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Le principe anthropique Trinh Xuan Thuan parie sur un dessein intelligent dans lunivers

Le principe anthropique Trinh Xuan Thuan parie sur un dessein intelligent dans lunivers

Sa réflexion sur les données astrophysiques les plus pointues conduit à postuler une intention consciente dans la nature.

Trinh Xuan Thuan est un astrophysicien audacieux. Flirtant avec la métaphysique, il suppose une intention dans la nature : « l’univers est réglé de façon extrêmement précise (…) afin que surgisse un observateur capable d’apprécier sa beauté et son harmonie. » (Trinh Xuan Thuan in « Le monde s’est-il crée tout seul ? », (Albin Michel, 2008, p. 37). Il défend ainsi le « principe anthropique », du grec « anthropos », « homme », qui redonne à « l’homme sa place dans l’univers (…) étant la raison même pour laquelle l’univers a été conçu. » (Ibid)

Non pas l’homme en tant que tel, précise t-il, mais « n’importe quelles vie et conscience, qu’elles soient terrestres ou extraterrestres ».

Probabilité quasi nulle

Les propriétés de l’univers, constate-t-il, sont déterminées par quelques paramètres. Les « constantes fondamentales de la nature » et « les conditions initiales » au moment du Big Bang (densité de matière et d’énergie de l’univers, taux d’expansion, etc).

Les premières sont, par exemple, « la vitesse de la lumière, la masse de l’électron, sa charge électrique (…) ou encore la constante de Planck qui détermine la taille des atomes. » (Ibid. p. 40) Combinées aux conditions initiales, elles décident de la taille des galaxies, des étoiles et des planètes, mais aussi de la forme de la patte de la fourmi.

Si l’on construit virtuellement des modèles d’univers, à partir des innombrables combinaisons possibles de paramètres, et que pour chacun d’eux l’on se demande s’il contient la vie et la conscience après une évolution de 13, 7 milliards d’années, la réponse est non pour tous.

Sauf un seul, le nôtre. Tous les autres sont stériles, pour une raison simple : leur incapacité à fabriquer des étoiles massives. Sans étoiles massives, pas de carbone, donc pas de vie, « (…) si l’univers n’avait pas inventé les étoiles qui, par leur alchimie nucléaire, fabriquent les éléments lourds, les acides aminés, les molécules d’A.D.N. n’auraient pas fait leur apparition. » Jamais, donc, n’existerait l« objet le plus complexe qui soit connu dans l’univers » (Ibid. p.42) : le cerveau humain.

Précision inouïe

Trinh Xuan Thuan prend l’exemple de la densité de matière de l’univers à son origine. Un chouïa trop élevée, elle aurait fait s’effondrer l’univers sur lui-même. Un tantinet trop faible, et les nuages d’hydrogène et d’hélium n’auraient pu s’effondrer sous leurs masses et donner ainsi naissance aux étoiles. Et l’astrophysicien de donner des chiffres ahurissants : si l’on modifiait la densité initiale de notre univers d’un chiffre après soixante zéros, il serait stérile.

Un réglage d’une précision « comparable à celle que devrait montrer un archer pour planter une flèche dans une cible carrée d’un centimètre de côté (…) à une distance de quelques 14 milliards années-lumière. » (Ibid. p.43).

Hasard ou nécessité ?

Ces calculs étant faits, l’alternative est la suivante : ce réglage est-il dû au hasard ou à la nécessité ?

Si l’on invoque le hasard, l’infinie improbabilité de notre univers rend impensable qu’il soit le seul à exister. Il faut postuler l’existence de tous (ou presque) les univers possibles, parmi lesquels l’un abrite par hasard la conscience. « Si on joue à la loterie une infinité de fois, on finit invariablement par décrocher le gros lot. » (Ibid. p. 46). Des modèles explorent cette direction. Ainsi celui des « Univers bulles » d’Andreï Linde : « notre monde ne serait qu’une petite bulle dans un méta-univers composé d’une infinité d’autres bulles qui n’abriteraient pas la conscience. » (Ibid.).

Une voie que Trinh Xuan Thuan répugne à suivre. D’abord parce que, dit-il, le fait que ces univers soient « inaccessibles à l’observation, et donc invérifiables, fait violence à ma sensibilité d’observateur de l’univers. »(Ibid. p.48). Ensuite, par principe d’économie : « pourquoi faire compliqué si on peut faire simple ? Pourquoi créer une infinité d’univers infertiles juste pour en avoir un qui soit conscient de lui-même ? » (Ibid. p.48 et 49).

Dieu personnel ou principe panthéiste ?

Enfin, reprenant un argument classique de la théologie naturelle, il ne peut « concevoir que toute la beauté, l’harmonie et l’unité du monde »(Ibid. p. 49)soient dues à la seule chance.

Du pari que seul existe l’univers réglé comme pour accueillir la conscience, Trinh Xuan Thuan est naturellement conduit à postuler « quelque chose » pour le régler : un principe conscient « a voulu créer un univers qui possède un observateur. » (Ibid. p.51)

Bouddhiste, Trinh Xuan Thuan penche, comme Einstein, pour un principe impersonnel panthéiste. Mais note qu’un Dieu personnel n’offusquerait pas non plus la raison.

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