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Les Vieux de la Vieille un film dialogue par Michel Audiard

Les Vieux de la Vieille un film dialogue par Michel Audiard

Le charme de ce film en noir et blanc réside dans le jeu de Gabin, Noël-Noël et Fresnay mais aussi dans les dialogues que leur a mitonnés Michel Audiard…

Quand on réunit trois têtes d’affiche au cinéma, il convient de veiller à ce que chacune d’elles ait autant à dire que les deux autres ! C’est pourquoi, pour Les Vieux de la vieille, le réalisateur Gilles Grangier a demandé à Michel Audiard de soigner Gabin, Noël-Noël et Fresnay, avec des dialogues, une fois de plus, pétillants de bon sens et d’esprit français…

Jean Gabin

Affublé d’une barbe qui lui permet de passer (bien vu l’artiste !) pour plus vieux qu’il n’était à l’époque, Gabin joue le rôle d’un réparateur de bicyclettes qui connaît son métier (« Pour trouver un spécialiste comme moi en Vendée, faut au moins aller dans les Deux-Sèvres, si c’est pas en Charente ! »).

Il sait aussi se servir d’une chignole : « Parce que j’va vous dire une chose, jeunes gens ! Faut ben compter 20 ou 30 ans pour savoir se servir d’une chignole et encore, quand c’est qu’on est doué ! C’est pas un reproche, ça fait partie d’un ensemble ! Parce que si y’a pu de bons ouvriers, j’va vous dire à qui qu’c’est la faute, moi ! C’est la faute aux assureurs social ! A c’t’heure, les gars, pour un rhume, y s’mettent en congé maladie ! Ou ben, pour un point de côté, ils font une cure qu’ils appellent ça ! »

Le gendarme

Autre grand moment : quand Gabin rencontre un brigadier (Jacques Marin) ayant un problème avec son vélo : « Là votre clou, là, poursuit-il, c’est de la série ! ça été monté par des Polonais ! C’est pas pour médire des étrangers parce que y’en a qui s’y connaissent : les Suisses, les Italiens sont pas bons pour la guerre mais pour le vélo, ils s’y connaissent ! Les Polonais sont des bons soldats, mais pour le vélo !!! – Vous m’avez l’air drôlement fort en histoire et en géo mais c’est pas avec la géographie que j’m’en tirerai. »

Noël-Noël

Dans le film, Noël-Noël, immense acteur aujourd’hui injustement oublié, joue le rôle de Blaise, un sympathique fainéant que son fils Anselme (André Dalibert) surveille de près car « l’père » a tendance, au café, à oublier que la soupe est servie à 7 heures du soir…

D’où ce dialogue avec Gabin : « Tiens, t’as vu comment qui m’cause ce grand couillon-là ! J’te disais qu’l’autre jour, il m’a foutu des calottes – Il t’a battu ? » La patronne (Yvette Etievant) intervient : « Vous n’exagérez pas un peu non ? – J’sais c’que je dis, il m’traite comme un vieux et ça me fait marri ! Et que j’te couche tôt ! et la tisane ! et la flanelle ! et à table, le pinard, de l’eau dedans ! Comme si j’avais six mois, c’est pas de ma faute si j’ai 65 ans, j’ai mis assez de temps pour les avoir ! »

Pierre Fresnay

Audiard a aussi soigné Fresnay qui, en bon retraité de la SNCF, en veut au chauffeur de car qui l’a conduit retrouver ses amis : « J’suis pas prêt de revoyager dans c’te sacrée carriole (…) J’aurais pris le train, j’aurais au moins pu me dégourdir les jambes dans un couloir ! Et puis aller aux toilettes ! – Votre train, votre train, fallait le prendre votre train ! lui répond le chauffeur (Guy Decomble). – Et de mieux en mieux, mal poli par dessus le marché ! »

Grincheux, Fresnay en veut aussi à Dame SNCF : « J’va te dire, ils m’ont rejeté pire qu’un vieux clou ! Et tu sais de qui j’ai été victime ? Des polytechniciens – Des quoi ? demande Blaise – Des polytechniciens ! Il a débarqué des ingénieurs de 25 ans, ils ont tout vérolé. A c’t’heure, le réseau est livré aux gamins Ah, j’aime mieux pu être là pour voir ça ! »

Pithiviers-Etampes-Pithiviers

« Si on compte bien, lui dit Blaise une fois au café, t’as pas trop à rouspéter, l’âge de la retraite, tu l’as ! – C’est pas une question d’âge ! répond Fresnay avec humeur, c’est une question de capacité ! – Ben justement t’es t’y encore ce que t’étais ? – 14 de tension quand on m’emmerde pas ! des réflexes de conscrit et un ciboulot comme neuf… »

Puis, à la cantonade : « Est-ce qu’on se prive d’un homme qu’a parcouru pendant 35 ans la ligne Pithiviers-Etampes-Pithiviers, Pithiviers-Etampes- Pithiviers ? »

La réponse, tout le monde la connaît aujourd’hui : Oui, on se prive d’un homme ayant parcouru Pithiviers-Etampes-Pithiviers toute sa vie !

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