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Le Double Down de KFC le sandwich de trop

Le Double Down de KFC le sandwich de trop

L’industrie du fast-food est-elle allée trop loin en commercialisant son dernier sandwich, le « Double Down » ?

L’activité in du moment, lorsque l’on est un journaliste américain en manque de sensations fortes, est d’essayer la dernière arme fatale culinaire de la chaîne KFC (Kentucky Fried Chicken). Son petit nom : le « Double Down ». Une véritable bombe calorique totalement « innovante », selon la marque. Pourquoi ? Pas de pain, mais, au lieu de ça, deux tranches de poulet panées qui renferment grassement du bacon, de la mayonnaise et des tranches de fromage fondues.

La vente de ce « sandwich qui tue » (1) depuis le 1er avril dernier a lancé un débat au sein des médias américains : jusqu’où le marketing doit-il aller pour proposer de nouveaux produits aux consommateurs américains, et existe-t-il un seuil que la décence impose de ne pas dépasser en matière de junk food (malbouffe) ?

Le Double Down : un seul suffit

Le spot publicitaire vantant les mérites du Double Down mérite d’être visionné. Des hommes jeunes et visiblement sportifs (donc capables de compenser l’apport calorique impressionnant du « sandwich »…) se plaignent d’une petite voix frustrée. Il leur faut habituellement engloutir non pas un mais bien deux sandwichs au poulet pour se sentir rassasiés ! L’un deux s’exclame : « Donnez-nous un VRAI sandwich au poulet ! » Traduction : donnez-nous un sandwich tellement bourratif qu’un seul suffira à rassasier nos appétits gargantuesques.

Ce vœu, KFC l’a exaucé en beauté en créant le Double Down. Une belle réussite que l’un des jeunes hommes de la publicité salue en lançant un « Merci ! Enfin quelqu’un l’a fait ! » Et d’ajouter, avec un sourire béat : « Il y a tellement de viande qu’il n’y a pas de place pour du pain ! » (It’s so meaty, there’s no room for a bun !) Pour sûr. La photo du sandwich en question parle d’elle-même.

Des dégustation de Double Down pour les journalistes

Les rédactions des plus grands médias nationaux ont organisé des dégustations de Double Down pour leurs équipes afin de pouvoir produire des reportages in situ sur le sujet. Vaillamment, comme tout bon journaliste qui connaît l’importance du terrain, les reporters du New-York Times, de l’Huffington Post ou du Los Angeles Times sont allés se fournir en matière première du côté de chez KFC. Une plongée au cœur de la malbouffe et de l’univers sans limite des fast-foods.

Il semble donc que tout le monde veuille goûter le Double Down pour mieux le détester, l’abhorrer, crier au scandale et, à travers lui, critiquer ce que certains aux États-Unis perçoivent comme l’indécence culinaire de trop.

En effet, les critiques scandalisées concernant le petit dernier de KFC ne manquent pas : « Un repas dégoutant, à éviter absolument » (New-York Times) ; « Le sandwich qui vous tuera tous » (Huffington Post) ; ou encore la suspicion d’un complot d’Al Qaeda, dont le but serait d’anéantir un maximum d’Américains en leur faisant ingérer ledit sandwich (la radio NPR)…

L’indécence culinaire de trop ?

Il faut dire que le Double Down vaut son pesant de calories. Cette orgie de viande contient 540 kilocalories, 32 grammes de graisse et 1 380 mg de sodium (sel). Impressionnant certes, mais finalement dans la « moyenne » de ses concurrents directs, puisque les Big Mac et autres hamburgers contiennent en règle générale entre 550 et 800 kilocalories. Le champion toute catégorie restant le Double Whopper de Burger King qui avoisine les 1 000 calories en un seul sandwich…

Si ce sandwich se trouve être dans la moyenne, comment se fait-il qu’il ait déclenché un tel scandale ? Mark Morford, journaliste au Huffington Post, résume assez bien les raisons de cette levée générale de boucliers. Il s’interroge : « Mais qui donc êtes-vous monsieur KFC ? Qui êtes-vous pour avoir donné votre accord à la vente de ce produit dégoûtant sur le marché simplement parce que les résultats des tests marketing promettaient une affaire bien juteuse ? Vous qui ne vous sentez pas concerné par le fait de rendre notre pays toujours plus obèse et malade ? »

Michelle Obama en guerre contre l’obésité des enfants

Le journaliste fait également référence au combat que mène Michelle Obama contre l’obésité des enfants depuis le début du mandat de son mari. C’est une tradition, chaque Première dame choisit une cause pour laquelle elle œuvre, réunit des fonds, et met en place des actions pendant toute la durée du mandat de son présidentiel époux. M

ichelle a déclaré qu’elle voulait « mettre fin au problème endémique de l’obésité infantile », et ce, en une vingtaine d’années. Son programme a pour nom « Let’s move ! » (« Bougeons ! »), et il s’agit en fait de l’équivalent de notre « mangez cinq fruits et légumes par jours » national. Un combat loin d’être gagné, puisque beaucoup de journaux ou groupes d’intérêts conservateurs tels que le National Review ont expliqué que s’il s’agissait bien d’un problème national grave, ce n’était pas à l’État de dire aux Américains comment élever et nourrir leurs enfants.

Une cause perdue ?

Une enquête révélée par la chaine CBS en janvier 2010 explique néanmoins que la réduction de l’obésité sera un enjeu majeur du XXIe siècle aux États-Unis. Ce phénomène aurait triplé chez les enfants au cours des trente dernières années, et deux tiers des Américains seraient soit obèses, soit en surpoids (cela concerne près de 190 millions d’individus sur un total d’environ 300 millions). Des chiffres qui semblent légitimer la cause choisie par Michelle Obama.

Beaucoup estiment cependant qu’il s’agit d’une cause perdue, l’industrie dufast-food étant très puissante et basée sur un marketing de promotion d’une nourriture toujours plus grasse et malsaine. Sans compter que le Congrès n’a encore jamais passé aucune loi pour tenter d’enrayer ou même de contrôler ce phénomène. En somme, les Double Down, Double Whopper et autres Big Mac ont encore de beaux jours devant eux, et ce, malgré l’indignation suscitée au sein de la communauté journalistique américaine.

(1) Mathieu Delinger, Libération

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