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Des legionnaires romains en Chine Entre legende et verite

Des legionnaires romains en Chine Entre legende et verite

Des légionnaires romains aux portes du désert de Gobi ?

Des chercheurs s’interrogent sur la présence éventuelle de descendants de légionnaires romains à deux pas des monts Qilian, en Chine. Il est bien possible en effet que des survivants d’une légion romaine, faits prisonniers, soient parvenus jusqu’à ces limites orientales, proches aujourd’hui des frontières tibétaines.

Maior e longinquo revenrentia (Tacite ) : l’éloignement augmente le prestige

Un des premiers à s’intéresser à ce sujet mystérieux s’appelait Homer Hasenpflug Dubs. Son nom était sans aucun doute prédestiné à l’aventure. Ce sinologue passionné émit l’hypothèse de l’existence d’une ville romaine en Chine, dénommée Ligian (ou Li-Jien, ou Li-chien), et recensée sous ce nom au Ve siècle après J.-C., à l’apogée de la dynastie Han.

Sémantique

Les racines de ce nom caractérisant Rome et l’Empire romain, Ligian pourrait peut-être venir d’Alexandrie, alors sous le contrôle de Rome. Si l’on étudie les noms des villes chinoises, deux autres cités seulement portent des noms étrangers. Et cela en raison des immigrants étrangers qui s’y installèrent, venant d’Asie centrale.

Des Romains en Chine?

Il est cependant difficile de comprendre comment des légionnaires romains purent entrer si profondément en territoire chinois, lorsque l’on sait qu’ils auraient dû pour cela traverser un autre Empire, ennemi juré de Rome, Parthe (Iran et Iraq actuels).

Ces légionnaires furent sans doute faits prisonniers après une bataille ou bien, mercenaires au service de Rome, ils vendirent leurs bras armés au plus offrant, à plusieurs milliers de kilomètres de leur ville de départ.

Si nous remontons le temps, nous apprenons que ces légionnaires quittèrent l’antique cité sous le commandement de Marcus Licinius Crassus, qui régnait sur Rome avec Jules César et Pompée. On apprend, en lisant Plutarque, que Crassus était alors à la tête d’une armée de 42 000 hommes, partis en guerre contre les Parthes. Ces derniers eurent le dessus, écrasant la moitié de l’armée romaine à la bataille de Carrhae, proche de la frontière de la Turquie et de la Syrie actuelles. 10 000 soldats furent faits prisonniers et emmenés en Asie centrale, à environ 1 000 kilomètres de là, pour prêter main forte aux gardes Parthes, selon les dires de Pline. Combien arrivèrent là-bas ? Nul ne le sait, car on perd leurs traces.

Le travail de David Harris et de Guan Yiquan

David Harris, un chercheur australien, prit la relève, en 1988. Il découvrit le travail impressionnant de Homer Dubs, et resta fasciné par la légende de la ville perdue de Liqian. Il décida alors de s’installer en Chine, comme professeur d’anglais, à l’université de Lanzhou, proche de l’endroit où devrait se situer la ville de Liqian. Il y rencontra Guan Yiquan, professeur d’histoire chinoise, qui s’était déjà intéressé à la légende en 1970. Les deux chercheurs pensaient qu’environ 500 prisonniers romains réussirent à fausser compagnie à leurs gardiens et à prendre la fuite pour rejoindre le royaume des Huns, alors ennemis des Parthes.

Méthodes de défense romaines

Peut-être y reprirent-ils le métier des armes? Le chef des Huns de l’époque, Jzh-Jzh, désirait envahir la Chine par le sud. L’armée chinoise en décida autrement. Les Huns furent défaits près de l’actuelle Tashkent, la capitale de l’Ouzbekistan. C’est lors de ces batailles que fut décrit une défense typiquement romaine, comme le double mur de bois ou encore la formation en écailles de poisson, tactiques militaires très difficiles à réaliser.

Prisonniers des Chinois

Le livre de la dernière dynastie des Hans indique que, suite à la défaite des Huns, 145 prisonniers furent ramenés en Chine. Les Chinois les disposèrent à la frontière nord de leur pays. Cet avant-poste isolé devint bientôt une ville, puis un comté qui fut nommé Liqian. Au IXe siècle, l’empereur Wang Mang la débaptisa temporairement en Jie-Lu, pouvant se traduire par «faits prisonniers lors d’un assaut».

Intégration

Il semble que les légionnaires restants se soient intégrés à la population locale et aient fait souche, bien avant que le tout premier contact diplomatique ait été établi entre l’Empire romain et la Chine en 166, lorsqu’un convoi, envoyé par l’empereur Marcus Aurelius arriva dans la capitale impériale chinoise de Luoyang. Les dernières traces de Liqian se perdirent vers 746, quand la ville fut envahie par les Tibétains.

Situation géographique

On situe plus ou moins la légendaire Liquian autour de Zhelaizhai, à 5 heures de route de Lanzhou. Une cité y fut construite sous la dynastie des Hans, comme le montrent quelques ruines. Mais il n’y a jusqu’à présent aucune preuve de la présence des légionnaires romains. Cependant, dans des documents datant de la dynastie des Hans, on note qu’une ville du nom de Liqian fut construite vers 60 avant J.-C., soit 24 ans avant l’arrivée supposée de légionnaires romains dans la région, suite à la bataille contre Jzh-Jzh.

Il faut également remarquer que les fervents défenseurs de cette légende basent leur théorie sur la découverte, tout près de Zhelaizhai, d’un pot de style romain, d’un bol pour l’eau et, encore plus révélateur, d’un casque portant cette inscription: «un de ceux qui se sont rendus». Le doute est donc permis et les recherches continuent.

Etiam periere ruinae (Lucain): Les ruines même ont péri

Pour laisser encore plus planer le doute, un chercheur hollandais affirmait dans un de ses écrits que l’on avait trouvé huit assiettes de terra cotta dans une tombe chinoise, il y a bien longtemps. Les motifs décrivaient la bataille de Jzh-Jzh, où des soldats étaient disposés selon la stratégie militaire romaine… La légende continue.

Sources :

L’Express – article de Frédéric Koller du 2/01/2003

http://www.smh.com.au/news/world/dna-tests-for-chinas-legionary-lore/2007/02/02/1169919531024.html, wikipedia.uk

Homer H. Dubs, A Roman city in ancient China (1957)

«The Origins of Roman Li-chien» sur www.people.virginian.edu/

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