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La mutation du joueur de football

La mutation du joueur de football

La redynamisation de l’économie du football grâce à l’apport massif de fonds étrangers, a engendré une nouvelle donne, la transformation du footballeur.

L’apport financier substantiel des nouveaux propriétaires de clubs qui promettent aux supporteurs des politiques sportives ambitieuses, a redéfinit les contours d’un sport, privilégiant des changements d’effectifs qui ne respectent pas la sociologie des clubs de football. Et ce phénomène économique va jusqu’à mettre en péril les représentations sociales et le sens du football, et demeure en contradiction totale avec l’essence même du football, «aller voir son équipe jouer».

La redéfinition du footballeur et perception nouvelle

Si les supporteurs historiques ont été les premières victimes du football business, avec la création d’un supporteur transgénique et transnational, fruit de la passion entre les financiers et les diffuseurs. Le rachat des clubs européens par des fonds étrangers a également favorisé la mutation d’un autre acteur essentiel du football, le footballeur. A travers les décennies de libéralisation excessive et de globalisation, la condition et la perception du joueur de football a évolué.

En 1995, l’Arrêt Bosman donnait déjà un coup d’accélérateur à l’internationalisation des clubs, avec la libre circulation des joueurs communautaires dans l‘Union Européenne, faussant ainsi les représentations locales des clubs. Cette décision de la Cour Européenne de Justice a considérablement modifié le statut des joueurs, sacrifiant le footballeur historique sur l’hôtel du foot business, au profit d’un footballeur produit que les clubs s’échangent comme une marchandise.

Depuis son rachat en 2011 par un fond d’investissement souverain qatari, le PSG investit de façon spectaculaire sur le marché des transferts et renfloue son effectif star avec des joueurs en provenance du monde entier. Et en juillet 2012, le club parisien va jusqu’à inventer le concept du “footballeur otage”. Vendu à l’insu de son plein gré et trahit par la parole du directeur général du Milan AC, Adriano Galliani, le suédois Zlatan Ibrahimovic atterrit dans le club de la capitale par défaut.

Sur le marché des transferts, les footballeurs s’apparentent désormais à de simple marchandises, que l’on vend et que l’on achète suivant le cours de la bourse. Grand adepte de ce système, le PSG n’a donc pas hésité à sacrifier le brésilien Nene, revendu au club d’Al- Gharafa sans son consentement. Le club parisien s’engouffre ainsi dans cette brèche du football à rentabilité immédiate avec “des footballeurs volants”. Et avec le transfert de David Beckam, le PSG s’offre les services d’un faire valoir économique, venu stimuler la caravane publicitaire et les ventes de maillot. Ce statut de footballeur de la mi- temps entame sérieusement le creuset identitaire du club et sa crédibilité sportive. A l’image du contrat expéditif de cinq mois du joueur anglais, le football business crée des footballeurs jetables et interchangeables, sans ancrage avec le club, son histoire et ses valeurs.

Le footballeur historique, fidélité, engagement social et sportif

Mais le football peut encore offrir quelques contre exemple rassurants. Dans certains clubs, le rôle du footballeur dépasse largement le cadre sportif. Il s’inscrit dans une véritable dimension sociale. Ce phénomène s’observe surtout au sein du championnat italien, le Calcio. Le joueur n’est pas envisagé comme un simple joueur avec une limite de validité paraphée sur son contrat. Il est au contraire un véritable ambassadeur et un rouage essentiel dans le fonctionnement du club. C’est le joueur qui s’adapte à son club et non l’inverse.

Le footballeur historique est le représentant d’une culture footballistique et d‘une histoire. Dans le Calcio, les exemples de ces joueurs qui ont marqué de leur empreinte l’histoire d’un club sont nombreux, Francesco Totti à la Roma, Paolo Maldini au Milan AC, ou encore Alessandro Del Piero, à la Juventus Turin demeurent des garde fous dans un football en perdition. Gage de l’identité, les supporteurs se reconnaissent dans leur parcours, et dans leur attachement au club. En Italie, il n’est pas rare que des joueurs tissent des liens indéfectibles avec une partie des supporteurs. A la Roma, Daniele De Rossi est devenu une référence, le symbole du club, et le défenseur des droits des supporteurs. Son attachement est tel qu’il a juré fidélité à son club formateur. Et malgré les propositions mirobolantes et récurrentes du Real Madrid, le joueur n’a jamais voulu changé de galaxie.

Les contre footballeurs, animés d’un dégoût du système

Et pourtant la Liga demeure encore aujourd’hui pour certains, le championnat de référence en Europe avec ses deux clubs phares le Real Madrid et le FC Barcelone. Mais l’arrivée de Florentino Perez en 2000 à la tête du club madrilène a déplacé le curseur identitaire et la Liga a changé de visage. Le Real Madrid alors vitrine du pouvoir central explose sous le poids des joueurs galactiques internationaux, reléguant au second plan les joueurs référents et historiques du Real comme Raul, Morientes ou Hierro. Devant cette désertion des politiques sportives au profit des revenus marketing, des footballeurs en rupture avec ce nouvel ordre footballistique, s‘inscrivent sous d’autres cieux et quittent ce monde du football «où tout n’est qu’argent». A l’image de l’ex défenseur du Sporting Gijón Javi Poves, le geste du “footballeur révolté” est significatif et courageux, mais reste marginal dans un football où la primauté de la rentabilité sur le défi sportif devient la norme.

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