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Psycho hypocondrie somatisation nosophobie identification

Psycho hypocondrie somatisation nosophobie identification

Ces 4 termes recouvrent des notions différentes, et si “hypocondriaque” est une étiquette commode, elle n’en reste pas moins souvent inexacte. Explications.

Qui n’a pas en tête la chanson de Gaston Ouvrard qui dit Je ne suis pas bien portant ? Une rate qui se dilate, le foie pas droit, on en passe et des meilleures ! Mais Ouvrard est-il hypocondriaque, nosophophobe, somatise-t-il, ou s’identifie-t-il ? On prendra peu de risques à le diagnostiquer hypocondriaque… encore que…

Sitôt que quelqu’un manifeste une angoisse concernant la maladie ou présente des symptômes fonctionnels, on crie à l’hypocondrie. Pourtant (certes dans une sorte de continuum) il existe bien des nuances, et de taille.

L’hypocondrie

L’hypocondrie, dans sa forme la plus répandue, est une névrose bien qu’elle puisse dans sa forme extrême, relever de la psychose. Le sujet est persuadé d’être porteur d’une maladie grave, voire de plusieurs. Généralement conçues comme mortelle(s) la ou les maladies accaparent tout le champ de pensée du sujet, et font monter chez lui une angoisse de mort violente et débilitante. L’hypocondriaque traque sa, ses, maladies : il consulte autant de médecins et de spécialistes que nécessaire et mène en parallèle ses propres recherches. En aucun cas l’hypocondriaque ne fuit la médecine, au contraire : un dossier médical qu’il connaît par coeur, épais comme un bottin, il n’hésite pas à démultiplier les visites, contre-visites, contre-visites des premières contre-visites jusqu’à ce qu’un généraliste ou un spécialiste trouve sa maladie… cependant imaginaire.

L’angoisse (outre celle, fondamentale, de mort) de l’hypocondriaque : que sa maladie ne soit pas décelée, que l’arbre cache la forêt, que son rhume pour lequel on le traite correctement cache un cancer des poumons, que ses symptômes soient ramenés à quelque choses de bénin alors qu’il est convaincu, absolument, d’être atteint d’un mal mortel.

Patient craint des médecins, ceux-ci sont pourtant, pour beaucoup d’entre eux, passés par une phase hypocondriaque ! La seconde année de médecine semble en effet générer, chez nombre d’étudiants, des angoisses et manifestations de cette névrose : à trop en savoir, connaître trop de symptômes jusqu’ici ignorés, ils prêtent attention à tous les signes sur eux-mêmes. Bien heureusement, cette phase passe.

La somatisation

Un des maux du siècle ? Peut-être bien. C’est en effet sur le terrain de la psychosomatique, somatisation dans un langage plus courant, que se règlent ou se manifestent chez certains, des maux psychiques. Autrement dit : dans l’incapacité de régler un problème sur le plan psychique, c’est le corps qui prend le relais, et manifeste le mal-être de l’esprit. On parle alors de maux et symptômes fonctionnels : avoir mal aux oreilles et présenter une réelle inflammation sans pour autant avoir d’otite, avoir des maux d’estomac à hurler de douleur sans pour autant avoir d’ulcère, faire de la tachycardie tout en ayant un coeur de jeune fille. Aucune maladie n’est à la source du symptôme pourtant réel. Le corps semble alors servir de fusible, mais aussi d’alerte, de mode d’expression et de soulagement de l’esprit.

Renvoyer un proche dans ses pénates parce qu’il “somatise” semble alors dommageable : le symptôme est réel, nullement imaginaire, et signale un mal-être plus profond encore. Le médecin prescrira d’ailleurs toujours ce qui est adéquat (anti-inflammatoire, antispasmodique, antimigraineux…) pour soulager le symptôme. Restera à comprendre pourquoi le sujet déclenche et endure ces maux réels mais dont la source est ailleurs que dans un virus, une maladie identifiable, une bactérie, etc. Parmi les somatisations les plus courantes : le mal de dos, la migraine, les maladies de peau (eczéma, …) Qui, à l’heure où le stress est au coeur du monde du travail et de la société, en est tout à fait exempt ?

La nosophobie

Comme toutes les phobies, elle est située du côté des névroses, et ne passe que rarement le stade de la psychose. Il s’agit d’une peur irrationnelle d’attraper une maladie, quelle qu’elle soit. En découlent la peur des bactéries, des germes, des contacts physiques avec les autres, qu’ils soient directs ou indirects. Le nosophobe évitera en priorité tout contact avec quelqu’un porteur d’une maladie contagieuse, mais aussi avec tous les objets particulièrement propices à la transmission de maladies, virus, bactéries : toilettes publiques, transports en commun aux heures de pointes, hôpitaux, etc. Dans sa version extrême la nosophobie peut conduire à des TOC (troubles obsessionnels compulsifs) de lavage, à des comportements hygiénistes (port de masques chirurgicaux, utilisation outrancière de solutions désinfectantes, …) et à terme à une crainte de tout contact avec l’extérieur, zone potentiellement contaminée et contaminante.

Le nosophobe se sait en bonne santé, aucune maladie imaginaire chez lui ! C’est bien la terreur de perdre cette bonne santé qui l’envahit, rendant le monde hostile et dangereux.

L’identification

Le processus d’identification se distingue de l’hypocondrie par deux éléments clés :

  • le sujet se montre anxieux au sujet d’une maladie en particulier et aucune autre
  • on trouve dans l’histoire ou l’entourage du sujet un porteur de la maladie concernée.

Nous sommes alors à la croisée de l’hypocondrie et de la somatisation. Le sujet, sensibilisé à l’extrême par son histoire, se croit (parfois périodiquement et de façon chronique) atteint et développe des symptômes en lien avec la maladie dont il se croit porteur. Le décès d’un proche suite à un cancer par exemple pourra amener le sujet à ressentir des douleurs, manifester des inflammations ou autres symptômes fonctionnels tout à fait en lien avec le cancer.

Faire l’amalgame avec l’hypocondrie augmentera l’angoisse du sujet, et masquera les véritables ressorts de son mal : l’identification. Culpabilité ? Réparation à postériori ? Partage inconscient et involontaire d’un mal atteignant un proche ? Ce sont autant de pistes à explorer pour comprendre et désamorcer l’identification.

Des solutions communes

Si la prise en charge de ces quatre formes de détresses est différente, il reste cependant quelques constantes, pour l’entourage notamment.

  • “raisonne-toi” : non, par définition, aucun des ces 4 sujets ne peut se raisonner. La démarche intellectuelle volontaire n’est pas possible, ou si elle l’est, n’apporte pas la “guérison”.
  • rassurer : et c’est une tâche ingrate pour l’entourage mais salvatrice. Sans tenir de grandes conférences, dire, redire “tu es en bonne santé” peut jouer un rôle primordial, même s’il n’est pas suffisant.
  • ne pas ridiculiser ou humilier : puisqu’il est impossible pour le sujet de se raisonner, tourner son mal en dérision ou s’en moquer ne fera qu’aggraver les choses, quitte à le conduire à taire son mal-être et à se renfermer sur lui-même.
  • ne pas cautionner : ne pas conseiller à l’hypocondriaque d’aller chez le médecin pour la dixième fois s’il est inquiet, ne pas se joindre au nosophobe dans ses comportements hygiénistes, interroger celui qui somatise sur ce qui pourrait le conduire à produire ses symptômes, ou enfin aider celui qui s’identifie à comprendre le processus dans lequel il est pris.

A lire aussi : Dis-moi où tu as mal, je te dirai pourquoi

CONT11

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