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Jouanno cree la polemique autour dEvra

Jouanno cree la polemique autour dEvra

En qualifiant dans L’Equipe le retour de Ribéry et d’Evra en Bleu «d’inadmissible», Chantal Jouanno semble avoir déclenché une guéguerre avec la FFF.

On se rappelle tristement la dernière fois qu’un ministre avait cru bon de donner son avis sur les Bleus. Il s’agissait de Rama Yade en Afrique du Sud. L’ancienne secrétaire d’État aux Sports était alors mécontente que les joueurs français profitent d’un hôtel trop luxueux. A l’image d’Alou Diarra, les Tricolores l’avaient assez mal pris: «La ministre des sports a son point de vue, on veut faire abstraction de tout ça». Cette sortie de Rama Yade n’aura été qu’un coup d’épée dans l’eau pour celle qui se retrouvera quelques mois plus tard ambassadrice à l’Unesco. Ce poste, aussi important qu’il soit, fait tâche dans l’ascension de la jeune politique.

Après Rama Yade, Chantal Jouanno

Quoi qu’il en soit, Mme Jouanno, actuelle ministre des Sports, semble partir dans une croisade un peu hasardeuse. Soit, elle est plus légitime que Rama Yade car elle est une ancienne sportive à succès (championne de France de karaté). Soit, elle veut défendre l’image de la France. Mais est-ce vraiment son rôle de se prononcer sur un tel sujet?

La principale inconnue est de savoir si la ministre des Sports tient à maintenir ses propos, pour éviter une nouvelle convocation de Ribéry et d’Evra. Selon ses mots, «on ne peut pas faire honte à la France et prétendre rejouer en équipe de France». Si ce n’est pas de l’ingérence, cela y ressemble fortement. La France avait déjà été rappelée à l’ordre par la Fifa cet été par rapport à la position de Mme Bachelot. L’ex-ministre des Sport affichait sa volonté de pousser Jean-Pierre Escalettes, alors président de la Fédération française de football (FFF), vers la sortie. Quelques temps après, il démissionnera.

L’État français a donc maintenant tout intérêt à rester loin des affaires de la FFF s’il veut éviter les sanctions. La Fifa prévoit en effet des mesures en cas d’ingérence d’un gouvernement dans les affaires de sa fédération. Par exemple, le Nigéria a été exclu de «toutes compétitions régionales, nationales ou internationales» justement pour ce motif en octobre dernier. Depuis la sanction a été levée suite aux efforts consentis par le Nigéria. Mais il ne vaut mieux pas jouer avec la toute puissante instance du football mondial.

Jouanno attaquée

L’UNFP (Union Nationale des Footballeurs professionnels) ne semble pas prête à laisser un tel épisode se produire en France et s’est fendu d’un communiqué sans détours: «Evra et Ribéry ne sont pas plus coupables que tous ceux qui ont refusé de s’entraîner à Krysna, ce dimanche-là, et que si sanctions il devait y avoir, elles auraient dû frapper l’ensemble des sélectionnés et non quelques-uns d’entre eux». Le syndicat persiste et charge Mme Jouanno… «Faut-il rappeler à Mme Jouanno qu’en France, une fois sa peine purgée, on a payé sa dette envers la société? Madame la Ministre des Sports ne semble pas être de cet avis. L’UNFP s’étonne, dès lors, qu’elle puisse siéger au Conseil des ministres à quelques pas d’Alain Juppé, par exemple, condamné à 14 mois de prison avec sursis et à un an d’inéligibilité en 2004 pour “prise illégale d’intérêt”… Comme le maire de Bordeaux, ministre de la Défense, Patrice Evra et Franck Ribéry ont été inéligibles. Ils ne le sont plus. Ce qui vaut pour l’un vaut, justement, pour les autres».Les instances du football français en auraient-elles assez d’être mises à mal par les politiques? En tous cas, cette critique acerbe fait retentir comme un air de ras-le-bol.

Beaucoup de bruit, peu d’effet

Sans tirer les leçons du cas Rama Yade, Chantal Jouanno prend tout de même le risque de suivre l’ancienne secrétaire d’État aux Sports dans sa disgrâce auprès d’un Nicolas Sarkozy féru de football. Peut-être espère-t-elle simplement mettre une sorte de pression sur la décision de Laurent Blanc. Celui que l’on surnomme « le président » (ce n’est pas anodin) a d’ailleurs réagi. Soucieux de tourner définitivement la page de l’Afrique du Sud, il a calmé le jeu: «Chacun a le droit d’avoir son avis. Ce qui veut dire aussi qu’on a le droit de ne pas le partager» déclarait-il au Midi Libre mardi 1er février. La popularité aidant, le sélectionneur national aura sans doute le dernier mot.

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