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John Ford La Prisonniere du Desert

John Ford La Prisonniere du Desert

Étude sur deux films de John Ford, racontant le crépuscule de l’Ouest sauvage. Premier volet avec «The Searchers» sorti en 1956.

John Ford (1894-1973) réalisateur américain d’origine irlandaise

Après une production importante en Cinéma muet depuis 1917, Ford passe au parlant comme si de rien n’était en 1928 et réalise près de 70 films jusqu’en 1966 dont certains demeureront à jamais au Panthéon du Cinéma (Les Raisins de la Colère, Qu’elle était verte ma Vallée, L’Homme Tranquille, Mogambo, et ceux cités dans cet article). Irlandais, on note certains thèmes récurrents dans ses films comme l’alcoolisme, les bagarres et la misogynie.

La mémoire de l’Ouest des indiens et des cow-boys

Depuis longtemps, ce grand réalisateur de western filme une sorte de testament de l’Ouest sauvage avec des réalisations remarquables tels Le Massacre de Fort-Apache ou La Poursuite Infernale. La Prisonnière du Désert est un premier point d’orgue sur sa vison crépusculaire d’un monde en marche. Les indiens ne sont plus vraiment les gentils, ni John Wayne un héros. Il est là une sorte de hors-la-loi-semi-civilisé, portant sur lui les vestiges des préjugés d’antan.

L’histoire raconte l’enlèvement de deux filles de fermiers par des indiens, après le massacre de leurs parents. L’oncle de celles-ci part à leur recherche pendant de longues années, accompagné du fils adoptif de cette famille démantelée.

Raisons et sentiments

La Prisonnière du Désert (titre américain original : The Searchers) est un film moderne, n’édulcorant pas comme d’habitude les relations réelles entre les personnages et les sentiments qu’ils éprouvent. Ethan Edwards (John Wayne) est un sudiste raciste et ne s’en cache pas. Pas plus que Ford ne cache une relation trouble entre lui et sa belle-sœur, qu’on voit tenir son manteau comme une icône sacrée. Sans doute la raison de son départ à la guerre et sa mauvaise humeur perpétuelle.

De même le cynisme d’Ethan opposé à la naïveté de Martin (Jeffrey Hunter) tout au long du film, sert de filtre à la compréhension des éléments, malgré des évocations lourdes telles le peu de valeur du sang indien chez les blancs, le matérialisme des indiens prêt à tout donner, femme comprise, en échange d’armes ou objets divers. La cruauté de Wayne atteint son summum à l’évocation du scalp de la mère de Martin, l’attisant ainsi pour commettre plus tard l’irréparable et bien prouver la légitimité de son racisme.

Personnages de l’Ouest

Le film regorge de personnages hauts en couleurs, donnant un peu de gaité à un film désabusé et lourd de propos. Tel le Révérend Clayton (soldat et prêtre incarné par Ward Bond), représentant les fondamentaux irlandais de Ford (alcoolisme, etc…), Charlie le jeune prétendant de Laurie (l’amour de Martin, qui est lasse de l’attendre), Mose le vieil indien au chapeau haut de forme rêvant de son rocking-chair, et cette squaw achetée par erreur qui conduit finalement les deux chercheurs sur la piste de Debbie la survivante.

Apparition du propre fils de John Wayne, Patrick, au rôle contendant pour le révérend, avec le gag récurrent du sabre taquinant son fessier…

Vera Miles avant Psychose et Natalie Wood après la Fureur de Vivre

Le personnage de Laurie qu’interprète Vera Miles,est une jeune fille idéaliste qui attend le retour de son fiancé Martin, aux lectures de lettres caricaturales, et c’est la future interprète du premier rôle féminin de L’Homme qui tua Liberty Valance. C’est elle l’objet du désir entre Wayne et James Stewart, illustrant le combat entre l’Ouest du passé et le moderne, second volet de notre étude sur Ford.

Nathalie Wood incarne l’indienne adoptée du litige, serrant les poings comme une enfant dans les bras de l’oncle Wayne, trouvant enfin un peu d’humanité.

Deux coups de chapeau cinématographiques

Coup de chapeau pour les beaux décors de l’ouest, aux ciels bleus azurs et aux soleils couchants aussi bienveillants que dramatiques, ainsi que pour les combats et poursuites entre indiens et cow-boys, filmés de main de maître par John Ford comme si nous y étions !

Enfin, le film se ferme comme il s’est ouvert sur un paysage éblouissant de l’Ouest filmé par la porte d’une ferme, donnant obscurité par effet de contre-jour, où les personnages s’engouffrent pour reprendre le cours de leur vie. Seul John Wayne s’en retourne, au pas inégal mais lourd, repartant vers l’aventure sous l’émotion d’une chanson magnifiant cette légende de l’Ouest…

Lien Wikipedia: http://fr.wikipedia.org/wiki/La_Prisonnière_du_désert

Lien Youtube : www.youtube.com/watch

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