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Journalistes et hommes politiques les liaisons dangereuses

Journalistes et hommes politiques les liaisons dangereuses

Derrière l’éviction d’Audrey Pulvar se pose la question des relations entre les journalistes et la sphère politique. Exste-il une réelle connivence ?

L’opinion publique reproche souvent aux journalistes d’être de connivence avec le monde politique. Il est vrai que les journalistes et les politiques proviennent souvent du même milieu social et ont souvent suivi le même cursus (Science-Po, écoles de communication, ENA…). Pour la plupart, ils se sont côtoyés car ils ont appartenu à la même promotion. Chaque milieu connaît et maîtrise les codes de fonctionnement de l’autre.

Pourtant de tout temps, le pouvoir et la presse se sont combattus. La presse est même considérée comme le quatrième pouvoir. Encore aujourd’hui, elle joue un rôle important dans le débat public. Bien qu’ils aient traversé des crises successives, des journaux comme Libération ou Le Monde continuent à être cités comme référence dans les revues de presse. Récemment, ils ont participé activement à la dénonciation des conflits d’intérêts qui pouvaient exister dans l’affaire Bettencourt devenue l’affaire Bettencourt- Woerth. Ainsi peut-on vraiment affirmer qu’il existe une connivence entre les politiques et les journalistes?

Avoir fréquenté les mêmes lieux ne veut pas forcément dire que l’on partage les mêmes idées. Néanmoins cette proximité crée inexorablement des liens. Bien que les médias assurent de leur indépendance à l’égard de la sphère politique, certains ou certaines journalistes entretiennent des relations intimes (amitiés, relations de couples) avec un homme ou une femme de pouvoir.

Mais dans le cas des politiques et des journalistes, la différence est qu’ils exercent une profession publique. Ainsi chacun des pouvoirs se doit d’être crédible pour exercer au mieux les responsabilités qui lui sont confiées. Lorsque les pouvoirs s’entremêlent, les pistes sont brouillées. On parle alors de mélange des genres. Malgré tout, peut-on faire payer à des journalistes qui par ailleurs ne commettent aucunes erreurs professionnelles leurs relations conjugales, surtout lorsque ce sont des femmes ?

Le cas Audrey Pulvar : décision trop hâtive ?

Audrey Pulvar, journaliste émérite, s’est retrouvée bien malgré elle au cœur de l’actualité médiatique. Elle officie à la radio sur France Inter et sur I Télé. Cette semaine, elle a été privée de son émission politique par la direction de la chaîne. Mais pourquoi ce retournement de situation brutal?

Arnaud Montebourg, son compagnon dans la vie, se prépare à rentrer dans la course à la présidentielle. Il s’est officiellement déclaré candidat. Mais rien n’est joué. En effet, les primaires socialistes n’ont mêmes pas encore eu lieu.

Ainsi pour une fois, cette décision a été jugée prématurée par une majorité de ses confrères et par la plupart des politiques. Evidemment, si Arnaud Montebourg avait déjà été désigné pour représenter la gauche, la question aurait été différente. Mais ici ce choix a pris tout le monde de court.

Cependant ce n’est pas la seule journaliste à faire les frais de sa relation conjugale. Béatrice Schoenberg et Anne Sinclair avaient dû quitter leurs fonctions pour des raisons similaires. Trop de proximité supposée nuirait ainsi à la qualité de l’information délivrée. Pourtant un mari et une femme ne partagent pas toujours les mêmes avis politiques et peuvent sur certaines questions avoir des divergences. Néanmoins, dans le cas des journalistes, des pressions internes pourraient influencer leurs points de vue et remettrait leur indépendance en cause.

Pourtant, une journaliste comme Christine Okrent a réussi à mener de front sa carrière professionnelle et sa vie de femme (elle est mariée à Bernard Kouchner). Ces décisions d’évictions ne révéleraient-elles pas des relents matchistes ?

Femmes et médias : entre intégration et sexisme

Les femmes gagnent de plus en plus leur place dans les médias même si des inégalités persistent surtout en matière de rémunérations et de responsabilités. Ainsi, elles s’intègrent de plus en plus mais avec des difficultés. Néanmoins dans certaines situations on peut se demander si elles ne sont pas tout simplement victimes de sexisme. Si des hommes avaient été à leurs places auraient-ils subi le même traitement ? Pas sûr. Ceci dit, ous ne pouvons pas le savoir avec certitude car le cas de figure ne s’est jamais produit. Dans tous les cas, l’impression laissée par ces situations restent que les femmes journalistes doivent se justifier davantage que les hommes.

Les médias entretiennent parfois des rapports houleux. Mais malgré tout, ils représentent la liberté d’expression et permettent aussi au citoyen de prendre part au débat public en lui fournissant une information de bonne qualité. Celle-ci se doit d’être indépendante pour que son objectivité soit garantie.

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