Blog

Dans ses yeux Oscar 2010 du meilleur film etranger

Dans ses yeux Oscar 2010 du meilleur film etranger

Cet émouvant et très beau film argentin de Juan Jose Campanella n’a pas volé son titre

Avec des allers-retours encadrant la dictature militaire argentine (1976-1983), l’excellent film de Juan Jose Campanella évoque une époque trouble de son pays et nous pose une question que se relancent tous les protagonistes de sa prenante intrigue : comment vivre une vie totalement vide ?

L’histoire

A l’aube de l’an 2000, Benjamin Esposito (alias Ricardo Darin), greffier fraîchement retraité du ministère de la Justice argentine, décide d’écrire un roman à partir de faits relatifs à un meurtre violent dont il a été le témoin et le protagoniste quelques vingt-cinq ans plus tôt. En traitant des circonstances de cette affaire « classée » qui l’obsède encore aujourd’hui, il est amené à rappeler à sa conscience l’unique passion de sa vie, son amour avorté pour sa chef de service et amie.

Polar romantique aux dialogues truculents

Qu’on ne s’y trompe pas, le fil conducteur de Dans ses yeux (El secreto de sus ojos) c’est bien le crime odieux et l’enquête hachurée à laquelle il a donné lieu. Mais on aborde aussi le chagrin extrême du deuil. Et une foultitude de questions. Comment vivre quand l’existence ressemble à une condamnation à perpétuité ? Comment subsister lorsque l’on est anéanti ? Peut-on passer sa vie à passer à côté de sa vie ?

Le tout magnifié par une bande originale d’une grande qualité.

Toutefois, ce n’est pas un film noir. De fait, tout du long, on rit grâce à une galerie de personnages hauts en couleurs et à des dialogues excessivement drôles pour ce genre d’œuvre.

L’omniprésence du thème de l’enfermement

La réalisation s’appuie fortement sur la thématique de l’enfermement (dans une prison, dans une logique, dans une routine, dans une frilosité que l’on nomme fatalité) avec un jeu permanent de portes ouvertes puis fermées. Le brillant enchaînement d’allers-retours dans le temps (entre 1974 et 2000) donne aussi l’illusion d’une ouverture, d’un espoir.

Ce sont les yeux qui parlent et qui proposent des issues

Mais la réelle circulation et le réel mouvement se font par le jeu de regards des acteurs, tous choisis pour leurs yeux très parlants. De la malheureuse jeune et ravissante victime, à son veuf éploré en passant par les autres personnages, comme Pablo Sandoval (campé par Guillermo Francella), sympathique fonctionnaire à la dérive dont les coups d’œil perdus derrière ses imposantes lunettes attirent la compassion et l’empathie.

Du côté des personnages principaux, on n’est pas en reste avec Benjamin Esposito dont la forte carrure et le visage rigide contrastent avec des yeux cristallins d’une tristesse ineffable. Quant à la vibrante Irene Menedez Hastings (interprétée par Soledad Villamin) elle se fait émouvante et troublante uniquement par son regard.

Il a raison, le héros du film, quant il affirme que les yeux sont bavards. Car ici, ce sont les pupilles qui se font prolixes et diffusent l’émotion.

En bref

Avec son intrigue passionnante et ses personnages attachants, ce film obsédant, excellemment interprété et magistralement réalisé, tient le spectateur captif pendant un peu plus de deux heures. Si elle n’évite pas les longueurs, cette œuvre d’exception coupe le souffle et pousse encore à la réflexion bien après le générique de fin.

Related Articles

Close