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Illmatic chronique du classique de Nas

Illmatic chronique du classique de Nas

19 avril 1994, sortie d’Illmatic, premier album du rappeur Nas. Un classique du hip-hop vient de voir le jour.

Le 19 avril 1994 sort des studios de Long Island le premier album du rappeur Nasir Jones, plus connu sous le nom de Nas. Le rap new-yorkais est alors en pleine transition: si le temps des Rakim, KRS-One, Kool G Rap, Big Daddy Kane semble déjà révolu, l’heure des Biggie, Wu-Tang Clan et autres Mobb Deep n’a pas encore avoir sonné. C’est dans cet espace que sort Illmatic, premier opus du rappeur. Malgré de bonnes critiques et un très large engouement dans la rue, les scores de ventes sont loin d’être extraordinaire. Pourtant, pour son premier album, le rappeur de 20 ans venait de sortir l’un des plus grands chefs-d’œuvre de l’histoire du hip-hop, exploit qu’il n’arriverait jamais à rééditer.

L’intro de l’album, The Genesis, renvoie à la première apparition du rappeur trois ans plus tôt, dans un live intitulé Live at the Barbecue. Les choses sérieuses commencent ensuite avec NY State of Mind, véritable hymne en honneur de la Grosse Pomme et plus précisément de son quartier, Queensbridge. Ce morceau voit d’ailleurs la naissance de la fructueuse association entre Nas et le producteur de génie DJ Premier. S’en suit Life’s A Bitch, sur lequel figure AZ, seul invité de l’album, puis The World Is Yours, véritable claque aux allures soul. Halftime, située en milieu d’album, offre une pause sans baisse de niveau avant ce qui constitue peut-être le chef d’œuvre de cet album, Memory Lane (Sittin In Da Park). Nouvelle association Nas-DJ Premier, nouveau morceau d’anthologie dans lesquels l’instrumentale se met aux niveaux d’un texte sublime. Vient ensuite One Love, qui évoque l’emprisonnement du rappeur Cormega, puis One Time 4 Your Mind et Represent, au refrain hargneux et fédérateur. It Ain’t Hard to Tell conclue brillamment un album sans baisse de régime.

La vie d’un banlieusard racontée par un poète

« Il n’est pas pire que ma vie car je ne veux pas que les gens aient pitié de moi. Il n’est pas mieux que ma vie car je veux que les gens comprennent d’où vient ma musique. » La phrase est d’Eminem, qui s’exprime au sujet du film 8 Mile. On pourrait la reprendre de la même manière pour parler d’Illmatic. Nas démontre en effet dans cet album son talent de narrateur hors-pair, en dressant le portrait d’un New-York sombre et en décrivant le quotidien désenchanté des banlieues. La chanson The World Is Yours apparaît d’ailleurs comme une sorte de réponse au désespoir ambiant. Sans vocation politique, sans volonté de changer les choses, Nas constate. Et si les thèmes abordés (rivalité entre gangs, criminalité, prison…) offrent quelques clichés aux détracteurs du genre, les descriptions précises, auxquelles viendront s’adjoindre les mélodies soul/jazz lancinantes des meilleurs producteurs de l’époque (DJ Premier et Large Professor en tête), renforcent l’authenticité et l’ambiance « street » de l’album.

Et si le fond est une vraie réussite, il en va de même pour la forme. Le flow est tranchant, les rimes parfaitement affutées, les métaphores sont légions et très poétiques, le texte est inventif et lucide… Nas maîtrise comme peu l’art de l’écriture. Il va de même pour le seul invité, AZ, autre rappeur new-yorkais, qui lâchera sur Life’s A Bitch le célèbre “Life’s a bitch and then you die; that’s why we get high/ Cause you never know when you’re gonna go.”, révélateur de l’état d’esprit de l’album. Rien à jeter non plus au niveau de la production puisque le casting est de très haut niveau, avec notamment DJ Premier et Large Professor, mais aussi Q-Tip, Pete Rock et LES, tous à la hauteur de leur réputation.

Simplicité, lucidité, authenticité, telles sont les qualités principales d’un album qui vient de la rue, qui est fait pour elle et qui allait la redessiner. Les superlatifs ne manquèrent jamais à la critique pour saluer ce chef d’œuvre qu’est Illmatic. Seul défaut, sa durée, puisque les dix pistes ne dépassent pas les 40 minutes. Peut-être était-ce là le prix à payer pour goûter à la perfection. Un classique, indispensable à toute discothèque hip-hop.

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