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Les fantomes du Web

Les fantomes du Web

La grande toile est pleine de vies, mais des centaines de morts y habitent aussi. Internet, fontaine de jouvence ou cimetière.

Le Net est encombré de spectres inutiles qui rendent la navigation et la recherche de plus en plus lentes. Les auteurs se désintéressent de leur site mais ne les effacent pas; certains ne sont même jamais mis à jour. Parfois, des robots donnent l’illusion de vie à un site complètement abandonné. Faute de réglementation, les fournisseurs d’accès et d’espace ne suppriment pas ces sites périmés et les engins les ont toujours en mémoire. Plutôt que de «faire le ménage», on s’équipe de machines plus musclées, on augmente les performances et l’espace disque des serveurs. Une belle anarchie qui coûte de plus en plus cher.

Des morts référencés

Les artères du Web sont de plus en plus engorgées, on le sait. Depuis quelques années, bien des sites personnels ont été érigés occupant l’espace disque fourni avec tout accès Internet. Le problème est que beaucoup d’abonnés ont changé de fournisseur et que ce dernier n’a pas cru bon de supprimer les sites en question. J’ai moi-même un site personnel actif sur les serveurs de mes trois derniers fournisseurs d’accès qui, même après plusieurs demandes, n’ont pas trouvé le temps, depuis trois ans, de les effacer. Ce qui est plutôt ennuyeux car, en plus de consommer de l’espace disque, les gens qui cherchent des renseignements provenant de mon site se retrouvent parfois dans de vieilles pages aux renseignements vétustes. Résultat: les engins de recherche titubent sur des pages périmées et des fantômes inaccessibles. Par exemple, lors de la recherche, avec Google, du site du magasin CD-Rom Dépôt de Montréal, fermé depuis 10 ans, on obtient des centaines de réponses; aucune des références n’est valide.

Des voyageurs clandestins

Depuis que le Net est devenu la Providence de la gratuité des espaces de stockage, à peu près n’importe qui archive ses photos, ses textes et ses vidéos en double, parfois en triple. Mais, une grande quantité de ces archiveurs délaissent rapidement ces sites, y laissant leurs souvenirs en mémoire. Quant à savoir si tout ce qui est stocké dans les sites d’entreposage gratuit mérite la postérité, on peut craindre le contraire.

Que dire des milliers de sites dont la mise à jour date de plus de deux, voire même trois ans? Les engins de recherche y font encore trempette, générant ainsi des résultats dénués de tout intérêt. On peut ajouter à ces espaces gaspillés les milliers de gigs d’espace occupés par des sauvegardes de sécurité placées là sans autorisation. Comment expliquer cela? C’est simple: un gestionnaire de site met souvent la main sur des codes d’accès de serveurs disséminés partout sur la planète. Ces codes d’entrée permettent de charger et de télécharger des fichiers pour, par exemple, monter un site Internet. Le travail terminé, bien des responsables de serveurs négligent de verrouiller les accès. C’est ainsi que naissent ces niches secrètes où il est possible de placer ses petits fichiers secrets. C’est un peu comme si on vous laissait la clef de coffrets de sûreté éparpillés dans la plupart des banques du monde.

Personnellement, je peux vous dire que je connais des webmestres qui utilisent quotidiennement comme espace de stockage des serveurs d’Indonésie, des États-Unis et de France. Le truc est de copier des gigs d’informations identiques sur plusieurs serveurs, garantissant ainsi la sécurité de ces archives.

Le drame des miroirs

Une autre cause de l’encombrement vient des «sites miroirs». Les sites miroirs sont les reproductions conformes d’un site maître qu’on place à quelques endroits de la planète afin d’en assurer l’accès: au cas où une partie du réseau Internet tomberait hors d’usage dans un pays, les sites miroirs prendraient la relève. On justifie aussi cette pratique par la plus grande rapidité d’accès à un serveur le plus près possible de l’utilisateur.

Les deux explications sont cependant boiteuses, car l’une des caractéristiques du Web est sa faculté d’accéder aussi rapidement à un serveur en Chine qu’à un autre aux États-Unis. Et on peut même dire que l’accès sera plus rapide vers un serveur australien qui, lui, est au repos la nuit pendant qu’on y accède d’ici le jour. De plus, quatre sites miroirs, hébergés par des serveurs bien placés sur la planète, rendront la possibilité de «crash» quasi inexistante. Que dire alors d’un mégasite comme TuCows, qui possède des centaines de sites miroirs répartis en Afrique, en Asie, en Australie, au Canada, dans les Caraïbes, en Amérique centrale et du Sud, en Europe et aux États-Unis?

Les grands penseurs du Web se plaisent à dire qu’une réglementation d’Internet détruirait la belle anarchie du Web. D’accord. Mais le réseau des réseaux survivra-t-il à cet encombrement toujours grandissant? Pourra-t-on longtemps faire comme si le problème n’existait pas? Et si, tout à coup, les automobilistes décidaient d’abandonner leur véhicule après l’avoir garé près du trottoir…

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