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Le foot cetait mieux avant

Le foot cetait mieux avant

Paolo Rossi, Franco Baresi, Zvonimir Boban, Roger Milla et consorts sont unanimes : le foot, c’était mieux avant ! Du moins sur le plan de l’état d’esprit

Le site sportif russe Sportbox.ru propose depuis quelques semaines des interviews des grands noms du football mondial, de Pelé à Zidane. Tous plus intéressants les uns que les autres, ces entretiens témoignent d’un état d’esprit qui se fait rare dans le football actuel.

Interrogées sur l’évolution de leur sport favori, la plupart des gloires du passé (proche ou plus lointain) s’accordent à dire qu’elle n’est ni totalement positive, ni totalement négative. Zvonimir Boban, qui a joué à une époque charnière (de 1985 à 2002), considère qu’il a eu « la chance d’assister à la transformation du football, passé de quelque chose qui s’apparente à de la production artisanale, à un véritable business ».

Une évolution en demi-teinte

Le constat général, c’est que le football a gagné en vitesse et en puissance. Tostao n’est d’ailleurs pas sûr qu’il aurait eu sa place dans le football moderne. « Je n’étais pas très rapide et n’avais pas une force physique hors du commun », déclare l’un des artisans de l’éclatante victoire du Brésil à la Coupe du monde1970.

Tous insistent aussi sur le fait que les joueurs d’aujourd’hui sont beaucoup plus suivis que ceux d’hier. Par les médias et le public, bien sûr, mais aussi, comme l’explique Roger Milla, par des spécialistes de toutes sortes : entraineurs de fitness, diététiciens, psychologues… « Avant, les joueurs devaient se prendre en main », conclut le Camerounais, qui se montre assez amer quant au passé. Il se souvient notamment de sa première saison à Valenciennes, en 1977 : « cette année-là, j’avais été élu meilleur joueur en Afrique, et le club n’avait même pas été capable de me fournir un toit décent ». On est loin du star-système actuel…

L’ancien buteur du Bayern et de la sélection ouest-allemande Karl-Heinz Rummenigge analyse, lui, l’évolution du statut des footballeurs avec un peu moins de rancœur : «nous vivons aujourd’hui une époque idéale pour les footballeurs : leur sport n’a jamais suscité autant d’intérêt et n’a jamais rapporté autant d’argent que maintenant».

Des sommes extravagantes mais justifiées

Au sujet de l’argent, justement, tous les joueurs interrogés mettent un point d’honneur à ne pas regretter leurs salaires très peu élevés, si on les compare, bien sur, à ceux d’aujourd’hui. Boban analyse la “flambée des prix” des footballeurs de la plus simple des façons : « C’est une question d’offre et de demande. Prenez un travailleur qui se lève à cinq heures tous les matins. Il n’en fait pas moins, voire même plus, que les footballeurs. Mais malheureusement, il ne rassemblera jamais des milliers de personnes dans un stade et des millions devant leur téléviseur. De leur coté, les sportifs doivent faire preuve de respect vis-à-vis de ces gens qui n’ont pas eu la même chance qu’eux ».

Pour Tostao, le fait que l’argent domine le football conduit tous les joueurs à aller vers les clubs les plus riches, contribuant à uniformiser ce sport : «dans tous les pays on joue le même football, dans lequel un milieu de terrain sait courir et bloquer son adversaire, mais ne sait pas réaliser une passe appliquée».

Un avis qui résume celui de la plupart de ces légendes du passé. Si ces derniers disent comprendre que les footballeurs d’aujourd’hui gagnent beaucoup d’argent (quand ils sont vraiment de très bons joueurs), ils partagent néanmoins le même point de vue : le football aujourd’hui est surement plus médiatisé, mieux payé, plus rapide, plus physique… Mais il manque cruellement de passion, d’intelligence de jeu, et de valeurs.

Zidane ne demandera jamais pardon à Materazzi, Rossi ne prendra jamais un taxi au Brésil

Au rayon “petites phrases”, citons Romario et sa légendaire humilité. Le héros de la Coupe du monde 1994 estime en toute simplicité qu’il est «le meilleur joueur brésilien après Pelé». On notera aussi que Zinedine Zidane, interrogé sur ce qu’il aimerait changer à sa carrière s’il pouvait revenir en arrière, déclare qu’il «aurait voulu jouer à Marseille», et qu’il regrette d’avoir quitté de cette façon la scène internationale, tout en précisant qu’il «ne demandera jamais pardon à Marco Materazzi».

Interrogé sur les meilleurs souvenirs qu’il garde de sa carrière, Rummenigge, en bon bourreau des Français, évoque la finale de Glasgow en 1976 entre le Bayern et St-Etienne, et la demi-finale de Séville entre la France et la RFA !

Enfin, la meilleure anecdote de cette série d’interviews est sans doute celle que nous raconte Paolo Rossi, qui explique qu’aujourd’hui encore, au Brésil, les taxis refusent de le prendre à leur bord! Un résidu de rage qui date de la Coupe du monde 1982, lorsque le buteur italien avait, d’un triplé, barré la route des demi-finales à la Seleçao.

Paolo Rossi résume par ailleurs idéalement l’évolution qu’a connu le football au cours de ces trente dernières années : «il y avait de mon temps beaucoup de choses positives qui ont disparu, et beaucoup de négatives qui se sont améliorées. Aujourd’hui les équipes sont beaucoup mieux organisées tactiquement, mieux préparées physiquement, et par conséquent le jeu est devenu plus rapide et intense. Mais j’ai l’impression que les sportifs d’aujourd’hui sont moins passionnés. La distance entre les footballeurs et les gens ordinaires s’est accentuée».

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