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Gainsbourg vie heroique Joann Sfar gagne le pari de transposer Gainsbourg a lecran

Gainsbourg vie heroique Joann Sfar gagne le pari de transposer Gainsbourg a lecran

Scénario, forme narrative, choix et direction d’acteurs: le film de Joann Sfar passe le genre biographique à la dynamite.

Venu du monde de la B.D. (son oeuvre “Le Chat Du Rabbin” verra bientôt le jour en film d’animation réalisé par ses soins), on était légitimement en droit d’attendre de la part de Joann Sfar un traitement radical d’un sujet qui ne l’est pas moins.

Car pour présenter une vision à peu près crédible de celui qui aura dynamité les codes culturels et esthétiques de la chanson française, il fallait une vision s’inspirant plus de l’univers azimuté d’un Jan Kounen période “Dobermann” que d’une biographie académique et lyrique à fort potentiel “césarisable” façon “La Môme”.

Tout cela, Jan Sfar l’a compris, intégré et digéré. Quitte à dérouter le grand public, il laisse parler une approche de l’homme et de l’artiste Gainsbourg fortement subjective, d’où l’idée de “conte” présente dans le titre.

Pas un, mais plusieurs hommes

Le choix radical envisagé par le réalisateur est de livrer un film “éclaté” dans son schéma narratif, en donnant à voir tous les Gainsbourg(s): de son enfance dans un Paris occupé jusqu’à ses années poivrot/provo cathodiques en passant par ses succès et surtout ses échecs et frustrations ( la peinture, le cinéma, son physique), Sfar donne à voir les différentes époques à travers un prisme résolument kaléidoscopique qui permet au spectateur, spécialiste ou profane, de ne rien ignorer des grandes lignes du parcours professionnel et intime de l’artiste.

Les grandes scènes qui ont émaillé la vie de Gainsbourg sont là; à l’image du fameux concert de Strasbourg de 1979 où “La Marseillaise” jouée façon Reggae face à une bande de paras, tronches de beaufs ringardes et bien nulles, est parfaitement restitué et constitue un des climax du film.

Des acteurs dignes de ce nom

Pour porter le projet à terme, encore fallait-il que les interprètes tiennent la route, tant les figures incarnées ( Gréco, Gall, Vian, Birkin, sans parler bien sûr de Gainsbourg lui-même) sont intimement incarnées dans la mémoire collective des cinquante dernières années.

Pour le coup, on peut dire que la casting est magistral.

Après avoir pensé à Mathieu Amalric, Edouard Baer et même à Charlotte Gainsbourg (!), c’est le quasi-inconnu Eric Elmosnino qui a été choisi pour interpréter Gainsbourg.

Le résultat est bluffant, spectaculaire, phénoménal: l’acteur restitue à la perfection les tics vocaux et les attitudes du chanteur, comme sa façon d’allumer une cigarette ou son port de tête, et se hisse ainsi au niveau d’un Joaquim Phoenix ou d’un Val Kilmer campant respectivement de sidérants Johnny Cash et Jim Morrison.

On aurait tort de réduite le casting au pourtant épatant Elmosnino : tous les rôles, mêmes les plus secondaires, sont campés avec un sens étonnant du timing et de l’à-propos.

On retiendra surtout la composition de Philippe Katerine en Boris Vian déjanté, Anna Mouglalis en Juliette Gréco fatale et surtout Laëtitia Casta en Bardot: pour la première fois, celle-ci se révèle (très) bonne comédienne et a su sublimé la jeune Bardot en s’appropriant sa diction trainante et lascive.

Idée forte: le Gainsbarre des années 80 sert de fil rouge narratif, prenant les traits d’une marionette de cartoon Gothique, très inspirée de l’univers de Tim Burton, qui vient hanter le vrai Gainsbourg en se rappelant à sa ( mauvaise) conscience tout le long de sa vie; trouvaille graphique comme scénaristique gonflée pour un film se voulant grand public.

Bande-son d’enfer

De toute façon, le répertoire Gainsbourien ne justifie-t-il pas à lui seul le déplacement?

Judicieusement réorchestré, on reste scotché, près de vingt ans après la mort de l’artiste, par la diversité et la qualité d’un répertoire unique, qu’il s’attaque à la chanson (“Le Poinçonneur”), la Pop (“Comic Strip”) ou le Rock (“Nazi Rock”), pour ne citer que ceux-là, et qui aura influencé aussi bien Beck que Miossec ou Air que Alex Gopher.

Et rien que pour ça, on dira toujours merci au grand Serge.

Serge forever.

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