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Beatles un sandwich entre 1 000 et 6 000 Un disque passe inapercu fin 1964 est aujourdhui tres recherche

Beatles un sandwich entre 1 000 et 6 000  Un disque passe inapercu fin 1964 est aujourdhui tres recherche

A l’époque, le phénomène “collector” n’existait pas. Qui aurait pu penser qu’on parlerait encore des Beatles 50 ans plus tard ? Du coup, personne n’acheta “la” pièce rare

La Beatlemania commença en Grande-Bretagne en octobre 1962. Mais de l’autre côté de la Manche et de l’autre côté de l’Atlantique, le public restait froid. Aux Etats-Unis, la conquête commence en février 1964. En France, c’est l’imparable “She loves you (yeah yeah yeah)” qui a mis le feu aux poudres en septembre 1963. Les fans se ruèrent en masse pour faire l’acquisition, notamment, du 45 tours Odéon SOE 3739. Un an plus tard (novembre 1964), le disque fut réédité sous une pochette différente. Mais quel intérêt de l’acheter en double ?

Un disque mort-né

Ce 45 tours fut enterré dès sa sortie… et c’était logique : les fans, dont l’argent de poche était mis à mal par des nouveaux disques de plus en plus nombreux, n’avaient aucun intérêt à racheter des chansons qu’ils possédaient déjà, même si la nouvelle pochette était attractive, même si leur disque commençait à gratter. Et les chroniqueurs spécialisés n’avaient pas intérêt, eux non plus, à chroniquer des chansons vieilles d’un an et demi (presque deux), on les aurait traités de « ringards » : à l’époque, il fallait, selon la formule consacrée, être « dans le vent ». La réédition du fameux Odéon SOE 3739 se fit donc dans la plus profonde indifférence.

C’est le contraire qui aurait dû se produire…

Après l’indéniable succès à Paris au terme de trois semaines de concerts à l’Olympia, leur maison de disque Odéon trouva judicieux de rééditer leur tout premier 45 tours “From Me To You” sous une nouvelle pochette propre à séduire le public français. Photographiés par Dezo Hoffmann, chacun des Quatre de Liverpool s’était déguisé en « Français-type » : Ringo en Napoléon, George en facteur, Paul avec un béret basque et John avec une casquette. Tous les quatre mâchouillent un jambon-beurre, lui aussi typiquement parisien. Et lorsque le disque que personne ou presque ne connaissait fut redécouvert au début des années 70, sa pochette fut baptisée “les sandwiches”.

A sa redécouverte, les avis vont bon train…

Au fil des ans les souvenirs s’estompent, deviennent flous. Parfois même, avec le temps, on en vient à nier l’évidence. Ne serait-ce qu’en ce qui concerne les concerts à l’Olympia : nombreux, encore aujourd’hui, sont ceux qui affirment que la vedette du spectacle était Sylvie Vartan et non eux. Or, lorsqu’on parvient (à grand peine !) à retrouver le programme de ces semaines historiques, on découvre qu’ils figuraient tête d’affiche à l’Olympia. Pour le disque « sandwiches » il en fut de même : on évoqua par exemple la possibilité d’un tirage spécial destiné à être distribué gratuitement ou vendu à l’Olympia. Or les Beatles y étaient en janvier et début février… et le disque ne fut réalisé qu’en octobre !

Mais ce disque n’est pas le seul pressage français à être entouré d’un mystère : on découvrit par la suite que certains disques, fabriqués en France, étaient réservés à l’exportation, comme ce fut le cas pour un 33 tours « Rubber Soul » sur étiquette bleue, probablement pour l’Afrique, et pour quatre super 45 tours Odéon MOE 21 001, 21 002, 21 003 et 21 004 qu’on ne trouva pratiquement qu’en Belgique.

Il y a « disque rare » et « disque convoité »

A rareté égale, un disque de Sheila (pour prendre un exemple) ne vaudra jamais aussi cher qu’un disque des Beatles car les artistes anglais sont collectionnés dans le monde entier. Il y a une plus forte concurrence sur le marché de l’offre et de la demande et les prix s’envolent. Encore faut-il être un amateur éclairé, conscient du fait que plus un objet est coté, plus il devient motivant d’en fabriquer des contrefaçons. Ce qui est arrivé à la pochette « sandwiches ».

Dès le début des années 80 on voit circuler des faux

Les premiers sont des copies grossières qui, hélas, abusèrent ceux qui n’avaient jamais eu l’édition originale entre les mains. Mais, sans toutefois dédouaner les escrocs, reconnaissons qu’un collectionneur raisonnable qui se voyait proposer un disque des Beatles dont la photo de pochette était floue aurait dû, en toute logique, se poser des questions ! Aujourd’hui la situation est plus grave. Avec l’évolution de la technique, les faussaires parviennent aujourd’hui à confectionner des exemplaires contrefaits qui peuvent être qualifiés de purs fac simile. Les sommes en jeu justifient l’effort : il est plus rentable et moins risqué de fabriquer un faux disque d’une valeur de 5 000 € que dix faux billets de 500 € !

A l’heure actuelle, le mystère reste intact

Depuis une quarantaine d’années, tout le monde cherche à expliquer, à comprendre le mystère de la pochette « sandwiches ». Trois chercheurs collectionneurs (Yvon Marie, Jean-Claude Hocquet et Eric Krasker) avancent une hypothèse qui semble être la plus logique à l’heure actuelle : la pochette « sandwiches” faisait partie d’un vaste plan de réédition des disques des Beatles, et celle-ci serait la dernière de la série. Les disquaires, donc les bacs débordaient déjà de 45 tours et de 33 tours des Beatles, auraient pris peur devant la perspective d’avoir beaucoup de mal à les vendre. Ils auraient alors, pour la plupart, refusé le dernier arrivage. Le plus gros du tirage serait donc resté sur les bras des représentants puis retournés à l’usine. Auraient-ils alors été détruits ? Cela expliquerait la rareté de l’objet dont un petit nombre selon aurait été proposé en magasins. Mais achevons notre billet sur une note d’espoir : peut-être (comme ce fut déjà le cas dans le monde des collectionneurs de bande dessinée) le stock sera-t-il un jour retrouvé… ce qui aurait pour effet de voir sa côte s’effondrer… et disparaître à jamais les contrefaçons.

Plus fort que la Bourse !

En 1964, lorsque personne n’en avait voulu, le disque se vendait 9,90 F. En 1997, il valait 6 000 F. Aujourd’hui il se négocie autour de 6 000 € Et encore ne s’agit-il pas du disque le plus rare des Beatles : le 78 tours des Quarrymen vaut dix à cent fois plus (toutes les cotes des disques des Beatles se retrouvent dans l’Argus 2011 ; cliquer ici).

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