Le Voyou de la République». Ou encore, en pleine crise des retraites, il déclare avec sérieux sur Orange/Le Figaro le 11 octobre : «Le gouvernement est en train d’entraîner l’adhésion des Français sur les retraites».

En tant que gaulliste, Patrick Ollier est présent aux côtés du président de la République et du Premier ministre pour commémorer, à Colombey-les-Deux-Eglises en Haute-Marne, le 40e anniversaire de la disparition du général de Gaulle. Se sont-ils parlés tous les trois à cette occasion? Nicolas Sarkozy a-t-il voulu renforcer autour de lui le camp des gaullistes historiques? Peu importe, cette fois, Patrick Ollier semble avoir gagné ses galons de ministre, et sur ses propres qualités, lui qui pensait avoir sacrifié sa carrière à celle de sa compagne.

«Je suis le seul à savoir que je ne serai jamais ministre (…) C’est le drame de l’amour», avait-il lâché le 20 octobre dernier, avant de se rendre compte qu’il y avait des journalistes pour l’entendre, rapporte 20 minutes. Nicolas Sarkozy vient de lui donner tort.

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