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La France et lAlgerie au XIXe siecle La resistance des troupes de lemir Abdel Kader

La France et lAlgerie au XIXe siecle La resistance des troupes de lemir Abdel Kader

1830 : l’affaire du « coup d’éventail » déclenche le débarquement des Français à Alger. Abd-el Kader résiste et déclare la guerre à la France.

En 1794, la France révolutionnaire est attaquée de tout côtés par les monarchies européennes coalisées. Elle est en grande difficulté et parvient mal à nourrir civils et militaires. A cette époque, les relations sont excellentes entre la Convention et le dey Hussein d’Alger. Celui-ci propose spontanément du blé et des prêts en argent à taux zéro. Mais, par suite de différends internes et de conflits politiques, la dette n’est pas honorée. La France étant redevenue royaliste, la première excuse est la bonne c’est « l’affaire du coup d’éventail1 » au consul de France à Alger, prétexte pour que, le 18 Mai 1830, 3 7000 hommes de troupe envahissent la région d’Alger. La capitulation est obtenue un an après.

La résistance s’organise

La France se heurte alors à un groupe de résistants conduit par un émir (Abd-el Kader) associé aux tribus berbères de Kabylie. Malgré les négociations, l’Émir déclare officiellement la guerre (1839), quatre ans après le traité de la Tafna signé avec le général Bugeaud, commandant de la région militaire d’Oran.

Une première reddition de l’Émir a lieu en 1843, qui voit la confiscation de sa Smala (ville itinérante) et de ses biens propres. Encore quelques soubresauts de guerilla et c’est, en 1847, la reddition définitive et l’abandon des hostilités. L’Émir se rend au général Lamoricière ; il est expulsé du Maroc où il s’était réfugié, et déporté vers la France : Toulon, Pau puis Amboise. Seules, quelques tribus de Kabylie resteront agitées jusqu’en 1870, sans empêcher la conquête de s’étendre jusqu’au grand désert. La « Mission de Pacification » s’achève. La Métropole exsangue envoie vers ces territoires nouveaux et vierges tous ceux dont elle veut se débarrasser.

De cruelles exactions

Si cette conquête fut longue et difficile, elle fut surtout particulièrement violente. D’après le démographe R. Ricoux, elle s’est soldée par la disparition de «plus d’un million» de civils autochtones (1/3 de la population) ! Des méthodes horribles ont été utilisées par l’armée française qui n’ont rien à envier aux exactions nazies ni aux génocides que l’histoire a pu enregistrer : les« enfumades 2» répétées réalisées sans vergogne par les sbires du général Bugeaud, les massacres des prisonniers, militaires et civils de tous âges, les viols, les razzia diverses… sans compter la destruction systématique des cultures et du cheptel… J’invoque le devoir de mémoire !

La colonisation a essentiellement permis la mise en place d’une « colonie de peuplement », la création d’un creuset, véritable patrie d’accueil pour des milliers de méditerranéens et de citoyens de l’Europe plus lointaine : Espagnols, Maltais, Italiens, Alsaciens-Lorrains…

Mais qui était Abd-el Kader ?

C’était un émir algérien au parcours unique. Homme de guerre résistant à l’assaillant français, homme de cheval (en témoignent les Dialogues sur l’hippologie arabe écrit avec le général Daumas), homme de lettres, écrivain et philosophe, diplomate, religieux très haut placé dans la hiérarchie ecclésiastique, pratiquant le soufisme le plus pur. Il fut un véritable pont entre l’Orient et l’Occident moderne de son temps. Surtout, ce qui frappe tous les chercheurs qui se sont penchés sur cette personnalité haute en couleur, c’est son éclectisme. Ce fut un homme de grande culture dont on peut admirer la profondeur.

…« Les mauvais esprits n’entrent pas dans la tente où se trouve un cheval de race » (Abd-el Kader)

1 La raison invoquée pour l’invasion est un incident diplomatique assez mal élucidé entre le représentant français, le consul Pierre Deval, au caractère arrogant,et le dey d’Alger Hussein, assez agacé de la mauvaise volonté des Français. Hussein l’aurait frappé de son éventail (version française), l’aurait frôlé de son éventail en lui désignant la sortie (version algérienne). Une des raisons de la mauvaise volonté française était la piraterie barbaresque qui infestait la Méditerranée depuis trois siècles…

2 Les insurgés arabes se réfugiaient souvent dans des grottes. S’ils refusaient de se rendre, les Français en bloquaient les issues après avoir allumé des feux qui asphyxiaient les occupants de la grotte

D’après la conférence donnée par Marc Gazin, le 7 octobre 2009, et avec son autorisation :

« Abd el-Kader ou le Coran du Miel (1808-1883) »

A suivre : Le soufisme

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