Blog

Les conges payes lhistoire de la societe de loisirs

Les conges payes lhistoire de la societe de loisirs

L’histoire des congés payés coïncide avec l’apparition progressive de la société de loisirs. Le monde ouvrier découvre les joies des vacances et de la plage

L’apparition des congés payés, en 1936, marque le début d’une nouvelle ère pour le monde ouvrier et ouvre la voie à une nouvelle économie: le tourisme de masse.

Les accords de Matignon

Dans la nuit du 7 au 8 juin 1936, les accords de Matignon sont signés entre le Gouvernement du Front Populaire et les principaux syndicats de l’époque, la CGPF (Confédération générale du patronat français) et la CGT (Confédération générale du travail).

Si l’arrivée au pouvoir d’une coalition des forces politiques de gauche, quelques semaines auparavant, marque déjà l’entrée dans une nouvelle ère pour les mouvements sociaux et populaires français, la signature de ces accords est une nouvelle étape décisive. En effet, sont prévus la généralisation des conventions collectives, l’instauration de délégués du personnel, un accroissement des salaires à hauteur de 12%, mais surtout, la réduction du temps de travail hebdomadaire à quarante heures et l’attribution à tous les salariés de deux semaines de congés payés.

Le patronat, jusque-là tout puissant, doit désormais se plier à une législation sociale élargie: un essor des droits des travailleurs et de leur protection, mais également une émancipation progressive des consciences et des mentalités ouvrières. Le concept d’une rémunération sans contrepartie de travail naît, et avec lui, l’ère de la société des loisirs, des vacances et du tourisme.

Les premières vagues de vacanciers

Dès l’été 1936, la France connaît un mouvement de migration temporaire nouveau. Si, auparavant les migrations avaient une vocation essentiellement sociale et professionnelle, l’obtention de deux semaines de congés payés par an et par travailleur va mettre sur les routes une multitude de personnes qui ignoraient jusque-là les vacances, la plage, les loisirs et les déplacements désirés.

Les déplacements sont cependant limités dans l’espace. Ainsi, on part plus volontiers voir la famille qu’à la plage. Ou bien on reste chez soi pour effectuer des travaux quelconques ou simplement pour se reposer. Il y a bien sûr quelques exceptions, par exemple en Normandie, où l’on retrouve la population ouvrière de la région parisienne. On estime ainsi qu’environ 600 000 ouvriers sont partis en vacances dès l’année 1936.

Le travailleur, qui jusque-là était cantonné à un espace privé restreint, limité et souvent contrôlé par l’industriel, prend désormais possession de l’espace public.

Cependant, l’année 1936 n’est qu’un avant-goût de ce que va devenir la société de loisirs et des vagues de migrations estivales. En effet, si les accords de Matignon sont déposés devant la Chambre le 9 juin 1936, les lois ne sont votées que les 17 et 18 juin, tandis que le décret d’application de la loi sur les congés payés ne paraît au Journal officiel que le 1er août. Il prévoit notamment d’accorder à tout ouvrier ou apprenti ayant servi pendant une année entière, et sans discontinuité, dans un même établissement l’octroi d’un congé annuel payé d’une durée minimum de deux semaines. Les lois sont donc publiées rapidement après l’acceptation des projets de loi et le début des vacances scolaires qui sont alors effectives le 14 juillet.

Un nouveau type de vacanciers

On pense souvent que l’obtention des congés payés devient une généralité en 1936 or, à l’époque, les employés de banque, de commerce et de bureau dont le salaire était versé mensuellement et non pas selon le nombre d’heures effectué bénéficient déjà de congés.

Les accords de Matignon vont donc permettre à de nouvelles couches sociales de profiter des joies de la société de loisirs et du tourisme, activité jusque-là réservées aux seuls employés et plus assurément aux bourgeois et aux notables.

A l’époque, c’est un acquis majeur dans une société où on ne peut concevoir gagner de l’argent en ne faisant strictement rien. Si la comparaison avec ce que nous connaissons aujourd’hui peut paraître ridicule, il ne faut pas oublier qu’en 1936 les congés payés sont un chemin d’accès aux loisirs.

Les plages ne sont plus alors le lieu réservé de la bourgeoisie et de l’aristocratie fortunées. Une multitude de milieux sociaux s’y croisent, certes sans s’y fréquenter, mais cela ouvre la porte de l’industrie des loisirs et du tourisme.

L’évolution des congés payés

En 1937, le nombre d’ouvriers qui profitent des congés payés pour partir en vacances passe de 600 000 à environ 1 800 000, chiffre qui correspond au nombre de billets de transport à tarif réduit vendus cette année là.

Si l’entrée dans la société de loisirs peut être datée de 1936, son essor est lent, puisque ce n’est qu’en 1955 qu’est obtenue la troisième semaine. Il faudra attendre 1962 pour la quatrième semaine et encore vingt ans de plus pour la cinquième.

L’industrie touristique et la société des loisirs, si elles prennent appui sur l’évolution des congés payés, se développent donc lentement et de façon continue, pour aboutir à ce que l’on connaît aujourd’hui, c’est-à-dire une économie florissante et prospère.

Le rapport entre la ville et le monde rural est donc bouleversé avec l’apparition des congés payés, tout comme l’organisation saisonnière de l’année qui vient directement de celle qu’avait adoptée la bourgeoisie et les notables du XIXe siècle.

L’histoire des congés payés en France est donc bien plus qu’un simple acquis social, elle modifie les rapports et la mixité sociale, mais également le rapport entre des milieux géographiques. Ces bouleversements ont finalement produit une nouvelle forme de loisirs et des nouveaux types d’agglomérations, comme les stations balnéaires.

CONT10

Related Articles

Close