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Cahier dun retour au pays natal comme un cri

Cahier dun retour au pays natal comme un cri

Exil, différence, « douleur antillaise »…. Les thèmes universels de la poésie d’Aimé Césaire lui permettent d’entrer au panthéon littéraire international.

Avec Léopold Sédar Senghor, le Parti communiste français, André Breton… Les rencontres ont toujours eu une importance particulière dans l’œuvre de Césaire. Sur les bancs du lycée Louis-le-Grand, Césaire se lie au futur linguiste croate, Petar Guberina. Cette amitié conduira à la rédaction de son œuvre lyrique majeure, le Cahier d’un retour au pays natal.

Une aventure croate à la saveur martiniquaise

A l’été 1935, le poète martiniquais est seul à Paris. Torturé par l’ennui et le mal du pays, Césaire accepte l’invitation salvatrice de son ami, P.Guberina, à rejoindre sa famille. La côte dalmate lui « rappelle un peu les falaises du Carbet »[1]. En Martinska, petite île aperçue par la fenêtre de son hôte, Césaire retrouve sa terre natale, la Martinique. Ainsi né « presque une fiction » le Cahier d’un retour au pays natal. Publié en 1939 dans la revue Volontés, le Cahier s’affiche tantôt surréaliste, tantôt élitiste, militant, symptomatique d’ « une douleur antillaise, une nostalgie… »

Une nouvelle poésie pour un monde nouveau

En 1941, l’arrivée d’André Breton en Martinique donne une dimension nationale au Cahier d’un retour au pays natal. Césaire se voit propulsé au cœur d’un débat agitant l’ensemble de la classe littéraire française. Quelle orientation donnée à la poésie française après la Seconde Guerre mondiale? Le poète martiniquais s’engage dans une bataille qui l’opposera à Louis Aragon, René Depestre et à tous les défenseurs de la rime classique. Il épouse la cause surréaliste qui « permettait de rompre … avec la civilisation artificielle, et de faire appel aux forces profondes de l’Homme. » Le vers libre doit lui permettre de retrouver le Nègre fondamental libéré de toutes « les défroques occidentales et françaises ».

Le combat d’un homme

Tout au long de sa vie, Césaire utilise la poésie comme une arme de rébellion face à un système qu’il réprouve. Néanmoins son œuvre lyrique laisse aussi apparaître un homme qui exprime son mal-être. Assimilé par une civilisation qui n’est pas la sienne, il affirme son identité particulière. « Nègre je suis, nègre je resterai » dira-t-il à Françoise Vergès lors de leurs entretiens. Celui qui pensait « exprimer le peuple beaucoup mieux que la plupart de ceux qui la composent » a ouvert une voie dans l’acceptation d’une littérature antillaise. Une acceptation qui donne, encore aujourd’hui, lieu à de multiples débats autour de la langue, de l’africanité de la culture antillaise…

A lire aussi : Aimé Césaire, l’avènement d’une civilisation nègre

Césaire, Lam et Picasso au Grand Palais

Bibiliographie : LOUIS (P.), Conversations avec Aimé Césaire, Paris, 2007

VERGES (F.), Nègre je suis, Nègre je resterai, Paris, 2005

FONKOUA (R.), Aimé Césaire, Paris, 2010

[1] LOUIS (P.), Conversations avec Aimé Césaire, Paris, 2007. Toutes les citations suivantes émanent du même ouvrage.

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