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Kandinsky le recit de la Fete Intime en images

Kandinsky le recit de la Fete Intime en images

L’accès à la connaissance et le parcours ascensionnel du peintre philosophe accompagneront la fin de sa vie.
(3ème partie 1940 – 1944)

Les titres des tableaux cités dans le texte apparaissent en italique

Le travail de Kandinsky se simplifie, le temps semble exorcisé, la quiétude apparaît, les tensions diminuent; malgré l’urgence attachée à la période de fin de vie et le tragique de la guerre, l’artiste vit toujours dans un autre monde.

Kandinsky est naturalisé français en 1939, sa vie reste une ascèse, mais il trouve une harmonie, une sérénité, qui vont s’exprimer dans les nouveaux titres qu’il va donner à ses tableaux: Accent Rond, Tensions Délicates, Fête Intime, Accord réciproque, Crépuscule.

La résolution des contradictions kandinskiennes

Le choix d’un fond toujours unifié par la couleur ou de formes qui structurent un univers organisé et cohérent, crée cette harmonie. L’analogie de leur configuration ou de leurs tonalités permet de ne pas les dissocier, maintenir leurs résonances, leurs accords harmoniques. Bleu de Ciel l’illustre parfaitement, il fait le sujet d’un article spécifique.

Le contraste des valeurs utilisé habituellement par l’artiste, est si réduit que beaucoup de ses tableaux ont une présentation où les événements sont dissous. Sans circonscrire les formes, ni les enfermer, une ouverture vers l’extérieur peut être interprétée comme la volonté de ne pas limiter le champ d’action du tableau, espace utopique, véritable somme des recherches antérieures. L’espace heureux n’a pas de limites.

Une nouvelle dimension spirituelle

L’immensité fait entrer en résonance, tels des accords musicaux, tous les éléments de composition, mêlant le passé et le présent, le lointain et le proche, le petit et le grand. A l’exception de quelques mouvements légèrement tournants ou gravitationnels, la marche et le temps semblent arrêtés, les forces des masses en présence, maîtrisées par un élan vital qui mène vers le haut grâce à La Flèche, ou à un exercice de Voltige Blanche.

L’oeuvre acquiert une grande unité, réunissant légèreté, délicatesse, modération, rondeurs. La Fête Intime s’annonce comme une grande rêverie. Le chemin à parcourir entre la terre et le ciel se dessine sans ambiguïté, même si l’artiste doit traverser des zones de turbulences et de combats ; la guerre sévit, Kandinsky ne l’oublie pas.

Sa quête spirituelle a changé de registre ; il lui fallait dans un premier temps se dégager du concret, se battre contre lui-même, pour accéder à la connaissance et au sacré. Aujourd’hui, il maîtrise cette ascèse personnelle, mais il ne peut ignorer les tragiques événements de l’histoire. Mouvement aigu était déjà l’expression des malheurs de l’époque, une aquarelle Sans Titre proclamera par son pavoisement coloré, au sens littéral, la victoire.

L’accord final

Le monde de l’artiste n’est plus le même, il est au sommet de son parcours mystique, les doutes ne l’assaillent plus, il est dans sa rêverie silencieuse. Dans une sorte de lévitation, il contemple la grandeur de l’espace, de l’ailleurs, sans le sentiment de vertige, sans la crainte de la chute.

Chez Nietzsche, aussi, le vertige est surmonté “car ainsi parle la sagesse de l’oiseau : Voici, il n’y a pas d’en haut, il n’y a pas d’en bas ! Jette toi çà et là, en avant, en arrière, toi qui es léger ! Chante ! Ne parle plus”.

Kandinsky précise : ” Tout cela, je l’ai vu d’en haut et je vous prie, vous aussi, de le regarder d’en haut “. Il a accompli son rôle messianique et son ascèse se teinte d’une joie qui devient jubilation.

Il réitère l’oeuvre exemplaire des dieux, il a rejoint le temps originel. « Il est passé du temps profane au temps sacré. Il est sorti du temps historique c’est à dire du temps constitué des événements profanes, personnels et interpersonnels et rejoint le temps primordial, qui est toujours le même, qui appartient à l’éternité ».

La Fête intime (1942)

Il semble avoir atteint les “hautes sphères” et pour nous en convaincre, dans Fête Intime, le soleil brille de tous ses feux. La lente et pénible ascension des débuts est devenue une promenade sans menaces, sans heurts, sans accidents, sans l’angoisse de l’inconnu.

La fête intime est silencieuse, sans éclats, “car le poète est tout fondu en sa rêverie. Elle marie l’ordre à la sagesse, c’est un ordonnancement, une cérémonie, une célébration”.

Aujourd’hui l’artiste contemple la grandeur et il médite.

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