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La societe americaine dans les films Disney Partie 1

La societe americaine dans les films Disney Partie 1

3e volet sur le soft power américain, à travers lequel la diffusion de l’American Way of Life et de l’idéologie américaine par les Disney sera analysée.

Walt Disney a, pendant la Deuxième Guerre mondiale, participé à la propagande anti-nazie. Des courts métrages animés comme Out of the frying pan into the firing line (1942), Donald Duck in Der Fuerher’s Face (1942) ou Education for Death (1943) en sont de bons exemples. Si la propagande a pour but principal de diffuser une idée, un film d’animation grand public, à l’instar des classiques Disney comme Blanche-Neige et les Sept Nains, Pinocchio, Alice aux Pays des Merveilles, Peter Pan, et tant d’autres, n’a pas cette visée première.

Pourtant, consciemment ou non, les studios Disney semblent diffuser un certain mode de vie et une certains mentalité, américains. Les films qui seront abordés ici, sont les grands classiques Disney, qui ont été réalisés avant les années 1970, c’est-à-dire la période où c’est Walt Disney, le fondateur des studios éponymes, qui dirige la réalisation. Cette période, qui correspond à ce que l’économiste français Jean Fourastié a appelé les Trente Glorieuses (qui ont commencé dès les années 1930 aux Etats-Unis), est intéressante à étudier, car l’image que nous nous faisons des Etats-Unis vient principalement de cette période, car c’est après la guerre que l’American Way of life s’est exporté massivement vers l’Europe.

Les films d’animation Disney dans la Guerre Froide

La Guerre Froide est une guerre idéologique, opposant indirectement entre 1947 et 1991 un bloc, dominé par les Etats-Unis, et un autre dominé par l’URSS. Aux Etats-Unis, cette guerre est marquée, surtout pendant les années 1950, par un anti-communisme aigu, dont le point d’orgue sera la chasse aux sorcières lancée par le sénateur McCarthy contre les communistes aux Etats-Unis. On pourrait voir dans les films Disney de l’époque la participation de Walt Disney au Maccarthysme.

Le manichéisme présent chez Disney pourrait en être un exemple. En effet, dans ses films d’animation, les Gentils et les Méchants s’opposent, c’est le combat du Bien contre le Mal de la même manière que, du point de vue américain, les Etats-Unis étaient en lutte contre l’URSS et le Communisme.

Par ailleurs, un certain nombre de méchants chez Disney revêtent du rouge. Cette couleur que l’on associe traditionnellement au mal, prend une toute autre dimension dans le cadre de la Guerre Froide, lorsque l’on sait que le rouge est la couleur du Communisme, que l’on retrouve sur le drapeau soviétique notamment. Ainsi, Cruella d’Enfer dans Les 101 dalmatiens porte du rouge à lèvre et du vernis rouges, la Reine de Cœur dans Alice au Pays des Merveilles est vêtue de rouge, la pomme empoisonnée dans Blanche-Neige et les Sept Nains est une pomme rouge.

Le personnage qui peut apparaître comme le plus significatif de ce point de vue est le Capitaine Crochet. Car si non seulement il porte un long manteau rouge, ce dernier arbore également un crochet à la place de la main gauche, qui peut rappeler la faucille, un des symboles du Communisme, que l’on retrouve sur le drapeau de l’URSS.

Les dessins animés Disney en pourfendeurs de la Démocratie

On peut voir un certain attachement à la Démocratie, à travers la critique de la tyrannie, dans le personnage de la Reine de Cœur, dans Alice au Pays des Merveilles. En plus d’être vêtue de rouge, elle fait preuve d’un comportement que l’on peut qualifier de tyrannique : « Tous les moyens sont à moi », « Je suis la loi ». Cette monarchie absolue, dans laquelle la Reine a le pouvoir de vie et de mort sur ses sujets (« Qu’on lui coupe la tête ! »), est évidemment contraires aux idéaux démocratiques américains, décrits par Alexis de Tocqueville.

Ce philosophe français du XIXe siècle, dans De la Démocratie en Amérique (1835), étudie la société américaine de l’époque et ses institutions. Selon lui, à la différence de l’Europe, la société américaine est démocratique, de par sa forme non pyramidale, mais en losange. A l’extrémité inférieure, une minorité de pauvre, à l’extrémité supérieure, on trouve une minorité de riches, et entre les deux, la majorité de la population, faisant partie des classes moyennes. La moyennisation de la société (c’est-à-dire l’importance des classes moyennes) est toujours caractéristique des Etats-Unis au XXe siècle.

On retrouve cette moyennisation, c’est-à-dire aussi une homogénéisation de la société, dans les Disney. Ainsi, dans Alice au Pays des Merveilles, les jumeaux Teedle Dee et Teedle Dum (Bonnet Blanc et Blanc Bonnet dans la version française), à l’instar des 101 dalmatiens, qui sont nombreux et semblables, peuvent faire référence à la moyennisation de la société américaine. Par ailleurs, les Sept Nains, de par cette même homogénéité, et de par leurs trajets quotidiens entre leur travail à la mine, et leur domicile (qui peut faire penser à ces petites maisons des banlieues résidentielles, habitées par les classes moyennes) peuvent y faire également penser.

Disney et l’esprit du capitalisme

De nombreux auteurs, comme Alexandre Bohas, ont fait le lien entre la firme Disney et le capitalisme. Cependant, ce mode de production peut être retrouvé dans les dessins animés eux-mêmes.

En anglais, une expression existe : from rags to riches, ce qui signifie littéralement partir de haillons (comme ceux que portent Cendrillon) vers la richesse. C’est en somme la logique qui sous-tend l’American Dream, et représente les parcours, assez semblables, de Cendrillon et de Blanche-Neige, qui toutes deux faisaient le ménage chez leur belle-mère, avant de se marier avec un prince, et de vivre dans un château. D’ailleurs, ces châteaux sont tellement grands qu’ils pourraient faire penser à des gratte-ciels.

D’autre part, la valeur travail des classes moyennes, représentée notamment par les Sept Nains, est fondamentale dans le capitalisme américain. Elle est associée à la propriété (comme par exemple les pavillons des banlieue). C’est ainsi que le Prince Jean dans Robin des Bois, aussi appelé Jean Sans Terre, est un méchant, alors qu’il est, comme son surnom l’indique, sans terre, et donc par extension, sans propriété.

Il y a autre chose de caractéristique chez les Sept Nains ; en effet, leur travail à la mine est organisé. Ce travail est à la chaîne, de telle sorte que chaque nain a une tâche propre (piocher la roche, ramasser les diamants, les transporter hors de la mine). Cette organisation scientifique du travail (OST) fait partie du modèle américain, car c’est l’industriel Henry Ford qui dans les années 1920 l’a mis en pratique.

(suite)

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