Blog

Kandinsky la loi des contrastes et des oppositions

Kandinsky la loi des contrastes et des oppositions

L’œuvre est une longue histoire avec un début et une fin: un scénario, une mise en scène, des outils performants.

Les thèmes du début étroitement liés à l’Apocalypse, au Déluge et à la Résurrection sont illustrés par la représentation du cavalier Saint Georges armé de sa lance et de son bouclier, des rameurs sur la barque dans les flots du déluge, de la montagne couronnée par l’église (paysages de Murnau 1911). L’abstraction ne sera jamais totale, ces références seront stylisées, géométrisées mais présentes dans toute l’œuvre.

L’artiste transpose ce combat des forces du bien et des forces du mal en utilisant:

La loi des contrastes et des oppositions.

Deux grandes tendances se côtoient dans l’art de Kandinsky: la période lyrique des débuts où l’enchevêtrement des signes graphiques et des masses colorées ne permet plus au spectateur une lecture rapide; la période froide où le plan du tableau est structuré par la division, la fragmentation ou la composition centrée sur lequel se posent des figures géométriques.

Toutes deux engendreront les deux grands courants de la peinture abstraite du 20ème : l’Expressionnisme abstrait et le Constructivisme.

Le mélange des deux styles se maintiendra jusque dans ses derniers tableaux.

La confrontation d’éléments oppositionnels domine l’œuvre: les formes aux contours nets côtoient des masses informelles, tachistes, évanescentes; à côté ou à l’intérieur d’ensembles linéaires et de grilles, qui sont encore l’expression démultipliée de la dualité, formes abstraites par excellence, résistent des indices à caractère nettement iconiques.

Toutes les possibilités expressives des variations formelles du dessin abstrait sont utilisées.

L’utilisation des couleurs

L’état de tension, la mise en scène du conflit, peut s’accentuer par la confrontation de pôles chromatiques antinomiques dans la théorie du peintre (Jaune Rouge Bleu 1925); le rouge ici advient comme point d’équilibre entre les valeurs oppositionnelles et polarisées.

L’artiste utilise les propriétés de plus ou moins grand éloignement, les résonances et les échos de couleur pour permettre des renvois, supports clairs pour s’orienter dans le tableau.

L’espace temps

Dans l’espace kandinskien toutes les coexistences sont possibles: l’infrastructure du plan peut être composée d’arrières plans qui, au premier coup d’œil, n’apparaissent pas: ce qui peut sembler être une surface plane se révèle comme un espace creusé. L’opposition naît de l’utilisation parallèle de la perspective traditionnelle et de vues frontales. Il crée un espace indéfini, où l’impression d’une vue d’en haut peut complexifier le tout.

Compliqué Simple (1939) par son titre et sa composition en est une magistrale démonstration.

Quand la forme ouverte contrarie la forme fermée, que les notions topologiques de voisinage, de séparation, d’emboîtement, d’enveloppement, de succession se confrontent à la perspective traditionnelle, l’ensemble donne profondeur, mouvement et rythme.

L’espace lyrique est souvent bloqué, trop petit pour les masses présentes écrasées par les autres et qui vont déborder du cadre; le spectateur a le choix d’étendre cet espace à l’infini.

Ses compositions en tiroirs plus fermées sont une référence à la grille, elles présentent un cheminement temporel grâce à une forme centrale entourée de champs sur les bords extérieurs qui doivent être perçus comme soutien au tableau central, un aide mémoire, un contrepoint.

Aide Mémoire (1967) est précisément le titre d’un tableau d’Alechinsky qui utilisera la même composition: un rectangle central, les autres autour; ils évoquent d’autres récits, reliés entre eux comme une bande dessinée.

Ce déplacement est celui d’un itinéraire complexe jalonné par l’organisation chromatique qui relève ou affaiblit la sonorité de chacun des composants en les hiérarchisant.

Le labyrinthe

L’impression est de pénétrer dans un labyrinthe parfois conçu comme un paquet de noeuds qu’il faut délier, déplier; il contient les idées de difficulté, de danger, de mort et d’initiation.

Sur un autre plan, celui de la connaissance et de la sagesse, on rencontre des expressions similaires: on parle de la délivrance des illusions; on cherche à déchirer les voiles de l’irréalité, à défaire les noeuds de l’existence.

Ne serait ce pas le travail de l’artiste?

Related Articles

Close