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LIran un Etat totalitaire qui met lamour a mort

LIran un Etat totalitaire qui met lamour a mort

L’affaire de Sakineh Mohammadi Ashtiani, condamnée à la lapidation pour relation amoureuse hors mariage, confirme la nature totalitaire de l’Etat iranien.

Depuis deux mois, le monde s’indigne de la condamnation à mort de Sakineh Mohammadi Ashtiani. Or, dès son instauration en 1979, la République islamique d’Iran a instrumentalisé l’islam pour en faire une idéologie politique et sociale et l’imposer à tous : aux musulmans et aux autres fidèles des autres religions, aux croyants et aux athées, aux pratiquants et aux non-pratiquants. S’ensuivent alors des condamnations à mort pour toute relation amoureuse vécue hors mariage. Les premières victimes en sont les femmes.

Contrôler la vie privée pour islamiser la société

Que signifie cette ingérence étatique dans la vie privée des individus ? Chahla Chafiq nous offre une analyse pertinente dans Le nouvel homme islamiste – La Prison politique en Iran. Alors que la terreur sous le régime dictatorial du Chah épargnait ce qui ne relevait pas de la politique, aucun domaine de la vie n’échappe au totalitarisme islamiste qui met en œuvre une répression totale et totalisante dans le but de façonner la société et de fabriquer un être humain réellement islamique.

Réprimer les individus pour purifier la société

Pour y parvenir, le régime islamiste exerce une répression implacable dont les mécanismes sont mis à jour par Chahla Chafiq. Elle détaille les trois étapes préalables à la répression islamiste :

1. La catégorisation des individus

La République islamique d’Iran se sert de l’islam pour diviser le peuple entre musulmans et non-musulmans et justifier la stigmatisation des croyants des autres religions en tant que citoyens de seconde zone, ainsi que la répression sanglante des bahaïs dont la religion post-islamique est considérée comme blasphématoire.

Une deuxième division répartit les musulmans eux-mêmes « selon leur degré de fidélité à l’idéologie islamique »(1). Ainsi, les musulmans laïcs deviennent les ennemis de l’islam, tout comme les proches du pouvoir qui formulent des critiques.

Enfin, le voile sépare symboliquement les femmes des hommes. Dans l’islam politique, « la femme constitue un élément porteur de désordre, potentiellement coupable » (2). Son corps étant objet de tentation sexuelle, elle ne peut que mener à la transgression des lois divines. C’est pourquoi « les règles sévères de non-mixité et de ségrégation sexuelle, l’obligation du port du voile, la lapidation des adultères et d’autres mesures visent à contrôler la sexualité des femmes »(3).

2. La déclaration de la suprématie des lois divines

En même temps, le régime islamiste adopte des lois prétendument divines qui exigent « la soumission des croyants » et qui « ne sont donc pas susceptibles d’être modifiées selon la volonté des citoyens à qui elles s’imposent ». Or, la justice ainsi établie « ne se réalise pas dans et par l’égalité, mais dans l’application de l’équité religieuse, dans la mise en œuvre des droits de chacun avec ses devoirs » (4). Concrètement, « si un homme musulman commet un crime envers une femme musulmane, son châtiment sera défini en fonction du statut inférieur de la femme, considérée comme égale à la moitié d’un homme. Aussi, les dédommagements [d’une femme victime] s’élèvent à la moitié de ceux prévus pour une victime masculine » (5).

3. La confusion entre la transgression et le péché

Enfin, « quand le pouvoir se lie au sacré et se donne pour but d’instaurer l’ordre religieux sur terre, toute transgression de la loi et toute rébellion contre l’ordre se transforment en violation des principes divins et deviennent un péché. C’est ainsi que, dans le régime islamique, les délits et crimes sont identifiés à des actes de décadence morale. A ce titre, les prostituées et les trafiquants de drogue sont pendus et fusillés. La lapidation châtie les adultères » (6).

Du refus de la sexualité libre à l’incitation au viol : l’hypocrisie islamiste en action

L’intransigeance du projet islamiste est justifiée par la construction d’une société juste et saine. Or, qu’en est-il concrètement ?

Le viol des enfants est encouragé par l’ayatollah Khomeiny, l’un des guides suprêmes de cette « république », qui, en 1990, écrit que « l’homme peut avoir un plaisir sexuel avec un enfant, de sexe féminin » (7).

Le viol des femmes est organisé par le régime : aux femmes violées qui risquent une condamnation pour relations sexuelles illicites, il est proposé d’épouser leur violeur pour laver le péché commis.

Enfin, le viol est utilisé par le régime pour torturer ses opposants, hommes et femmes (8). Chahla Chafiq le remarque notamment à l’encontre des femmes vierges : « C’est […] en référence à la loi islamique que le viol des filles vierges se pratique dans les prisons politiques […]. Les geôliers concluent un contrat de mariage entre la femme qui va être exécutée et le geôlier violeur. Le viol s’effectue ainsi dans un cadre licite » (9). Dans quel objectif ? « Si elle reste vierge, elle ira au paradis, alors que si elle perd sa virginité, elle ira en enfer ».

L’histoire de Sakineh s’inscrit dans cette histoire politique de l’Iran. Derrière la tragédie des femmes condamnées à la lapidation se cachent souvent l’impossibilité de choisir son mari, des mariages forcés synonymes de viols conjugaux quotidiens, l’absence de droit au divorce pour les femmes, pendant que les hommes peuvent les répudier du jour au lendemain et prendre de nouvelles épouses pour un jour ou pour toute la vie (10).

Tant que la République islamique d’Iran perdurera, Sakineh et les autres continueront à être réprimées, voire exécutées (par lapidation, pendaison ou autre mise à mort) pour avoir aimé.

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(1) Le Nouvel homme islamiste, p. 82.

(2) Ibid. p. 123.

(3) Ibid. p. 124.

(4) Ibid. p. 84-85.

(5) Ibid.

(6) Ibid. p. 86.

(7) Tahrirolvasyleh. Gom : Darole Orm, 1990.

(8) Voir les lettres de Bahareh, de Reza et l’article de l’Express à ce sujet.

(9) Ibid. p. 135.

(10) A la polygamie qui est légale en Iran s’ajoute le mariage temporaire qui permet aux hommes de se marier pour une heure, un jour ou la vie, selon leur gré, à une femme qui n’aura aucun des droits inhérents aux mariages traditionnels. Le mariage temporaire sert aussi à déguiser la prostitution.

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