Tavio Amorin : 18 ans après, l’assassin court toujours

Il y a 18 ans mourrait Tavio Amorin, haut-conseiller de la République, parlement de la Transition, régime sorti de la conférence nationale chargé de mettre le Togo sur la voie de la démocratie. Pour moi, c’était l’espoir d’une jeunesse corrompue par le parti unique.

Enterrement de Tavio Amorin

La presse privée togolaise rend hommage à l’ex secrétaire général du Parti socialiste panafricain (PSP), auquel je rêvais à l’époque d’adhérer. A l’époque,  j’avais 17 ans et étais en classe de première. Je venais de lire le Manifeste du parti communiste de Karl Marx (une édition préparée par Engels) et l’idéologie allemande de Friedrich Engels ou de Marx. Comme mon père qui vouait un amour fou à Sékou Touré (sur ce point je n’ai jamais été d’accord avec lui), j’étais donc communisant avant de tomber sur le jeune Tavio. Il avait 31 prunes. 31 prunes et sa fougue intellectuelle illuminait la salle de la Conférence nationale, ses interventions au vitriol  et son sens de la répartie étaient comme des obus lâchés sur Lomé 2 mais émoussaient déjà les contorsions politiques des politiciens retors de l’opposition. Léopold Gnininvi en sait quelque chose avec son « les accords n’engage que les signataires ». Pour son âge, j’étais impressionné par son sens politique. D’où tient-il toute cette culture ?

Dans un environnement politique pollué où dominaient un pouvoir monolithique et la dictature de la pensée unique, où la  valeur de l’homme ne reposait pas sur le mérite, où la médiocratie était portée au pinacle, Tavio représentait  pour moi l’avenir de la jeunesse togolaise, celle qu’on devrait bâtir sur le travail et le  courage et non la paresse.

Au sortir de la conférence nationale, il n’y avait point de doute pour moi, ce garçon devrait avoir un avenir politique radieux.   C’était sans compter avec la restauration militaire du dictateur poussé dans ses derniers retranchements  comme une panthère blessée et qui  repart à l’assaut les griffes dehors, la rage de la destruction au cœur. Le dictateur a lâché ses bergers allemands enragés dans la foule. L’un d’eux massacra Tavio et signa même le forfait en laissant armes et carte d’identité sur le lieu du crime. Il venait de tuer l’espoir de toute une jeunesse.  18 ans après, l’assassin de Tavio court toujours.

Le crime de Tavio Amorin, c’était de parler de démocratie, d’égalité,  de droits de l’homme, de dignité, de la fierté  d’être togolais, mais aussi de développement, du mérite, du travail bien fait. Son crime c’était de dire que ce pays doit être dirigé par les meilleurs de ces éléments. 18 ans après sa mort, les valeurs qu’il défendait sont toujours méprisées. Et la situation du Togo s’est encore plus aggravée, peut-être irrémédiablement, le pays battant de l’aile hanté par le destin de Haïti.

La mort non élucidée de Tavio Amorin est symbolique de l’impunité qui règne dans notre pays mais elle métaphorique  aussi de l’impossible intégration des meilleurs d’entre nous dans la vie politique. Ici, on a plutôt tendance à éliminer les meilleurs éléments, ceux qui constituent la pointe de la communauté, et laisser prospérer les médiocres. Regardez un peu la classe politique d’aujourd’hui et vous verrez.

Quand je pense au Togo, la mort de Tavio Amorin est justement là où j’ai mal.

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