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Le desert un portrait de lOuest americain

Le desert un portrait de lOuest americain

L’éditeur Le Mot et le Reste a publié au mois de février un étonnant essai datant de 1901 dédié aux étendues désertiques du sud-ouest des Etats-Unis.

C’est un livre qui pourrait facilement tenir lieu de vademecumpour toute personne sur le point de visiter les déserts du sud-ouest des Etats-Unis. Le bien nommé Le désert, publié en 1901, a été édité en français au début de l’année chez Le Mot et le Reste. L’éditeur a d’ailleurs fait un travail soigné, avec postface, glossaire, chronologie et notes évoquant la manière dont l’auteur a travaillé.

Le désert est le fruit de deux ans d’exploration de ces régions par son auteur, John C. Van Dyke, et fourmille de descriptions précises sur à peu près tous les aspects du désert, chacun se voyant dédier un chapitre : formation des canyons et des cuvettes, l’air, le ciel, la lumière, les couleurs, la faune, la flore (pardon : « Cactus et sarcobate vermiculé ») , etc. C’est typiquement le genre d’ouvrage que l’on glisse dans son sac à dos en arpentant l’Arizona ou le désert de Mojave.

Pourtant, Le désert n’est pas l’œuvre d’un scientifique. John Charles Van Dyke est né en 1856 dans le New Jersey. Il n’est ni géologue, ni zoologue, ni biologiste, ni météorologue. C’est un juriste de formation, qui a suivi ses études à New York et qui est devenu spécialiste… de beaux arts et de peinture !

Documentaire et poésie

Mais celui-ci découvre assez tôt l’Ouest américain, en 1868, quand sa famille s’installe dans le Minnesota. Il explore ensuite, entre 1898 et 1901, le Colorado, le Montana, la Californie et l’Arizona. Il tombe ainsi sous le charme de ces régions arides et minérales que peu de gens connaissent à l’époque. Son livre en est donc une véritable présentation, essentiellement descriptive. Il s’est beaucoup documenté sur les aspects scientifiques, mais le livre n’est en rien un pensum universitaire. La fascination de l’auteur pour la région est palpable.

En fait, Van Dyke met toute sa connaissance et surtout sa sensibilité d’amateur de peinture pour rendre en mots les couleurs et la matière de la terre, du ciel et des nuages. L’exercice est donc à la croisée du documentaire et de la poésie, ce qui en fait un objet étrange, très agréable à lire mais un peu mystérieux. D’autant que, curieusement, Van Dyke donne très peu d’indications de lieu. On ne sait pas exactement où il est allé, ni comment, s’il était seul ou accompagné d’un guide.

Dans son texte, il mentionne parfois les déserts de Mojave et de Sonora, le Grand Canyon ou le Bassin de Salton. Mais il utilise le plus souvent l’expression « désert du Colorado » . Cette appellation ne peut cependant pas recouvrir uniquement l’Etat du Colorado (qui est en bonne partie occupé par les Montagnes rocheuses). Il semble qu’il veuille plutôt parler du « plateau du Colorado », région géologique de grès rouge qui englobe les Etats du Colorado, de l’Utah et de l’Arizona.

“Nature writing”

Le désert pourrait prétendre à la catégorie littéraire typiquement américaine du « nature writing ». Mais contrairement aux récits de Edward Abbey, Doug Peacock, Rick Bass ou Rob Schultheiss pour ne citer qu’eux, il y manque la dimension narrative, voire biographique. Il y manque aussi le récit de l’expérience intime de l’auteur avec son sujet.

Il faudrait en fait presque y voir un livre « mode d’emploi ». Sans être un guide de voyage, loin de là, ni un manuel, Le désert est presque un exercice de style censé apprendre au lecteur du début du 20e siècle le B-A Ba du désert : pourquoi il existe, ce que l’on y trouve et ce que l’on y voit.

Pourtant, Van Dyke ne s’en tient pas aux seules données de base. Il dénonce, déjà, les activités humaines, les dégâts de l’implantation des hommes dans ces régions, l’exploitation des ressources naturelles qui mettent an danger le désert américain, écosystème fragile s’il en est. En ce sens, son livre rejoint parfaitement les écrits d’Edward Abbey, parus plus de 60 ans plus tard. Ce qui en fait un ouvrage d’une précieuse modernité.

John C. Van Dyke, Le désert, Le Mot et le Reste, 176 pages

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