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Garageland Mod Freakbeat RampB Pop la naissance du cool

Garageland Mod Freakbeat RampB Pop la naissance du cool

Avec Garageland Nicolas Ungemuth, critique à Rock & Folk, écrit une somme sur la période dorée du rock : 1964 – 1968.

C’est un fait, les années 60 ont produit une musique qui aujourd’hui encore résonne dans les oreilles de tous les aspirants au statut de rock star. Ce livre en est la preuve.

L’affaire débute par une préface du mythique Andrew Loog Oldham, vous savez le premier manager des Rolling Stones. Un Oldham qu’Ungemuth cite abondamment tout au long de son ouvrage illustré par une magnifique photo des Standells en couverture. Par ailleurs Garageland est caractérisé par une iconographie soignée : tous les articles sont illustrées par des reproductions des pochettes originales des singles et EP des groupes qui font l’objet d’articles.

Un malentendu

Pourtant, il peut y avoir un malentendu. Expliquons nous : Ungemuth est un fanatique du son Mod des sixties et un expert en la matière. Rien à dire. Cependant, son livre est titré Garageland. On est en droit de penser qu’il va s’agir d’une ode à ces primitifs du rock américain qui entre 1964 et 1966 inventent une forme musicale inédite qui hésite entre simplisme et sauvagerie. Une forme inspirée par les anglais ou irlandais, Rolling Stones, Yardbirds, Them, Animals qui eux-mêmes déterrent les cadavres musicaux oubliés de Muddy Waters, Robert Johnson, Howlin’ Wolf et autres bluesmen américain. Les américains donc se jettent sur les enregistrements des groupes pré-cités et s’empressent de tenter de les reproduire avec des tonnes de hurlements, de fuzz guitar, distorsion et larsen. La majorité de ces groupes se produira dans son environnement immédiat et leur renommée ne dépassera pas leur État d’origine. Beaucoup d’entre eux enregistreront un single ou deux et même parfois un album qui resteront connus des seuls initiés. Et le malentendu ? Eh bien, dans son livre dont on peut traduire le titre par le Pays du Garage, Ungemuth nous fourgue des artistes comme Graham Bond, les Bee Gees (!), Dave Dee, Dozy, Beaky, Mick & Tich, les Equals. A priori pourquoi pas ? Mais on voudrait bien qu’on nous explique ce qu’ils viennent faire dans un ouvrage consacré au rock garage…

Subjectif

Sans être puriste, il est évident que Cat Stevens qui figure aussi dans ce livre n’a rien à voir avec les Standells pas plus que les Pretty Things avec Dusty Springfield. Si l’on retient ces deux exemples, on se dit que le chanteur folk viré islamiste, Stevens, n’a rien à voir avec les Music Machine ou les Barbarians et que les Pretty Things ne sont pas un groupe garage au sens strict et enfin que Dusty Springfield n’a rien d’une chanteuse de rock, de soul, oui. Une Sharon Tandy (« Hold On ») avec les Fleur De Lys aurait été plus pertinente dans ce contexte. Mais bon, tout cela reste forcément subjectif.

Et subjectif Ungemuth l’est. De fait, son ouvrage peut s’appréhender comme un hommage au rock Mod anglais et, accessoirement, au rock garage américain. Si on fait le compte, il nous présente majoritairement les figures de proue de la Pop anglaise de cette époque follement créative comme Action, Creation, Manfred Mann, Kaleidoscope, Pretty Things, Tomorrow, Them, etc. Il inclut aussi dans son livre Brian Auger, Timebox, les Moody Blues, Love Affair, Barry Rian, Sandie Shaw, Marianne Faithfull qui ont leur place dans une anthologie du rock anglais mais dont on peut discuter la pertinence dans un livre qui se voudrait une bible du rock garage. Car on pourrait poser la question : où sont Mouse & The Traps, les Wheels, Paul Revere & The Raiders, les hollandais Outsiders, Q 65? Pour ne citer que les plus connus (?).

Soyons justes

Soyons justes, figurent dans son livre les Standells, les Seeds, les Shadows Of Knight, les Remains, Mitch Ryder, Other Half, 13th Floor Elevators, etc. Et rien que pour ceux-là, la dénomination garage est amplement justifiée. Garageland est, par ailleurs, un ouvrage fort bien écrit qui ne recule devant aucun des tics stylistiques du rock critique moyen, lesquels tics sont utilisés à bon escient. Coté documentation rien à redire non plus. Un livre à posséder mais avec toutefois une sérieuse mise en garde : si dans une soirée de branchés sixties vous avancez que Marianne Faithfull ou Sandie Shaw peuvent être classées dans la rubrique Garage, ne vous étonnez pas si pendant le reste de la soirée les participants vous regardent bizarrement (pour le mieux) !

Garageland

Nicolas Ungemuth

2009 – Editions Hoëbeke, Paris

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