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Bacterie tueuse le mystere des graines germees venues dEgypte

Bacterie tueuse le mystere des graines germees venues dEgypte

Les mêmes graines germées venues d’Égypte seraient à l’origine de la contamination à la bactérie E. Coli en France et en Allemagne. Voici comment.

Le mystère de la double contamination à la bactérie tueuse E. Coli en France et en Allemagne est en passe d’être définitivement levé. Les récents cas signalés à Bordeaux ont permis à l’Agence européenne de sécurité alimentaire (EFSA) et au Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC) d’avancer enfin dans une enquête qui, depuis un mois, débouchait sur des impasses. Après une «évaluation rapide des risques». il ressort que les deux infections, de chaque côté du Rhin, auraient été causées par des graines de fenugrec venues d’Égypte.

Des malades en Allemagne et en France

  • 4 morts de plus en Allemagne.

La bactérie E.coli a fait quatre nouveaux décès en Allemagne ces derniers jours, portant à 48 en tout le nombre des victimes (dont une en Suède) de l’épidémie à la date du 29 juin. Outre-Rhin, la bactérie a touché près de 4000 personnes, parmi lesquelles on a constaté 840 cas de SHU (syndrome hémolytique et urémique).

  • 16 cas en France.

Depuis le 22 juin, 16 cas d’infections (huit cas de SHU et huit de diarrhées sanglantes) ont été signalés dans la région bordelaise. Onze personnes avaient participé le 8 juin à une kermesse scolaire. Neuf étaient hospitalisées à Bordeaux lundi 27 juin, dont deux dans un état jugé sérieux.

  • Un décès à Bordeaux.

Une femme de 72 ans, hospitalisée mardi 28 juin pour des diarrhées sanglantes, est décédée le 2 juillet. Elle aurait consommé des graines germées avec des amis mais la souche de la bactérie n’est pas la même, et encore plus rare que la souche O104 H4.

La même souche en France et en Allemagne

  • La souche O104 H4.

Selon Le Figaro du 29 juin, «il se confirme que le même germe est en cause de part et d’autre du Rhin. À savoir, la souche O104 H4 isolée, pour l’instant, chez quatre des seize personnes infectées à Bordeaux ainsi que sur la plupart des milliers de malades recensés en Allemagne et en Suède depuis la mi-mai».

  • Une souche rare.

«Il s’agit d’une souche très rare de bactérie E.coli productrice de shigatoxines dont la dernière manifestation remonte à 2005 sur un cas en Corée du Sud», explique au quotidien Gilles Salvat, le responsable du laboratoire de l’Agence de sécurité sanitaire des aliments (Anses).

  • Une origine humaine.

La bactérie en cause serait d’origine humaine et d’une virulence exceptionnelle. Alors que la souche des steaks hachés surgelés, responsable de l’infection de Lille (0157 H7) ne provoquait un syndrome hémolytique et urémique (SHU) que dans 5 à 10% des cas, celle qui sévit à Bordeaux et en Allemagne déclenche des SHU dans 25 à 30 % des cas.

Comment le microbe a-t-il voyagé ?

Comment le même microbe a-t-il pu provoquer deux épidémies à un mois d’intervalle en Allemagne et en France ?

  • Du fenugrec importé d’Égypte.

L’Agence européenne de sécurité des aliments (EFSA) a expliqué, mercredi 29 juin, que des graines de fenugrec importées d’Egypte en France et en Allemagne en 2009 et en 2010 ont joué un rôle dans l’intoxication. «À la suite des récents cas signalés à Bordeaux, rapporte Le Monde, l’agence européenne, basée à Parme, en Italie, évoque clairement cette piste égyptienne»: «L’enquête de traçabilité progresse et a montré jusqu’alors que des graines de fenugrec importées d’Égypte en 2009 et/ou en 2010 par la société allemande AGA SAAT sont impliquées dans les deux déclenchements» des intoxications en Allemagne et en France, a indiqué cette évaluation conjointe des deux organismes européens».

  • Des factures.

«Le fenugrec égyptien a été identifié grâce aux investigations permises par les factures et les interrogatoires de malades», précise au Parisien Frédéric Vincent, porte-parole des questions de santé à la Commission européenne. «Depuis quelque temps, on imaginait que les graines pouvaient venir de loin, et l’idée était de trouver le lien entre les crises françaises et allemandes».

  • Deux lots distincts.

La société AGA SAAT aurait revendu le lot de graines de 2010 à la ferme biologique Gärtnerhof de Basse-Saxe, à l’origine de l’épidémie allemande. Quant au lot de 2009, il aurait été vendu à la société britannique Thompson & Morgan qui l’a ensuite livré au magasin Jardiland de Villenave-d’Ornon, près de Bordeaux.

  • De Jardiland à la kermesse.

C’est là que des employés de la ville de Bègles ont acheté les graines qui, après avoir été mises à germer, ont été servies le 8 juin lors de la kermesse scolaire. Or, rapporte Le Figaro, «sur les 16 cas bordelais déclarés, 11 ont participé à cette fête et neuf ont consommé des graines germées, précise l’Institut national de veille sanitaire (InVS)».

Pourquoi la souche est-elle difficile à isoler ?

Pour valider une fois pour toutes la piste égyptienne, les experts doivent vérifier que les graines suspectes sont bel et bien porteuses d’O104 H4. Gilles Salvat, de l’Anses, interrogé par le Quotidien du Médecin, estime qu’«il demeure encore une incertitude», dans la mesure où la souche n’a pas encore été isolée de ces graines.

  • Des bactéries dormantes.

Il suffit d’un tout petit nombre de graines pour déclencher l’épidémie, aussi la mise en évidence de la bactérie pathogène dans les graines est très difficile. «En outre, poursuit le quotidien médical, il s’agit d’aliments secs, ce qui a pour conséquence de mettre ces bactéries dans un état de dormance, peu propice à leur multiplication et donc à leur identification.

  • Un laboratoire de Lyon

C’est un laboratoire de référence de Lyon, explique de son côté Le Parisien, qui doit «dire si les graines ingérées par les patients hospitalisés à Bordeaux étaient contaminées par la fameuse et rare bactérie».

  • Deux mystères.

Il reste deux inconnues supplémentaires, note Le Figaro. Les graines germées ingérées le 14 juin, lors d’un repas avec des amis, par la femme de 72 ans hospitalisée à Bordeaux étaientt-elles infectées par la même souche d’E.coli ? L’enquête a révélé que non. Enfin, «un cas autochtone» d’infection par la souche O104 H4, signalé en Suède apparaîtrait «sans lien évident avec les cas allemands.»

Quelles précautions pour les graines germées ?

  • Qu’est-ce qu’une graine germée ?

Pour obtenir une jeune pousse, on fait germer une graine ou un haricot, par simple humidification. Certains consommateurs font germer les graines eux-mêmes à la maison avec un bocal et du tulle, mais la plupart les achètent en barquette dans les supermarchés et les boutiques bio.

  • À la mode.

Les graines germées sont très à la mode car elles sont riches en magnésium et en vitamines et elles sont particulièrement décoratives. Ces produits biologiques sont le plus souvent consommés crus, en salades ou encore en poudre sur des plats.

  • De toutes sortes.

On en consomme de toutes sortes: des céréales tels que l’avoine, le blé, le maïs, l’orge ou le millet; des légumineuses comme les haricots verts ou rouges, le fenugrec, la luzerne, les lentilles, le soja ou les pois chiches; des oléagineux tels que le tournesol ou le sésame; des mucilagineux comme le cresson ou le lin ; des ombellifères comme la carotte, le céleri en branche ou rave, le fenouil; des crucifères enfin tels que le radis, le navet ou la moutarde.

  • Ne pas les consommer crues.

«Les autorités françaises recommandent, par l’intermédiaire de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF), de ne pas consommer de graines germées crues», précise Le Monde, notamment du fenugrec, de la moutarde et de la roquette. L’Anses conseille au Figaro d’appliquer cette règle aux «variétés les plus courantes comme les pousses de soja. Il faut les manger tout de suite après la cuisson et bien se laver les mains après les avoir manipulées. Il est aussi déconseillé pour le moment de faire germer des graines chez soi.»

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