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Les paysanneries en Asie du SudEst

Les paysanneries en Asie du SudEst

La modernité a de lourdes conséquences sur les sociétés traditionnelles de cette région du monde où la ruralité est un aspect important.

L’Asie du Sud-Est se caractérise par sa grande diversité de populations, de cultures et d’une grande proportion de paysans qui s’inscrivent dans un tissu rural traditionnel. Les différents États de cette région possèdent des systèmes politiques opposés, mais tous orientés vers l’économie de marché. Cette marche forcée vers l’enrichissement par le biais d’un capitalisme réinventé et agressif n’est pas sans conséquence sur ces populations.

Production et malnutrition

Selon l’Inra et le Cirad, l’Asie est le continent le plus agricole et, paradoxalement, le plus sous-alimenté. Avec 53 % de la population mondiale, il compte 76 % des paysans du monde (1) : “Continent le plus peuplé (53 % de la population mondiale et 76 % de l’ensemble des paysans de la planète), l’Asie héberge près de 75 % des personnes souffrant de malnutrition alors qu’elle ne possède que 30 % des terres cultivées et 14 % des terres cultivables mondiales.”

Les régions agricoles sont surpeuplées, jusqu’à 500 paysans par kilomètre carré cultivé. Ces paysans sont très attachés à leur terre et à leurs animaux avec lesquels ils vivent presque en symbiose. Bien que sédentaires et productifs, les paysans ont un système de production d’abord centré sur la famille, qui est un élément caractéristique. Ce système, comme on le voit, n’est pas en adéquation avec les régimes politiques qui créent une injustice et bouleversent l’équilibre traditionnel. En effet, le surplus doit être dirigé vers les élites qui s’arrogent le meilleur rôle : elles ne produisent rien mais s’enrichissent.

Tradition contre modernisme

Les paysans doivent d’abord survivre, et l’économie de marché impose des lois qui ne sont pas compatibles avec les traditions. C’est donc un développement sans morale qui recherche l’accroissement du profit le plus vite possible et qui n’est pas sans conséquence sur la vie des paysans. La monétarisation remplace le troc et sert à acquérir ce qu’ils ne peuvent produire. Ce qui était suffisant autrefois ne l’est plus aujourd’hui. De nouveaux besoins ont aussi fait leur apparition, modernisme oblige. Les paysans se trouvent dépendants du marché et doivent s’adapter avec plus ou moins de succès. Par ailleurs, les paysans sont souvent issus de minorités qui doivent subir des « brimades » de la part des institutions.

Cependant, il est faux de croire que le monde paysan vit totalement en autarcie : il a été continuellement en contact avec le monde extérieur, aussi bien avec les colonisateurs qu’avec les différents systèmes économiques et politiques qui se sont succédé – la globalisation ayant entraîné des changements radicaux pour la paysannerie en les appauvrissant.

La paupérisation des paysans les pousse le plus souvent à venir augmenter les populations citadines, ce qui n’est pas sans conséquence sur tout le système traditionnel. Les familles se disloquent, les structures sociales subissent des changements, des terres peuvent retourner à l’abandon par manque de bras… Ces anciens paysans se retrouvent sans travail ou exercent des métiers mal payés, souvent proches de conditions d’esclavage.

La modernisation et le monde paysan

D’un autre côté, le monde paysan a perdu sa caractéristique féodale. Des paysans sont devenus fermiers en adoptant une infrastructure moderne avec l’achat de machines et de pesticides qui débouchent sur une pollution. Pour ce faire, ils doivent s’endetter pour obtenir des capitaux. L’agriculture se modernise au détriment des petits paysans qui subissent les conséquences de la modernisation comme la migration vers les centres urbains.

Le rôle des Etats n’est pas non plus négligeable, loin s’en faut. Après l’époque post-coloniale, les gouvernements se sont attelés à consolider l’unité des nations par des moyens linguistiques, religieux et d’uniformisation culturelle, sans oublier une surveillance étroite de la population.

Comme on le constate, les conséquences du développement économique ne sont pas insignifiantes. S’il apporte un côté pratique en permettant aux paysans d’avoir accès à la modernité et aux infrastructures qui leur faisaient défaut, il reste néanmoins un facteur déstabilisateur d’un monde traditionnel qui peine parfois à s’y retrouver, et se retrouve ébranlé, déraciné, par la modification des comportements et les changements au sein des sociétés traditionnelles. Cette situation entraîne une dichotomie entre le monde rural et le monde urbain.

C’est donc à un grand défi que doit faire face la paysannerie du Sud-Est asiatique. Le prix à payer est une déculturation avec des changements de modes de vie et une grande pauvreté pour ceux qui n’ont pas su ou pu trouver leur voie dans l’économie de marché.

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Bibliographie :

E. Paul Durrenberger et Nicola Tannenbaum, “Household Economy, Political Economy, and Ideology : Peasants and the State in Southeast Asia”, in American Anthropologist, vol. 94 : 74-89, 1992.

Gourou Pierre, Civilisations et géographie humaine en Asie des moussons, in Bulletin de l’École française d’Extrême-Orient, année 1951, volume 44, numéro 2, p. 467-475.

Goran Hyden, “L’économie de l’affection et l’économie morale dans une perspective comparative : qu’avons-nous appris ?”, www.cairn.info, 2007.

Bergeret Pascal, Paysans, État et marchés au Vietnam : dix ans de coopération agricole dans le bassin du Fleuve Rouge, Karthala, 2003.

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(1) Sources : Bimagri HS, N° 22, janvier 2009.

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