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Larchitecture japonaise un monde tres codifie

Larchitecture japonaise un monde tres codifie

Sur le modèle des maisons de thé, les habitations japonaises répondent à des principes de construction et de décoration précis.

La maison traditionnelle japonaise se présente comme un espace labyrinthique qui s’enroule sur lui-même autour d’un centre invisible, la structure cachée. Elle se compose d’une alternance de pleins et de vides, de transparence et d’opacité.

La nature des objets qu’elle renferme offre moins d’importance que les relations qui sont tissées entre eux.

Fragmentée et sectionnée, dès la façade, par des avancées et des retraits ou des effets de matières qui s’opposent, la maison japonaise est depuis longtemps la source d’inspiration de l’architecture contemporaine.

De nombreux architectes occidentaux comme Frank Lloyd Wright ou Charlotte Perriand ont essayé d’exporter ses grands principes au début du XXe siècle. Son esprit offre à nos maisons, espaces fermés et clos qui ont bien des difficultés à se départir de leurs principes conservateurs, une ouverture bénéfique sur l’extérieur.

Un monde à l’envers

Contrairement à l’architecture occidentale, l’architecture japonaise met l’accent sur le vide et non le plein. Le vide au Japon, c’est l’attente du dieu.

Dans les rituels shintoïstes primitifs, l’endroit de la venue des dieux est représenté par quatre poteaux, avec au centre, une colonne qui abrite le dieu, une corde peut joindre les quatre poteaux et clore l’espace. L’étendue visuellement vide devient une aide sacrée et les murs de la maison enferment le vide comme cette corde sacrée.

L’espace japonais n’a pas de centre. Il est simplement composé d’une alternance de pleins et de vides traversés sans cesse par l’immobilité et le silence. C’est la notion d’intervalle, d’espacement, de blanc, de repos, de pause et d’ouverture, définie par la notion de Ma qui régit l’espace intérieur. Pour un architecte, le Ma, c’est à la fois l’espace, le temps et la fusion des deux, la pièce elle-même.

Au Japon, ce n’est pas la lumière qui provoque la sensation d’espace mais l’obscurité. Le Ma est soutenue par l’obscurité absolue.

La répartition des espaces dans une maison se fait selon un savant emboîtement de micro-espaces. Dans les gravures anciennes, l’intérieur des maisons est représenté par une suite de plans sans profondeur, en deux dimensions, avec un assemblage de surface frontales et abstraites et non comme des volumes.

Une décoration épurée

Les maisons japonaises traditionnelles en bois sont très sobrement meublées avec des éléments de décoration réduits à l’essentiel.

Tables basses, commodes pour le rangement des kimonos et de la literie, coffres et meubles d’office composent l’essentiel du mobilier sans oublier les tatamis qui servent de support de couchage ou de tapis pour les repas et les réceptions.

La pièce unique de vie, le jour, devient la nuit, une chambre par un savant jeu de cloisons et parois coulissantes qui offrent une économie de moyens et d’expression.

Le shôji ou paravent permet de séparer les espaces et de les recomposer à loisir.

La parcimonie du mobilier est aussi liée à l’origine du pays qui fut longtemps soumis aux déménagements successifs, conséquents aux problèmes sismiques et aux incendies.

Côté déco, alors qu’en Occident on préfère un passage graduel d’une matière à l’autre, d’une couleur à l’autre, au Japon, on juxtapose volontairement les qualités contraires des matériaux et des objets pour les mettre en valeur par confrontation.

La pierre lisse et luisante s’oppose à la texture mate et rugueuse du bois.

Par déduction, la redondance et l’esprit de collection n’est pas usité. Par exemple, si on met une fleur vivante, on ne peut accrocher un tableau représentant un bouquet. Une tasse en émail noir ne doit pas voisiner avec une boîte à thé en laque de même couleur. Ces règles d’esthétique concourent à donner à l’intérieur une grande légèreté et une simplicité épurée

Un monde des contraires

En relation avec l’extérieur, la maison japonaise accompagnée de son jardin ou shakkui qui signifie littéralement « capturer vivant » et sa véranda sunoko dessinent un monde ambigu ou deux univers se frôlent. Aux lignes souples et flottantes du paysage environnant s’opposent les lignes effilées et angulaires de l’habitation.

L’extérieur pénètre dans l’intérieur avec une impression changeante d’émotions comme dans le théâtre fait de jeux de mots aux sens et associations multiples et qui crée le trouble

Très ouverte vers l’extérieur, la maison japonaise profite de l’espace virtuel, du dehors. Le jardin souvent plus grand et étendu que l’habitation fait partie de la maison en tant qu’extension de l’espace. Le sentiment de la nature se reflète aussi dans l’espace architectural.

Les jeux de surface sont courants avec des superpositions de matières légères comme le papier du shôji translucide sur plusieurs épaisseurs qui concourt à composer un espace ambigu, où l’on aperçoit des vestiges de l’ombre avec des variations momentanées et éphémères.

Une adaptation actuelle

Des architectes actuels français, comme Frank Salama, s’inspirent des maisons japonaises pour améliorer le confort de nos maisons contemporaines et occidentales.

Frank Salama a imaginé, tout près de Paris, des lieux baignés par des jeux d’ombre et de lumière indirects très différents en fonction des moments de la journée, avec des reflets et couleurs qui animent l’espace de façon poétique.

Le principe du patio lui permet de créer un espace jardin qui rentre dans la maison et de restituer la sensibilité et l’émotion de l’habitation japonaise qui évolue au cours de la journée en fonction du mouvement de la lumière et des saisons.

Les couleurs évoluent tout au long de la journée. La maison est très différente du matin au soir. C’est à la fois un travail artistique et scientifique puisque que la lumière est un phénomène physique.

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