Archive for avril, 2009
Les militants de l’UFC sont à la fête
Mercredi, avril 29th, 2009
Voici comment les militants et sympathisants de l’UFC et les forces de l’ordre ont passé la journée du 27 avril, jour anniversaire de l’indépendance nationale.
Echauffourées gazeuses avec les argousins du ministre de la sécurité et de la protection civile, pique-nique l’après-midi à la plage.

Ce que je n’ai pas compris c’est pourquoi Faure Gnassingbé et son équipe ont pu vouloir sans raisons valable disperser une manifestation pacifique de cette envergure et faire de la pub à ces dogmatiques de l’Union des forces du changement.
Dès fois, il suffit de savoir raison garder et laisser les chiens hurler au passage de la caravane. L’intervention des forces de l’ordre dressent le lit du jusqu’au-boutisme de l’UFC. Et cette fois-ci je pense que les sbires de Faure ont vraiment tort.

Le 27 avril, il faut célébrer tout doux. Regarder ces gens qui se sont fait la main le matin, et le soir sont allés tranquillement se restaurer sur le sable.
PS. Les photos ont été transmises ce matin aux rédactions des organes de presse par le bureau de l’Union des forces du changement.
La drôle de fête de l’indépendance nationale
Lundi, avril 27th, 2009
Illustration symbolique ce matin de la division des Togolais quant à leur fête de l’indépendance nationale du 27 avril : la pluie de gaz lacrymogènes sur les militants et sympathisants de l’Union des forces du changement (UFC), lesquels gaz lacrymogènes venaient tout droit des forces de l’ordre et d’un ordre express du ministère de la sécurité et de la protection civile. Plus de peur que mal, il n’y eut pas de blessés graves, et tout le monde est rentré à la maison. Passons sous silence, la méthode utilisée par le ministre de la protection civile pour disperser la manif, somme toute normale, de l’UFC. Disons que c’est la meilleure manière de dresser le lit de popularité du parti de Gilchrist, de la publicité gratuite.
Le problème, c’est que chacun fête l’indépendance à sa manière. D’un côté, le pouvoir de Faure Gnassingbé l’a voulu grandiose en organisant un défilé militaire et civil devant le boulevard de la nouvelle présidence. Une tribune y a été rapidement construite, ce qui témoigne de la volonté de Faure Gnassingbé de rompre avec la politique de son père, ce dernier s’était évertué à effacer le 27 avril de la mémoire des Togolais, au profit de son abject 13 janvier. En vain.
D’un autre côté, l’UFC et ses sympathisants l’ont aussi voulu grandiose et le fête réellement de manière tonitruante. Ils se sont carrément approprié la fête de l’Indépendance. C’est littéralement leur fête. Raison : l’indépendance nationale a été obtenue de « haute lutte » par les Nationalistes conduits par Sylvanus Kwami Elpidio Olympio, le président du Comité de l’Unité togolaise (CUT), ancêtre de l’UFC. Ce parti est d’ailleurs dirigé par le fils du père de l’indépendance, le très charismatique leader Gilchrist Olympio.
Reste une tierce partie de la population qui ne comprend rien à tout ce drame de l’indépendance et voudrait fêter dignement sans arrière pensée le 27 avril et pouvoir raconter et expliquer l’Histoire du Togo aux enfants et aux générations futures.
Gageons que cette troisième partie n’a pas voix au chapitre et ne l’aura peut-être jamais.
Ceci illustre le paradoxe de la situation togolaise, l’histoire du pays est prise en otage de façon absurde par deux familles, les Olympio et les Gnassingbé, et leurs partis politiques.
Depuis 1991, après la conférence nationale, on n’a jamais réussi à créer à faire l’unanimité autour de la fête de l’indépendance. Une chose reste quand même incompréhensible, c’est à la Conférence nationale que l’on a rétablie le 27 avril et le père de l’indépendance du Togo, un rétablissement fait par toutes les forces vives de la nation révoltées contre la dictature d’Eyadema. C’est la même conférence qui a demandé le retour express de Gilchrist Olympio.
Pourtant, C’est l’UFC, dernier des grands partis politiques du Togo qui s’approprie l’indépendance nationale, comme si les autres Togolais ne sont pas héritiers des pères fondateurs du 27 avril 1958 ; comme si ce n’étaient pas tous les Togolais qui ont contribué à l’écrasante victoire du CUT cette année-là.
Pauvre Togo, otage des querelles politiciennes, pris en otage par deux partis politiques qui n’ont quand même pas fait avancer ce pays ! A l’orée du cinquantième anniversaire, le quarante-neuvième anniversaire constituerait l’heure du bilan. Le moment n’est-il pas venu de revenir sur le passé pour bâtir l’avenir?
Comment comprendre alors que le 27 avril divise tant.
Je vous donne le lien d’un article que j’ai écrit sur www.focusinfos.com quand j’y travaillais encore, à propos de mon droit d’inventaire sur le père de l’indépendance, en tant qu’héritier du nationalisme togolais. Voir le lien: www.focusinfos.com/index.php?option=com_content&task=view&id=1076-46k
Liberté d’expression : La pantalonnade de la Haac
Jeudi, avril 23rd, 2009Trois jours après sa dramatique décision d’interdire les émissions interactives sur les chaînes de radio du Togo, sans arriver comme toujours à motiver sa décision, l’inénarrable Haute autorité de l’audiovisuelle et de la communication du Togo (Haac) se rebiffe en levant son interdiction ce jeudi matin. L’information est portée à l’attention des organes de presse ce matin à l’austère siège de l’institution à Agbalépédo.
La Haac voulait interdire les émissions sur les récents événements portant sur le putsch déjoué contre le chef de l’Etat Faure Gnassingbé, sous prétexte que les commentaires pourraient conduire à des dérapages. Pourtant, c’est plutôt le silence et le black-out sur l’information qui conduit aux dérapages. Ironie de l’histoire, pendant qu’elle refuse ce genre d’émission sur les chaînes nationales, Radio France internationale organisera les mêmes émissions à l’Université de Lomé mardi 28 avril prochain à l’université de Lomé, le limon même de la contestation et des soubresauts démocratiques à Lomé. Le pouvoir politique n’a rien dit. Quelle mouche a alors piqué Phillipe Evegno, le très classique président de la Haac a s’aventurer dans cette galère ?
Il ne s’agit pas d’une reculade, c’est tout simplement une pantalonnade. Une comédie burlesque que joue cette institution, mauvaise actrice d’une pièce dans laquelle elle ne connaît pas son rôle. Pas à cause d’une mauvaise distribution, car les rôles ont été très bien distribués, c’est la Haac qui ne connaît pas le sien. Zélée, contre-productive, prenant des décisions qui ne lui sont même pas demandées par l’exécutif, la Haac s’emploie à devenir l’instrument de répression de la liberté d’expression au Togo. Et pourtant, pour la première fois dans notre pays, la parenthèse du régime de Transition mise à part, l’exécutif est décidé à accroître les libertés de presse et d’expression.
Comment alors cette institution, autonome et indépendante, s’échine-t-elle à devenir l’esclave de l’exécutif et du parti au pouvoir ?
C’est la question éternelle de l’administration et de la construction des Etats en Afrique. C’est la qualité des hommes qui est en cause. Chaque fois que dans la vie d’une nation, les institutions sont défaillantes, il faut pointer le regard sur la qualité morale et intellectuelle des dirigeants.
Il m’en souvient de ce livre écrit sur le Togo par Robert Ajavon, que détestent, en passant les militants de l’UFC, et dans lequel l’auteur, militant du Parti togolais du progrès (PTP), fait savoir que voulant quelqu’un pour le représenter le Togo en France, Nicolas Grunitzky lui a demandé de chercher un homme qui est à l’abri du besoin et qui ne peut succomber aux tentations des propositions indécentes que pourrait lui proposer les Blancs.
On donne l’occasion aux gens pour faire avancer la cause de la démocratie et du progrès au Togo et ils en sont incapables, s’employant bassement à se ridiculiser en protégeant leurs misérables gagne-pains.
Inutile d’explorer les utopies hégéliennes. La question est devant nous. Nous sommes esclaves, certes, mais de qui ?
Cette pantalonnade de la Haac serait presque risible s’il ne s’agit du destin de la presse au Togo. Comme par hasard, cette presse fonctionne exactement comme la Haac, refusant de se libérer des carcans qui l’enferrent dans une situation d’inféodation aux pouvoirs politiques et aux pieuvres financières du pays. Nous avons le code de la presse le plus libéral d’Afrique et pourtant, la presse togolaise est l’une des plus serviles qui soient au monde.
Je ne veux même pas parler de la qualité, ça c’est une autre histoire.
Faure pas assez Kabyè !?
Mardi, avril 21st, 2009
L’information est risible sauf que ça ne fait pas rire du tout, au regard de la situation actuelle si dangereuse que l’avenir en est plus qu’incertain. Le facteur ethnique qui a tant nui au processus démocratique au Togo réapparaît sous une forme où on l’attend le moins. La crise togolaise se voyait en une opposition Nord-Sud, un cliché véhiculé par les réseaux françafricains pour maintenir Eyadema, puis Faure au pouvoir ; maintenant la crise politico-familiale des Gnassingbé est aussi comprise comme la manifestation d’une opposition Nord-Sud. A lire les journaux et à entendre les dialogues en ville et les fameuses ébullitions à Kara, c’est la guerre civile qui pointerait à l’horizon, par la faute de Faure qui vient de rallumer ainsi un conflit ethnique qui couvait sous la cendre. On y perd sa sociologie. Ce sont-là des conneries à la togolaise.
Depuis l’arrestation de Kpatcha Gnassingbé, de son frère Essolizam et de leurs complices vrais ou supposés, les cénacles des sympathisants des putschistes disent que Faure n’est pas assez Kabyè. Un vrai kabyè, disent-ils, n’arrête pas ses frères et ne les embastille pas, même s’ils se la coulent tout douce là où ils sont, au lieu de l’infecte prison civile.
Un vrai Kabyè construit chez lui à Kara ou dans l’un des escarpés hameaux des montagnes de la Transkaragebiet qui faisait si peur au colonisateur allemand. Un vrai Kabyè, disons, un vrai chef Kabyè, déborde de générosité, il distribue de l’argent à bras rompre. Il est tribal, il est clanique. Il doit avoir l’esprit agreste des gens attachés à la glèbe. Un vrai chef Kabyè passe ses week-ends à Pya, avec les membres de sa tribu. L’Etat, c’est d’abord et avant tout la famille, le clan, la tribu, le village et après l’ethnie.
Faure Gnassingbé serait évidemment le mensonge de toutes ses qualités d’un vrai Kabyè. Il est plutôt un patchwork d’un Rapetou, d’un Picsou, et autres Harpagon. C’est un vrai radin. Contrairement à son père, il a mis fin à une pratique abjecte, qui consistait à accorder des audiences quotidiennes à des réseaux de citoyens à qui on distribuait de l’argent. Il a construit une villa dans le village de sa mère et non à Kara. Il ne va pas en villégiature à Pya. Voilà les traits marquants d’un vrai-faux kabyè !
En plus les kabyèocentristes n’ont vraiment pas de chance : Faure, c’est un sang-mêlé. Sa maman est du Sud (où est le Sud dans ce foutu pays ?). Parlant du chef de l’Etat, un directeur de publication, un kabyè dirigeant un journal très proche du RPT, mais visiblement pro-Kpatcha, a fini par cracher le morceau : « c’est sa maman qui le monte. Ce n’est pas un vrai kabyè».
Pourtant Faure Gnassingbé est un authentique kabyè. Tout le prouve : dans ce pays, l’identité et la culture d’un individu se définissent à travers la couleur ethnique des eaux spermatiques du géniteur, et à l’évidence le ventre de la femme qui l’a porté pendant neuf mois et l’a nourri à son lait, passe pour négligeable. Ce qui donne lieu à cette aberration identitaire qui fait qu’un individu peut être d’une culture, ne rien savoir ni de l’ethnie ni des coutumes paternelles, et être perçu pourtant comme un authentique membre de la société de son père. Le président parle correctement le Kabyè, et est même très doué pour passer sans transition du français au kabyè en passant l’Ewé, la langue de sa mère. Il a même subi les douloureux rites Evala qu’Eyadema a imposés à son peuple. Son entourage est constitué majoritairement de Kabyè, et la langue officielle de la présidence serait, on s’en doute, le kabyè. Mais tout cela paraît insuffisant pour le taxer de Kabyè.
Voici la mentalité que nos parents nous ont léguée pour fonder une nation et une République au 21ème siècle ! On n’y peut rien, mais c’est le pays que nous avons hérité. Sur quels critères pourra-t-on définir son appartenance ethnique maintenant au Togo ? Sur quels critères pourra-t-on définir son appartenance à la nation ?
Ainsi donc, au regard de la nouvelle rhétorique anti-Faure, le chef de l’Etat est perçu comme un traître à son clan et à son ethnie, un fils illégitime. D’où la perception du putsch manqué comme un montage savamment orchestré par un fils « illégitime » pour ruiner ses frères et si possible s’approprier l’héritage familial.
L’héritage ? Le pays, ses réseaux économiques et d’affaires, certes, mais aussi une centaine d’enfants que le père a égaillés dans les ventres de dizaines de femmes togolaises, pensant peut-être y réaliser ainsi l’unité de la nation. Des enfants dont le destin au quotidien est régenté par Faure et par devers qui il s’emploie à conserver le pouvoir en se basant sur un réseau clientéliste tribal. Voici l’encombrant héritage que le général Eyadema a mis sur les frêles épaules d’un jeune homme qui n’a pas fini de goûter au plaisir …
Cela apparemment ne suffit pas pour les tribalistes à tout crin du pouvoir. Il faut forcément opposer Faure à son frère Kpatcha, ce dernier étant considéré comme l’incarnation de son père, son épigone, le clone, l’homme pouvant reproduire à l’identique le schéma de gouvernance qui enténèbre la vie politique du Togo depuis plus de quarante ans.
La question n’est plus de se douter si Kpatcha a pu vraiment oser penser un seul instant qu’il a un destin national. Il l’a pensé, y a certainement cru et s’était préparé pour cette éventualité; des déçus du pouvoir, ces histrions tribalistes, jaloux de leurs acquis, que Faure s’applique à écarter depuis quatre ans, le lui ont seriné. N’est-il pas un kabyè pur sang de père et de mère?
Si le chef de l’Etat est la négation de Kpatcha, alors qui est-il réellement ? Il serait intéressant d’analyser si Faure est en train de démolir, et ce avec une partie de l’armée, l’encombrant et suicidaire héritage monarchique d’Eyadema ou s’il est simplement en train de le remodeler à sa convenance pour écrire l’histoire de sa dictature personnelle.
En 2005, on avait craint que le Togo ne se transforme en Haïti, première République noire indépendante du monde mais toujours à la traîne, avec un Bébé doc succédant à un Papa Doc. Faure n’est pas encore Bébé Doc, et il a su donner à son peuple une relative liberté, même si ce peuple meurtri et déglingué par 19 ans de soubresauts démocratiques, ne sait plus à quels saints se vouer. Mais incapable de résoudre les problèmes existentiels de ses concitoyens, Faure ne risque-t-il pas de transformer son pays en Haïti, pauvre pays déboussolé par son histoire avec des populations croupissant dans une misère crasse ?
Pour le moment, on ne sait pas si Faire est en train de faire renaître le Togo de ses cendres ou en train de mettre le pays sur une certaine voie chaotique et ténébreuse, tout en préservant la fortune familiale.
Ces pistes de réflexion sont quand même intéressantes dans la perspective de la présidentielle de 2010 ?
La question du tribalisme si présente dans la vie politique togolaise, dans le fonctionnement même de l’Etat et de ses institutions, dans la vie au quotidien, a été longtemps ignorée par l’opposition togolaise comme une donnée essentielle dans la résolution de la crise.
La résurgence de la question avec les bisbilles au sein de la famille au pouvoir, doit pouvoir amener les acteurs à s’interroger sur les ressorts du conflit. C’est d’une légèreté que de vouloir banaliser le problème ethnique au Togo. S’il est partout présent en Afrique, il n’en demeure pas moins qu’au Togo, il faut une réflexion assez poussée sur le sujet. Si la plupart des Kabyès soutiennent Kpatcha comme les journaux le laissent entendre, comment peut-on alors comprendre cette ambition quasi atavique chez les Kabyè de vouloir conserver le pouvoir par devers eux ? Pourquoi ce peuple rechignerait-il à fonder avec les autres la nation togolaise ? Qu’est-ce qui s’est passé dans notre Histoire commune et qui peut expliquer la volonté farouche chez une certaine élite kabyè, bénéficiant largement des privilèges dus aux acquis actuels, pour dédaigner les montagnes escarpées de la Transkaragebiet, en vue de s’accrocher à tout prix au pouvoir ? Simple logique de conservation ?
Le Togo fêtera le 27 avril prochain son quarante-neuvième ou cinquantième anniversaire de l’indépendance (ah cette histoire du Togo !). Tourner le regard vers le passé s’impose. Car l’histoire est le seul laboratoire dont dispose les hommes pour comprendre le fondement des sociétés.
Affaire Kpatcha : L’état général de la presse togolaise
Vendredi, avril 17th, 2009Un de mes amis confrères vient de me suggèrer d’éviter de parler de l’affaire Kpatcha sur le Net. Raison : la toile serait infiltrée par les Renseignements généraux togolais! Ce qui explique selon lui la lenteur de la connexion depuis que les sbires de Faure ont mis fin à la cabbale de Kpatcha.
Mais que pensez-vous alors de l’affaire ? « Evite le sujet, dis-je », me rétorque le confrère au téléphone.
Je vais en parler quand même, quitte à aller me réfugier à l’ambassade des Etats-Unis au cas où. J’ose croire que dans mon cas, je constituerai un réfugié « hautement » politique devant Oncle Sam.
Le sentiment de peur de mon ami journaliste illustre un peu l’état de la presse depuis le début des événements. Entre peur, suspicions généralisées et désinformations. Il y en a même qui disent que l’Union des forces du changement soutient le coup de force de Kpatcha et que le chef d’escadron Akila-Esso Boko, réfugié en France, serait devenu premier ministre si le jumeau de demi-frère du Président avait réussi son coup. D’autres disent qu’il y aurait plus de 200 arrestations, civiles et militaires ; que Kara, le fief de Kpatcha serait en ébullition ; que des militaires partisans de Kpatcha se réorganisent pour le libérer et faire sauter Kpatcha.
Tout cela est bien sûr très faux.
Il y a également une autre presse qui croit que Kpatcha est victime d’une machination du Président et qui avance aussi le contraire, c’est-à-dire la véracité du complot. Toutes les deux thèses sont plausibles. Mais puis après ?
Le problème, c’est que personne n’arrive à expliquer ces événements, à faire une analyse juste du cours de l’histoire actuelle que les Togolais vivent et qui apparemment est capital pour l’avenir de ce pays.
Comme par le passé, la presse togolaise est aveugle devant les événements, incapable de les prédire ou d’en expliquer la portée aux lecteurs. Impossible d’instruire l’opinion. Comme en octobre 2008, elle ne fut pas capable de prédire la victoire du RPT au nord du pays, comme elle fut tout aussi incapable d’analyser et d’expliquer la victoire paradoxale et scandaleuse du RPT dans l’Ogou, préfecture qui a le plus souffert des massacres d’avril 2005.
La presse togolaise donne dans l’intox, la désinformation et la mal-information. Résultat : le peuple, mal informé, n’arrive pas à comprendre les événements qu’il vit depuis le 05 octobre 1990 pour pouvoir décider de l’avenir. Résultat : le peuple adopte la même attitude à chaque élection, à chaque changement de donne. Dérouté, troublé, le peuple vit le même psychodrame, sans toutefois se poser la question de savoir pourquoi ça ne change jamais ?
Pourtant on peut se poser cette question : ces événements du 12 et du 14 avril, au regard de notre histoire récente depuis 2005, peuvent-ils apporter un changement quant à un nouvel ordre politique au Togo ?
Il est clair que Faure en mettant Kpatcha et tous ses collabos sous le boisseau vient maintenant de prendre réellement le pouvoir et d’achever ainsi la longue succession de son père. Maintenant que va-t-il faire ? Asseoir la démocratie ou écrire une page d’une nouvelle dictature ?
Dans ce cas, que va faire l’opposition togolaise ? En 2005, si Faure et Kpatcha ont pu prendre le pouvoir, c’est parce qu’il n’y avait aucune alternative crédible, surtout pas Akitani Bob le candidat de l’opposition. Avec la nouvelle donne, l’opposition est-elle capable de constituer une alternative incontestable pour qu’il y ait un jour l’alternance dans ce pays.
Une attitude louable mais quand même intrigante : le silence du Comité d’action pour le renouveau (Car) de Me Dodji Apevon et d’Agboyibo. Car effectivement, dans la confusion généralisée, il faut éviter de parler pour ajouter à la cacophonie. Ainsi fait le sage. Il faut chercher comme dit Kojève l’entendement des événements.
Kpatcha affaibli, que va faire Faure maintenant?
Mardi, avril 14th, 2009
Kpatcha Gnassingbé vient de passer sa nuit pascale la plus heurtée. A l’évidence, le sac de sa vaste résidence a été effectué par les éléments des Forces d’intervention rapide venus «en appui» à la gendarmerie, sous la houlette du Colonel Katanga, son propre beau-frère. Laquelle gendarmerie, requise par le Procureur de la République Robert Bakaï, était venue interpeller de présumés comploteurs dont certains militaires de l’entourage du député de la Kozah. Tout cela reste bien sûr à vérifier. A l’absence d’infos, on s’appesantit sur la version officielle ; laquelle version est bonne à prendre avec des pincettes.
Ainsi, la lutte fratricide entre le chef de l’Etat Faure Gnassingbé et son demi-frère Kpatcha vient d’atteindre son point culminant, ce qui devrait aboutir à l’élimination politique sinon physique de l’un des deux belligérants. Au stade actuel de «l’enquête préliminaire», c’est Kpatcha Gnassingbé qui perd beaucoup de points. Enormément.
Isolé dans sa maison et diminué physiquement après l’épreuve de la nuit du 12 avril où il se serait terré dans une cache, les officiers proches de lui arrêtés, Kpatcha devrait compter ses jours de liberté.
Les accusations sous-entendues qui pèsent sur lui, peuvent conduire à ôter son immunité parlementaire et l’amener directement en prison, dans le pire des cas. Dans le meilleur des cas, il négocie sa disparition de la scène politique, et se verra confiner dans le bizness, d’où il n’aurait dû jamais sortir. Du statut de président en second à son sort de personnage shakespearien actuel, en passant par celui de président en puissance dont-il s’est revêtu, on dira que Kpatcha depuis la mort de son père ne faisait que glisser sur une pente déclive.
Bien entendu, c’est Faure Gnassingbé qui sort grand gagnant de cette longue confrontation fratricide : il vient de parachever à l’occasion la fastidieuse succession chaotique du général Eyadema entamée depuis février 2005, par cadavres interposés. Jamais au cours de la lutte contre son frère, il n’a perdu une seule bataille. S’il a paru faiblir quelques temps, c’est juste pour mieux endormir son adversaire afin de lui apporter l’estocade. Comme disait de Gaule, « rien ne rehausse l’autorité mieux que le silence, splendeur des forts et refuge des faibles ».
Faure a toujours navigué dans cette ambivalence. Une première victoire fut obtenue par l’éviction de Kpatcha du ministère de la défense ; une seconde, à la Pyrrhus, par son refus de le voir au perchoir de l’Assemblée. Si les deux premières victoires ont été obtenues grâce au meccano politique et politicien, la dernière a été réussie grâce à la force brute. Une leçon pour Kpatcha qui a toujours pensé qu’il suffit d’obéir à la loi hobbesienne de la force brute pour parvenir au pouvoir. Il s’est trompé lourdement. Son frère aîné a su jouer habilement de Machiavel.
Normalement ce qui se passe sous nos yeux, ne devrait pas constituer un scandale. Tout au plus, il illustre ce que nous savions déjà : l’alternance au Togo passera hypothétiquement par des voix civilisées et le pays – c’est une litote- n’est pas encore une démocratie, mais ce n’est plus une dictature non plus. Une espèce de flou artistique flotte sur nos destins: comme en Turquie, l’armée togolaise aura dans les années à venir son mot à dire.
Depuis la nuit des temps, les souverains tuent les princes trop pressés qui lorgnent sur le pouvoir ; les fils commettent le parricide sur un père devenu encombrant, et, naturellement, les Ottomans nous ont enseignés comment les fils peuvent s’entretuer comme des mouches. Faure a d’ailleurs eu beaucoup de chance : on ne sait par quelle alchimie le turbulent Lieutenant-colonel Ernest Gnassingbé est devenu inactif pour que lui Faure arrive au pouvoir ! On peut donc dire sans crainte de s’abuser qu’il n’y a rien de nouveau sous le soleil. D’ailleurs les faits divers, ces derniers temps, ne nous instruisent-ils pas sur certaines pratiques en cours chez les Togolais, comme par exemple comment ils peuvent couper la tête de leurs frères, rien que pour une banale histoire d’héritage. Midi Lackos en sait quelque chose, là où il est serin maintenant! Et vu la mine patibulaire qu’avait le procureur de la République en lisant le communiqué (le lui a-t-on écrit ?), sous le regard très protecteur mais peu tendre du Commandant de la gendarmerie nationale, le très austère Damhane Yark, assis à ses côtés, on se garde bien de prendre littéralement pour parole d’évangile la version officielle du complot « d’atteinte à la sûreté de l’Etat ».
Maintenant, après s’être débarrassé de son demi-frère, un rival très sérieux, Faure Gnassingbé s’est tracé la voie royale pour remporter la présidentielle 2010. Apparemment, plus aucun obstacle ne s’érige sur son chemin. On savait depuis un certain temps que l’opposition véritable était Kpatcha et non l’Union des Forces du Changement (UFC). Dans le camp de l’opposition traditionnelle, la candidature de Gilchrist Olympio sera sans doute invalidée, le dispositif électoral qui se met place l’empêchera de toute façon de se présenter. Et il est fort probable que l’Alliance CAR-UFC aura deux candidats et non un. L’opposition part déjà émiettée et désavantagée par un code électoral inique.
Faure sera donc président en 2010.
Reste quand même une chose qui met les analystes et les intellectuels mal à l’aise. Depuis bientôt cinq ans qu’il est au pouvoir, les réalisations du chef de l’Etat sont invisibles, exception faite de ce sentiment diffus que l’on a au quotidien que la dictature d’Eyadema a totalement disparu.
Pour certains, si on ne voit rien venir c’est parce que Faure ne possède pas le pouvoir. Mais qu’attend-il pour l’avoir ? Le chef de l’Etat a l’argent et l’armée avec lui. N’est-ce pas déjà le pouvoir ? L’opposition s’est apaisée, la coopération est reprise et pourtant on ne voit toujours rien arriver. La paupérisation continue, les Togolais dans leur immense majorité ont très faim, la redistribution équitable des richesses manque toujours au programme. Au contraire, une minorité proche du pouvoir devient insolemment plus riche dans des conditions douteuses et ce, dans une totale impunité.
Le président a le pouvoir, mais les Togolais n’ont aucune cohérence de l’avenir, aucun plan de développement en vue. Aucun projet. A la place une navigation à vue très déconcertante.
La question qui se pose aujourd’hui est donc très simple : avec la mise sur la touche de Kpatcha, et la destruction de la dernière citadelle antagonique, Faure doit avoir désormais tous les pouvoirs.
Que va-t-il en faire maintenant ?
L’année n’est pas encore terminée, mais ce roman pourrait en être le pire. On parie ?
Certes, il en est du roman comme de la musique, et un mauvais parolier peut-être néanmoins un bon compositeur et mettre en musique de merveilleuses notes. Et ici, l’auteur a voulu coudre son histoire dans un projet romanesque qui dresse le lit à la belle langue, le français tel qu’il est parlé ou écrit, le « français français », le français de France. Cela a donné un roman linéaire cousu d’une écriture pure, un peu trop pure d’ailleurs, l’auteur se plaisant à instruire le lecteur des ambigüités de la langue française, de comment éviter les barbarismes.