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La Comtesse et la question feminine

La Comtesse et la question feminine

Julie Delpy modernise une tueuse en série du XVIIe siècle

L’actrice et réalisatrice Julie Delpy se met en scène avec brio dans “La Comtesse”, un film élégant et largement documenté aux dialogues finement travaillés. Elle nous donne à voir le récit d’une descente aux enfers et l’histoire d’une passion destructrice librement inspirée de la vie d’Erzsébeth Bathory, richissime comtesse auteur de centaines de meurtres de jeunes filles dans la Hongrie du XVIIe siècle.

Si la vraie Erzsébeth est coupable, dans son film, Julie Delpy laisse volontairement planer le doute, ce qui lui permet de dérouler une habile réflexion sur la condition féminine et sur l’identité-même, intemporelle, de la femme.

Le synopsis

L’héroïne est une femme insensible et dure comme la pierre, richissime comtesse aussi puissante que crainte à qui tout le monde en Hongrie (y compris le roi) doit de l’argent. Secondée par son amante, la sorcière Anna Darvulia, elle règne en maîtresse absolue sur l’empire que lui a laissé son défunt mari. Tout va pour le mieux jusqu’à ce que cette harpie tombe éperdument amoureuse d’un freluquet qui, manipulé par ses proches, finit par l’abandonner.

La malheureuse délaissée se persuade alors que son amant l’a quittée parce qu’elle se flétrit. Dès lors, elle glisse vers la démence jusqu’à utiliser le sang de jeunes filles vierges pour se faire des masques et des bains de jouvence.

La thèse féministe

Bien que rendant compte de la version officielle qui veut qu’Erzsébeth soit coupable des centaines de meurtres ignobles commis dans la région, Julie Delpy saupoudre son film d’indices plaidant en faveur d’une thèse du complot. Cette femme dirigeant les hommes en un temps où ses semblables sont considérées comme des êtres faibles possédées par leurs émotions, était-ce trop ? Etait-elle devenue gênante ?

L’histoire, vue du point de vue du jeune amant, donne à Julie Delpy l’occasion de nous offrir une interprétation magistrale et vibrante d’une femme à la fois froide et dévastée par sa passion, une femme dont on se demande encore longtemps après le générique de fin si elle était victime ou monstre.

Un récit moderne

La réalisatrice a mûri pendant sept ans le scénario de cette adaptation du roman “Le Secret des Bathory” d’Andras Varesi. C’est qu’elle a voulu y mettre un peu d’elle-même et un peu de la femme éternelle.

Si elle est coupable, Erzsébeth tue pour exister, pour s’excuser d’exercer le pouvoir sans être un homme, ces êtres bénis créés à l’image de Dieu. Le meurtre devient ainsi symbole de virilité. Par lui, Erzsébeth matérialise son rêve de n’être pas une femme.

Le film trouve un écho dans notre monde actuel en problématisant la condition féminine. La femme d’aujourd’hui, encore largement sous-représentée dans les hautes sphères, est-elle libre d’exercer le pouvoir comme un homme ou assujettie, pour pouvoir exister, à une exigence dérisoire et absurde de jeunesse éternelle ?

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