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Boxing Gym la vie sur le vif dune salle de boxe

Boxing Gym la vie sur le vif dune salle de boxe

Un ring fédérateur par le maître du documentaire Frederick Wiseman.

Frederick Wiseman est le maître du documentaire outre-Atlantique. Reconnu par la profession, il est né à Boston en 1930 et a réalisé plus de 36 documentaires. Depuis Titicut Follies, en 1967, documentaire noir et blanc filmé dans une prison réservée aux malades mentaux (film accepté puis interdit au public), Wiseman n’a cessé de filmer la collectivité, la violence, le comportement humain, autant au niveau de l’éducation, des forces de l’ordre, de la santé, des tribunaux, que de la société de consommation américaine, des personnes handicapées, de la guerre… Son dernier opus, La Danse (2009) filmait les coulisses de l’Opéra de Paris. Ce nouveau Boxing Gym s’attache à montrer la vie au sein d’un club de boxe, le Lord’s Gym à Austin (Texas), et la gymnastique d’entraînement de cette discipline. Les sports de combat n’ont cessé d’inspirer les réalisateurs tant au niveau fictif que documentaire. On pense à Darren Aronofsky qui s’intéresse également au corps et à sa violence avec The Wrestler (2009) et l’incontournable Black Swan, mais aussi au documentaire When we were kings de Leon Gast produit en 1996 sur le combat qui opposa Mohammed Ali à Foreman à Kinshasa en 1974, ou encore Fighter aux acteurs récemment oscarisés. Wiseman nous offre quant à lui un documentaire édulcoré sur l’apprentissage de la boxe et montre ce club comme un lieu d’échanges fédérateur.

Filmer la technique de la boxe

En vase clos avec quelques brefs extérieurs, Wiseman filme la technique – échauffements et exercices – ponctuée par des bribes de dialogue ou des interventions de Richard Lord, ancien boxeur pro fondateur du club, face à sa clientèle. Du protège-dents thermomoulable à la jambe d’appui, au positionnement à plat du pied, à l’horizontale des poings à hauteur de figure – sinon la tête explose – plus rien n’a de secret pour nous. C’est la maîtrise du rythme puis de la vitesse, entre sacs de frappe et poire de vitesse.

Le Lord’s Gym, lieu de vie et d’échanges

Wiseman ouvre la porte d’un lieu fédérateur. Au Lord’s Gym, c’est le melting pot : femmes, enfants, amateurs ou pro. Richard Lord, pour 50 dollars par mois, sans contrat mais avec décharge, fait du Lord’s Gym un lieu familial. On se rappelle cette mère qui va allaiter en jogging, ou Lord citant les prouesses gymnastiques de son gamin de 9 ans qui perçoit le ring comme une aire de jeux. Ces gens ont trouvé là un modus vivendi ou la possibilité d’offrir la noblesse du ring pour les 40 ans d’un mari.

Entre brouhaha, silences et paroles : la musique des hommes

La bande sonore est toujours inexistante. De Boxing Gym, vous ne retiendrez que l’expiration après coups des boxeurs, le bruit des poings sur les sacs de frappe… Seul le décompteur de temps et ses 3 minutes à rebours viennent marquer le film d’un son strident. Comme une machine de lutte. Mais, derrière le dépassement du corps, ce sont des hommes en bavardage que Wiseman découvre. Sa technique : constituer des heures de bandes, laisser les gens évoluer, oubliant la caméra, et attendre de voir. Son scénario n’apparaît qu’au visionnage.

Boxing paradoxe

Aucune violence n’est montrée dans Boxing Gym. Richard Lord accueille un enfant épileptique et lui remet la consigne qu’il ne frappera pas à la tête. Un autre dit avoir guéri son asthme en venant au club. Wiseman épargne son documentaire de cette violence qui n’est qu’extérieure. Un massacre dans une fac, un fait divers à la Columbine, évoque une Amérique qui va mal. Boxing Gym émet un paradoxe. Au Lord’s Gym, la boxe fédère plus qu’elle ne détruit.

On apprend – mais est-ce vraiment une découverte ? – qu’au-delà des coups portés, cette pratique demande beaucoup de mental et de maîtrise. La vie, c’est faire des sacrifices, y’a que ça qui paie… Pas d’école… Tu n’as rien… entend-on dire. C’est ton intérieur que tu dois écouter. Wiseman filme des personnes soudées par la même volonté. Finalement, on sourit face à celui qui mime sa passion pour le merengue, un croisement de la salsa. On sort de ce documentaire un peu plus averti des techniques d’apprentissage de la boxe, mais surtout comme si nous venions de partager un teatime avec ces gens. Quelques grammes de finesse dans un monde de brutes… Wiseman donne à la boxe une dimension familiale et chaleureuse inattendue.

Le documentaire se referme sur quelques magnifiques couchers de soleil comme la fin d’une journée d’un club de boxe presque ordinaire, un moment de vie pris sur le vif, dans un pays où le sport est un art de vivre.

Boxing Gym. Réal. Frederick Wiseman. Documentaire américain. 1h31. Avec Richard Lord dans son propre rôle. Sortie le 9 mars 2011.

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